OHOETTILTO

OHO ET TILT O

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Accueil Le psychique Le psychique Le psychique, selon Sri Aurobinddo et la Mère (83 p. en caract. 14.)



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LE PSYCHIQUE,

SELON SRI AUROBINDO ET LA MÈRE



Ci-après il y a quelques paragraphes d'introduction puis des extraits de textes de Sri Aurobindo et de la Mère.


Il n’y a pas besoin d’être intéressé par toutes leurs actions pour en recevoir des idées nouvelles. Celles-ci peuvent aider à mieux se connaître, mieux se comprendre, mieux comprendre ce qui se passe dans le monde, et mieux vivre. Elles peuvent aussi servir seulement à être présentes dans la pensée de quelqu’un en plus de celles qui y sont déjà, en pouvant être utilisées si l'occasion se présente.


Les extraits du début servent à reconnaître ce qui est déjà en soi mais qui n'est pas souvent bien perçu, ou pas compris comme étant ce que c'est. C'est ce qui est le plus important pour commencer : savoir qu'il y a déjà en soi ce qui est appelé le psychique et apprendre à reconnaître ce que c'est.
Ensuite, il y a des développements.
Dans le titre de l'ensemble, il y a le psychique. Il n'y a pas l’être psychique, car ça ferait une erreur, ça créerait de la confusion, ça nuirait à la compréhension, et c'est l'orgueil qui fait écrire ce titre à certains livres.
Des extraits montrent que ce n’est pas de la religion et que, si l'on ne croit pas en un dieu créateur de l’univers dont il y a la conception principalement dans les religions dites monothéistes, on peut continuer à le penser en ayant raison.


Pour préparer le présent texte, il n'y eut pas le but de citer tout ce qui fut dit et écrit sur le sujet mais de donner un bon aperçu de celui-ci. (En plus, ne sont utilisés que des livres dont l'éditeur est S.A.A. à Pondichéry. L'Institut de recherches évolutives pourrait faire un équivalent avec l'Agenda.)
Ce qui est dit dans les extraits cités le fut au cours de plusieurs dizaines d’années. On peut penser que le choix de certains d'entre eux crée des répétitions et qu'elles sont inutiles, mais il y a des compléments, et l’important est de bien comprendre, et surtout d’avoir de l’éveil en soi, si ce n’est pas déjà fait.
Un but du présent texte est de tenter d’apporter de la conscience là où elle n’est pas encore.
Même pour les individus qui sont intéressés par Sri Aurobindo et la Mère, il est bon d’avoir une présentation aisément utilisable où, en peu de pages, on peut avoir un aperçu de tout un sujet, dont la compréhension est donc facilitée. Il y a des conséquences lors de la lecture de leurs livres. En plus, il peut être bon de relire parfois tout cela.


Liste des livres utilisés :
Sri Aurobindo :
La synthèse des yoga, t. 1, probablement de 70.
Lettres sur le yoga : tome 1 : 82, t. 2 : 84, (pas le tome 3), t. 4 : 87, t. 5 : 87, t. 6 : 90.
La vie divine, Éditions Albin Michel à Paris, tome 1 : ?date?, tome 2 : 56, tome 3 : 58, (pas le tome 4).
L’évolution spirituelle, 92.
Sri Aurobindo parle de la Mère, Pondichéry : S.A.A., 80.
La Mère :
Traduction et commentaires de Pensées et aphorismes de Sri Aurobindo, la Mère, Pondichéry : S.A.A.T., 79.
Éducation, format in-8°, 67 pages, réédité en 73.
Éducation, 555 pages, 81.
Paroles d’autrefois : 83.
Entretiens 29, 3e éd. de 67.
Entretiens 30-31, 2e éd de 72.
Entretiens 50-51, éd. de 67.
Entretiens 53, 2e éd. en 78.
Entretiens 54, S.A.A.T./Stock, éd. de 81.
Entretiens 55, S.A.A.T./Stock, éd. de 81.
Entretiens 56, éd. de 68.
Entretiens 57, éd. de 69.
Entretiens 58, éd. de 72.
Notes sur le chemin, 82.
Pour qu'il n'y ait que des textes édités à Pondichéry par S.A.A., y trouver un équivalent de la citation faite de la p. 271 du tome 13 de L’Agenda de Mère, Paris : Institut de recherches évolutives, édition de 82. Pareil pour celle du tome 6 de L'Agenda, du 23 juin 65.


Classement des extraits qui existe actuellement :
Premièrement
, il y a deux grandes parties : Sans faire le yoga, puis : En faisant le yoga.
Deuxièmement, des notions sont introduites progressivement.
Troisièmement, dans le cadre de ce qui précède, les extraits sont classés ainsi.
I - D’abord, des citations sont sans des mots de la famille de divin, sans le mot âme, sans le mot dieu même pour désigner quelque chose qui n’est pas admis, et rien à propos de faire le yoga.
- Existence du psychique, s’interroger.
- « toujours en équilibre ».
- Devenir conscient de son psychique.
II - Introduction du mot âme, et rien à propos de faire le yoga.
- Âme + indications venant du psychique, etc.
- Lieu corporel de perception.
- Les dépressions.
- Contradiction, difficultés.
- Introduction de la notion de continuité et de celle d’immortalité.
- Après la vie, et réincarnation (sans des mots de la famille de divin).
III - Introduction de mots de la famille de divin, avec emploi du mot dieu par distinction. Autres explications. Et rien à propos de faire le yoga.
- Avec emploi de mots de la famille de divin : existence du psychique, etc.
- Utiliser la raison tant que l’on n’a pas trouvé mieux.
- Avec emploi de mots de la famille de divin : écouter le psychique et agir selon lui.
- Autres parties sur le même sujet.
- Avec emploi de mots de la famille de divin : après la vie, et réincarnation.
- Avec emploi de mots de la famille de divin : distinguer étincelle, être psychique, etc.
- « Quelle est ma place dans l’œuvre universelle ? »
IV - Évocation de la formation de l’univers avec l’amour qui descend, mais sans parler des êtres intermédiaires.
V - Introduction de l’idée « présence divine dans le psychique », et développements.

Plusieurs parties.
VI - Introduction de la notion : faire le yoga.
Plusieurs parties.
VII - Introduction de la notion : existence d’êtres non-hostiles ou hostiles, et de « conscience créatrice ».
Plusieurs parties.
VIII - Introduction de la notion : Dieu Créateur= un être hostile.


Le présent texte fut préparé en agissant de temps en temps pendant beaucoup d’années.
Il devrait être lu, corrigé, complété par des personnes qui sont très développées à propos de psychique. (À cause d’un manque de développement de l’auteur du présent choix de textes et du classement et, donc, de compréhension, il est possible que des extraits ne soient pas classés correctement, que des titres soient inadaptés, et qu’il y ait d’autres fautes.)
Si des personnes développées veulent reprendre ce qui suit et l'améliorer, veulent modifier l’ordre des extraits ou en ajouter, tenir compte des deux parties (sans yoga ou avec lui), des notions nouvelles introduites progressivement, et de la classification générale indiquée ci-dessus. En plus, n’ajouter aucun extrait où le mot dieu ou Dieu est employé pour désigner quelque chose qui est admis : c’est impératif et les mots qui sont présents actuellement suffisent. Par ailleurs, il est possible de supprimer tous les titres de parties en ne gardant que les nombres écrits en chiffres romains : I à VIII et le signe de séparation qui est actuellement : OOO.


Les extraits cités sont placés entre des guillemets. Au début de chacun d’eux, il y a le titre du livre et le numéro de la page où commence la citation. Parfois, il y a une coupure qui est indiquée par le signe : […] (c’est-à-dire des points de suspension entre un crochet ouvrant et un crochet fermant).
Des fautes qui étaient dans les livres cités sont corrigées. Lettres, t. 5, p. 10 : « Le mental, le vital, le physique intérieur sont, eux aussi, voilés » : un s final est ajouté pour faire : intérieurs. Lettres, t. 2, p. 73 : « Il y a beaucoup de psychique dans un plante » : une plante. Entretiens 50-51, 4.1.51, p. 26 « du dedans au-dehors » : c'est au dehors (car c’est : de, depuis (le dedans) à, au (le dehors).


Voici les extraits.


LES EXTRAITS


- I -

EXISTENCE DU PSYCHIQUE, S’INTERROGER.


Entretiens 57, 16.1.57, p. 22. « […] du moment même de la naissance dans un corps physique, il y a dans l'être, au fond de l'être, cette présence psychique qui pousse tout l’être vers cet accomplissement. Mais qui le sait et qui le connaît, cet être psychique ? Ça aussi, cela ne vient que dans des circonstances particulières, et malheureusement la plupart du temps il faut que ce soit des circonstances douloureuses, autrement on se laisse vivre sans réfléchir. Et dans le fond de son être, on a cet être psychique qui cherche, cherche, cherche à éveiller la conscience et à rétablir l’union. On n’en sait rien. »

Entretiens 57, 16.1.57, p. 21. « […] chercher ce que l’on est vraiment, chercher pourquoi on est sur la terre, quelle est la raison d’être de l’existence physique, de cette présence sur la terre, de cette formation, cette existence… l’immense majorité des gens vivent sans se le demander même une fois ! C’est seulement une petite élite de gens qui se posent la question avec intérêt, et il y en a encore moins qui se mettent au travail pour avoir la réponse. Parce que, à moins que l'on n’ait la chance de se trouver en présence de quelqu’un qui le sait, ce n’est pas une chose si facile à trouver. […] on ne pense même pas à y penser. On vit au jour le jour les circonstances de chaque jour. […] Mais se poser ce problème, se mettre en face du problème et se dire : "Mais enfin, pourquoi suis-je ici ?" Combien sont-ils ? Il y a des personnes à qui cette idée-là ne vient que quand elles sont en présence d’une catastrophe. Quand elles voient mourir quelqu’un qu’elles aiment, ou qu’elles sont mises dans des situations particulièrement douloureuses et difficiles, alors elles font un retour sur soi, quand elles sont suffisamment intelligentes, et elles se disent : "Mais enfin, qu’est-ce que c’est que cette tragédie que nous vivons, et à quoi cela sert, et quel est son but ?" Et c’est seulement à ce moment-là que l’on commence à chercher à savoir. »

Entretiens 55, 21.9.55, p. 357. « […] l’attitude des hommes en général : ils arrivent dans la vie, ils ne savent pas pourquoi ; ils savent qu’ils ont un certain nombre d’années à vivre, ils ne savent pas pourquoi ; ils pensent qu’ils auront à s’en aller parce que tout le monde s’en va, et ils ne savent pas non plus pourquoi ; et alors, la plupart du temps, ils s’ennuient parce qu’ils n’ont rien en eux, que ce sont des êtres vides et qu’il n’y a rien de plus ennuyeux que le vide ; et alors ils cherchent à remplir ça en se distrayant ; […]. […] Ça c’est la majorité des êtres humains, et qui ne pensent même pas…. ils ne se demandent même pas : "Mais enfin, pourquoi est-ce que je suis ici ? Pourquoi est-ce qu’il y a une terre ? Pourquoi est-ce qu’il y a des hommes ? Pourquoi est-ce que je vis ?" »

Entretiens 58, 13.8.58, p. 162. « Peut-être que tout d’un coup, on va sentir un besoin irrésistible de ne pas vivre dans l’inconscience, dans l’ignorance, dans cet état où l’on fait les choses sans savoir pourquoi, où l’on sent les choses sans comprendre pourquoi, où l’on a des volontés contradictoires, où l’on ne comprend rien à rien, où l’on vit par habitude, par routine, par réaction – on se laisse vivre. Et un jour on n’est plus content de cela.
Ça dépend, pour chacun c’est différent. Le plus souvent, c’est le besoin de savoir, de comprendre ; pour d’autres, c’est le besoin de faire ce qu’il faut de la manière qu’il faut ; pour d’autres, c’est un vague sentiment que derrière cette vie si inconsciente, si futile, si dépourvue de sens, il y a quelque chose à trouver qui vaut d’être vécu – qu’il y a une réalité, une vérité derrière ces mensonges et ces illusions.
On sent tout d’un coup que tout ce que l’on fait, tout ce que l’on voit, ça n’a pas de sens, ça n’a pas de raison d’être, mais qu’il y a quelque chose qui a un sens ; qu’au fond on est ici, sur terre, pour quelque chose ; que tout cela, tous ces mouvements, toute cette agitation, tout ce gaspillage de force et d’énergie, tout cela, ça doit avoir une raison d’être, un but, et que ce malaise que l’on sent au-dedans de soi, ce manque de satisfaction, ce besoin, cette soif de quelque chose, ça doit nous conduire ailleurs.
Et un jour, on se pose la question : "Mais enfin, pourquoi est-on né ?... Pourquoi meurt-on ?... Pourquoi souffre-t-on ?… Pourquoi agit-on ?...
On ne vit plus comme une petite machine, à peine à demi consciente. On veut sentir vraiment, on veut agir vraiment, on veut savoir vraiment. Alors, dans la vie ordinaire, on cherche des livres, on cherche des personnes qui en savent un peu plus que soi, on se met en quête de quelqu’un qui peut résoudre les questions, soulever le voile de l’Ignorance. »

Entretiens 50-51, 24.2.51, p. 178-179. « L’autre jour, j’ai dit que la plupart du temps les gens n’avaient pas leur être psychique au-dedans d’eux. Je voudrais m’expliquer plus en détail… Il faut se souvenir que les êtres intérieurs ne sont pas dans la troisième dimension ? Si vous ouvrez votre corps, vous ne trouverez que les viscères du corps, qui sont dans la troisième dimension. Les êtres intérieurs sont dans une autre dimension, et quand je dis que certaines personnes n’ont pas leur être psychique au-dedans d’elles, je ne veux pas dire qu’il n’est pas au centre de leur être, mais que leur conscience extérieure est si petite, si limitée, si obscure qu’elle n’est pas capable de garder une relation, non seulement consciente mais intime avec l’être psychique, qui la déborde de toutes façons ; il est tellement plus haut et plus profond que les autres consciences extérieures, qu’il n’y a pas de relation de qualité ou de nature entre eux. […] L’être psychique est une entité qui a une forme ; il s’est groupé autour d’une conscience centrale et, ayant une forme, il a une dimension, mais une dimension d’une autre nature que la troisième dimension de la conscience extérieure. »

OOO


« toujours en équilibre ».

Entretiens 54, 19.11.54, p. 450. « Le psychique est toujours en équilibre. Mais l’être n’est pas toujours sous l’influence du psychique qui amène l’équilibre. L’influence du psychique donne l’équilibre. »

OOO


Devenir conscient de son psychique.

Entretiens 53, 18.3.53, p. 3. « Il n’y a qu’une solution, c’est de trouver son être psychique, et une fois trouvé, de s’accrocher à lui désespérément, de le laisser vous conduire pas à pas, quel que soit l’obstacle. C’est la seule solution. »

??? Référence perdue, probablement dans Entretiens ???? « Quel est le moyen le plus efficace d’éveiller l’être psychique ?
Mais il est très éveillé ! Et non seulement il est éveillé, mais il agit, mais vous n’en êtes pas conscient. Il vous paraît endormi parce que vous ne le percevez pas
Au fond, sans cette espèce de volonté intérieure de l’être psychique, je crois que les êtres humains seraient tout à fait mornes, atones, ils auraient une vie très animale. Toute lueur d’aspiration est toujours l’expression d’une influence psychique. Sans la présence du psychique, sans l’influence psychique, il n’y aurait jamais aucun sens du progrès ni volonté de progrès. »

Entretiens 50-51, 29.3.51, p. 332, « Si vous avez en vous un être psychique suffisamment éveillé pour veiller sur vous, préparer votre chemin, il peut attirer à vous les choses qui vous aident ; attirer les rencontres, les livres, les circonstances, toutes sortes de petites coïncidences qui viennent à vous comme si elles étaient amenées par une volonté bienveillante et qui vous apportent une indication, une aide, un soutien pour prendre les décisions et vous orienter dans la bonne direction. Mais une fois que vous avez pris cette décision, une fois que vous avez décidé que vous trouverez la vérité de votre être, une fois que vous avancez sincèrement sur le chemin, alors tout semble se liguer pour vous aider à avancer. »

OOO


Indications données par le psychique.

Entretiens 54, 24.3.54, p. 86. « Quand vous faites quelque chose que vous ne devez pas faire et que votre psychique vous dit de sa petite voix très tranquille de ne pas le faire, et puis que vous le faites tout de même, au bout d’un certain temps il ne vous dit plus rien, et vous n’avez plus du tout de réactions intérieures à vos mauvaises actions, parce que vous avez refusé d’écouter la voix quand elle vous parlait. Et alors, naturellement, vous allez de mal en pis et vous dégringolez dans le trou. »

Entretiens 55, 29.6.55, p. 255. « C’est seulement si vous avez pris l’habitude de rentrer au-dedans de vous-même, de vous en reporter à la conscience psychique intérieure et de la laisser décider en vous de ce que vous voulez faire, alors vous le faites avec certitude, sans hésitation, sans une question, rien. Vous savez qu’il faut faire ça, et ça ne se discute pas ; mais c’est le seul cas. Par conséquent, c’est seulement si vous laissez votre psychique vous guider consciemment, constamment, qu’alors vous pourrez faire consciemment et constamment la vraie chose ; mais c’est le seul cas. »

Entretiens 55, 2.3.55, p. 78. « […] c’est là, derrière tout, toutes choses, constamment. Et si au contraire on a pris l’habitude, quand on a quelque chose à dire, quand on a un mouvement, simplement un mouvement, ou n’importe quoi à faire, de toujours s’en référer là, à ça, de ne pas se sentir capable de faire quelque chose sans que ça soit derrière, là, pour vous dire : "Oui, comme ça, pas comme ça. Ça. Non, pas ça : ça. C’est difficile de vivre sans ça. »

Entretiens 57, 30.1.57, p. 42. « Quand on est très attentif et très sincère, on peut avoir une indication, pour ainsi dire intérieure, mais perceptible, de la valeur de ce que l’on a entrepris ou de l’action que l’on est en train de faire. Vraiment, pour celui qui est entièrement de bonne volonté, c’est-à-dire qui veut en toute sincérité, avec toute la partie consciente de son être, faire la vraie chose de la vraie manière, il y a toujours une indication ; si pour une raison quelconque, on s’embarque dans une action plus ou moins funeste, on sent toujours un malaise dans la région du plexus solaire ; un malaise qui n’est pas violent, qui ne s’impose pas dramatiquement, mais qui est très perceptible pour celui qui est attentif, quelque chose comme une sorte de regret, comme un manque d’adhésion. Cela peut aller jusqu’à une sorte de refus de collaborer. Mais j’insiste, sans violence, sans affirmation brutale : cela ne fait de bruit, cela ne fait pas mal, c’est tout au plus un petit malaise. Et si vous passez outre, si vous ne faites pas attention, si vous n’y attachez pas d’importance, au bout d’un certain temps cela disparaîtra complètement et il n’y aura plus rien
Ce n’est pas que cela grandisse avec l’erreur croissante, au contraire, cela disparaît et la conscience se voile.
Par conséquent, on ne peut pas donner cela comme un signe certain, parce que si vous avez désobéi plusieurs fois à cette petite indication, eh bien, elle ne se produira plus. Mais je dis que si en toute sincérité vous y êtes très attentif, alors ce sera un guide très sûr et très précieux.
Mais s’il y a un malaise, il se produit au début, presque immédiatement, et lorsqu’il ne se manifeste pas, eh bien, quoi que ce soit que l’on ait commencé, il est préférable de le faire jusqu’au bout pour que l’expérience soit complète, à moins que l’on ne reçoive, comme je l’ai dit, une indication absolument précise et catégorique que cela ne doit pas se faire. »

Lettres, t. 6, p. 367. « […]. […] on ne peut surmonter les doutes et les difficultés en leur donnant leur pleine force ; on le fera plutôt en apprenant à prendre du recul et en refusant de se laisser emporter par eux ; il y a alors quelque chance que la petite voix tranquille qui s’élève du dedans se fasse entendre et repousse les vociférations et les mouvements du dehors. C’est à la lumière du dedans que vous devez faire place ; la lumière du mental extérieur est loin de suffire à la découverte des valeurs intérieures, ou pour juger de la vérité de l’expérience spirituelle. »

Entretiens 55, 27.7.55, p. 287. « […] il ne faut pas confondre le psychique avec les sentiments, vous savez ! c’est deux choses tout à fait différentes. Les gens croient toujours que quand ils ont des émotions, des sentiments, ils entrent dans le psychique. Cela n’a rien à faire avec le psychique, c’est purement vital. C’est la partie la plus subtile du vital, si vous voulez, mais c’est le vital. Ce n’est pas par les sentiments qu’on va au psychique, c’est par une aspiration très intense et un détachement de soi. »

Lettres, t. 2, p. 78. « Dans la conscience ordinaire, où le mental et le reste ne sont pas éveillés, le psychique agit de son mieux à travers eux, mais selon les lois de l’Ignorance. »

Entretiens 55, 9.2.55, p. 47. « Douce Mère, est-ce que le psychique peut s’exprimer sans le mental, le vital et le physique ?
Il s’exprime constamment sans eux. Seulement, pour que l’être humain ordinaire puisse le percevoir, il faut qu’il s’exprime à travers eux, parce que l’être humain ordinaire n’est pas en relation directe avec le psychique. S’il était en relation directe avec le psychique, il serait psychique dans sa manifestation – et tout serait très bien. Mais comme il n’est pas en rapport avec le psychique, il ne sait même pas ce que c’est, il se demande avec ahurissement quelle sorte d’être ça peut être ; alors, pour atteindre cette conscience humaine ordinaire, il faut se servir des moyens ordinaires, c’est-à-dire passer par le mental, le vital et le physique.
On peut en sauter un, mais certainement pas le dernier, alors on n’est plus conscient de rien du tout. L’être humain ordinaire n’est conscient que dans son physique, et c’est à des moments relativement peu fréquents qu’il est conscient de son mental, un petit peu plus fréquemment de son vital, mais tout ça est mélangé dans sa conscience, au point qu’il serait tout à fait incapable de dire : "Ce mouvement-là vient du mental, ce mouvement-là vient du vital, ce mouvement-là vient du physique." Cela demande déjà un développement considérable pour pouvoir distinguer au-dedans de soi l’origine des différents mouvements que l’on a. Et c’est tellement mélangé que même quand on essaye, au début, il est très difficile de faire une classification et de séparer l'un de l'autre. »

Entretiens 55, 29.6.55, p. 253. « Mère, l’orientation de la vie d’un individu, est-ce dirigé par le psychique ?
Oui, d’une façon tout à fait inconsciente pour l’individu la plupart du temps. Mais c'est le psychique qui organise son existence – seulement dans ce que l’on pourrait appeler les grandes lignes, parce que pour intervenir dans les détails, il faudrait qu’il y ait une union consciente entre l’être extérieur, c’est-à-dire l’être vital et physique, et l’être psychique ; mais généralement cela n’existe pas. […]
C’est comme… si vous poussez votre poing dans de la limaille de fer, ou dans de la sciure de bois, tous les petits éléments infinitésimaux de la limaille de fer ou de la sciure de bois s’organiseront pour revêtir la forme de votre poing, mais ils ne le font ni volontairement ni consciemment. C’est par l’effet de la conscience qui pousse que ça arrive comme ça. Il n’y a pas de décision que chaque élément va se trouver exactement là, comme ça ; c’est l’effet de l’énergie qui a poussé le poing qui organise les éléments. Mais c’est comme ça. Il y a la conscience psychique qui est à l’œuvre dans la vie et qui organise toutes les circonstances de votre vie, mais pas avec un choix volontaire des détails ; et au fond, il y a très peu de choses qui soient volontaires et conscientes dans l’organisation de la vie physique des êtres humains. »

OOO

- II -

INTRODUCTION DU MOT ÂME.

Entretiens 50-51, 22.2.51, p. 175. « Est-ce que l’âme et l’être psychique sont une seule et même chose ?
Cela dépend de la définition que l’on donne aux mots. Dans la plupart des religions, et peut-être aussi des philosophies, on appelle "âme" l’être vital, car on dit que "l’âme quitte le corps", alors que c’est l’être vital qui quitte le corps ; on parle de "sauver les âmes", de "mauvaises âmes", de "racheter les âmes"… mais tout cela s’applique à l’être vital, car l’être psychique n’a pas besoin d’être sauvé ! il ne participe pas aux fautes de la personne extérieure, il est libre de toute réaction. »

OOO


Avec âme : indications venant du psychique

Traduction et commentaires (…), n°9 p. 49. « […] tout ce que vous croyez connaître, que vous avez appris ou même qui vous est venu au cours de la vie par des observations personnelles, des déductions personnelles, des comparaisons, tout cela est une connaissance très relative et sur laquelle vous ne pouvez pas établir un système de vie durable et vraiment efficace.
Nous avons répété combien de fois, que tout ce qui vient du mental est tout à fait relatif, que le mental, plus il est éduqué, plus il a suivi de disciplines, plus il est capable de prouver que ce qu’il avance ou ce qu’il dit est vrai. On peut prouver la vérité de toute chose par le raisonnement, mais cela ne veut pas dire pour autant que c’est vrai. Cela reste des opinions, des préjugés et une connaissance basée sur une apparence qui elle-même est plus que douteuse.
Ainsi, il semble n’y avoir qu’une porte de sortie, c’est d’aller à la recherche de son âme et de la trouver. elle est là, elle ne se cache pas exprès, elle ne joue pas avec vous pour vous donner des difficultés ; au contraire, elle fait beaucoup d’efforts pour que vous la trouviez et pour se faire entendre, seulement il y a entre elle et votre conscience active deux personnages, le vital et le mental, qui ont l’habitude de faire beaucoup de bruit. Et comme ils font beaucoup de bruit et que l’âme n’en fait pas, ou en fait aussi peu que possible, leur bruit vous empêche d’entendre sa voix.
Quand vous voulez savoir ce qu’elle sait, votre âme, vous pouvez faire un effort intérieur, être très attentif, et en fait, si on est attentif, derrière ce bruit très extérieur du mental et du vital, on peut discerner quelque chose de très subtil, très tranquille, très paisible, qui sait, et qui dit ce que cela sait. Mais l’insistance des autres est si impérieuse et ça c’est si tranquille que, très facilement, on se trompe et qu’on écoute celui qui fait le plus de bruit, pour s’apercevoir après, le plus souvent, que c’était l’autre qui avait raison. Mais ça ne s’impose pas, ça ne vous oblige pas à l’écouter, parce que ça n’a pas de violence.
Quand vous hésitez, quand vous vous demandez que faire dans une circonstance ou une autre, il y a le désir, la préférence à la fois mentale et vitale, qui poussent, qui insistent, qui s’affirment, qui s’imposent, et avec les meilleures raisons du monde font tout un argument, et si vous n’êtes pas sur vos gardes, si vous n’avez pas une forte discipline, si vous n’avez pas l’habitude de vous contrôler, ils finissent par vous convaincre qu’ils ont raison et, comme je le disais tout à l’heure, ça fait tant de bruit que vous n’entendez même pas la toute petite voix ou la toute petite indication très tranquille de l’âme qui dit : "Ne le fais pas".
Ce "ne le fais pas", cela arrive souvent, et d’un coup on le jette de côté comme une chose qui n’a pas de force et on suit son destin impulsif. Mais si, vraiment, on est sincère dans sa volonté de trouver la vérité et de la vivre, alors on apprend à écouter de mieux en mieux, on apprend à discerner de plus en plus, et même si cela coûte un effort, même si cela cause une douleur, on apprend à obéir. Et même si l’on n’a obéi qu’une fois, c’est une aide puissante, c’est un progrès considérable sur le chemin du discernement entre ce qui est l’âme et ce qui ne l'est pas, et avec ce discernement et la sincérité nécessaire on est sûr d’arriver au but. »

OOO


Psychique « en avant ».

Entretiens 54, 27.1.54, p. 7. « Comment peut-on savoir que l’être psychique est en avant ou non ?
Qui ? Soi-même ?... Ça ne se sent pas, non ? Tu ne le sens pas ? Je ne dis pas un petit enfant, parce qu’il n’a aucun moyen de contrôle et d’observation, il manque de la capacité d’observation. Mais enfin, quand on n’est plus bébé, on ne sent pas ? Ça ne fait pas une différence ?... (L’enfant approuve de la tête) Ah !... Il n’y en a pas un qui osera me dire que cela ne fait pas une différence quand le psychique est là, quand on se sent meilleur en soi-même, quand on est plein de lumière, d’espoir, de bonne volonté, de générosité, de compassion pour le monde et que l’on voit la vie comme un champ d’action, de progrès, de réalisation. Cela ne fait pas une différence avec les jours où on est ennuyé, ronchonnant, où tout paraît laid, désagréable, méchant, où l’on n’aime personne, où l’on a envie de tout casser, où l’on se met en colère, où l’on se sent mal à l’aise, sans force, sans énergie, sans joie ? Cela fait une différence, non ?
Cela peut faire une différence, mais on ne comprend pas que le psychique est quelque chose d'autre.
Naturellement, si personne ne vous a jamais enseigné ce qu’est le psychique, ce qu’est le vital, vous ne pouvez pas mettre de notion sur la chose. Vous pouvez dire : "Aujourd’hui, je suis dans un bon état ; hier, je ne l'étais pas." J’ai vécu jusqu’à vingt-quatre ans sans savoir rien de toutes ces choses, et pourtant je distinguais bien ces mouvements. Je ne mettais pas ces mots parce que personne ne me les avait enseignés et je n’avais jamais rien lu, mais je sentais très bien la différence d’après les moments, et dans quel état de conscience je me trouvais. […] »

Entretiens 54, 27.1.54, p. 5. « Chez les enfants, le psychique est toujours devant eux, non ?
Pas toujours. Le psychique est plus "en avant" que plus tard quand ils grandissent et que le mental se développe, mais on ne peut pas dire que dans tous les enfants on sente le psychique. Et on ne peut pas juger d’après ce qu’il y a ici, parce que la condition d’admission, pour moi, quand on m’amène des enfants, est celle-ci : si je vois le psychique à la surface, je les prends, mais s’ils sont déjà voilés par toutes sortes d’activités déformées, je ne les prends pas. Alors ceux que vous avez ici sont une exception. C'est une crème. C’est un choix. »

Entretiens 50-51, 26.3.51, p. 324. « Même une idée fugitive chez un enfant, à un moment donné dans l'enfance, quand l’être psychique est le plus en avant, quand il est arrivé à traverser la conscience extérieure et à lui donner simplement l’impression de quelque chose de beau qu’il faut réaliser, cela fait un petit noyau et c’est avec cela que vous fondez votre action. »

Entretiens 54, 27.1.54, p. 6. « Il y a une sorte d’association entre le physique et le psychique, et entre le mental et le vital. Un être mental est très souvent un être très vital. Un être psychique est très souvent un être physique. Les enfants – justement parce qu’ils ont cette conscience psychique en avant, comme cela – vivent aussi tout à fait dans leur corps. Tandis que, dès que l’on commence à développer le mental, le goût de l’association se développe aussi, avec tout ce que cela comporte de déformations. Les gens qui font des distinctions très sévères entre les hommes et les femmes (je ne sais pas pourquoi, parce qu’ils se valent), disent que l’homme est mental et vital, et que la femme est physique et psychique. Il y a quelque chose de vrai. Mais naturellement, cela comporte toutes les exceptions et toutes les complications possibles. Ce sont des simplifications arbitraires. En fait, le physique a une simplicité, et même une bonne volonté (qui n’est pas toujours très éclairée, il s’en faut), mais enfin une simplicité et une bonne volonté qui le mettent plus en rapport avec le psychique que les passions du vital ou les prétentions du mental. Et c’est probablement pour cela aussi que, chez les enfants, le psychique peut être là plus à son aise, moins heurté constamment par des contradictions mentales ou vitales. »

Entretiens 54, 22.9.54, p. 380. « […] l’identification avec le psychique […] […] une fois que l’on peut garder cette identification, alors le psychique gouverne le reste de la nature et de la vie. Il devient comme le maître de l'existence. Alors, c’est cela que l'on appelle un psychique qui vient en avant. C’est lui qui gouverne, qui dirige, qui organise même la vie, organise la conscience, organise les différentes parties de l'être. Quand c’est comme ça, le travail va très vite. Très vite, enfin… relativement très vite. »

Lettres, t. 5, p. 36. « Le mental et le vital ont toujours été prédominants ; ils se sont développés tout seuls et ont l'habitude d’agir par eux-mêmes. Comment voulez-vous qu’une influence du psychique, lorsqu’il vient en avant pour la première fois, soit plus forte qu’eux ? Le psychique n’est pas mal à l’aise, il suscite en vous un malaise lorsque vous faites quelque chose de mal. »

??? L’extrait suivant a-t-il sa place ici ou plus loin ? Lettres, t. 5, p. 9. « L’être psychique est toujours là, mais on ne le sent pas parce qu’il est masqué par le mental et le vital ; lorsqu’il se découvre, on dit qu'il est éveillé. Une fois éveillé, il commence à prendre possession du reste de l'être, à l’influencer et à le transformer afin que tout puisse devenir l’expression vraie de l’âme intérieure. C’est cette transformation que l’on nomme conversion intérieure. Elle ne peut se produire sans cet éveil de l’être psychique. »


OOO


Lieu corporel de perception.

Lettres, t. 5, p. 31. « L’être psychique est dans le centre du cœur, au milieu de la poitrine (pas dans le cœur physique, car tous les centres sont au milieu du corps), mais il est loin en arrière. »

Lettres, t. 6, p. 18. « Cette conscience véritable, distincte de la conscience de surface, a deux centres principaux, l’un dans le cœur (non pas le cœur physique, mais le centre cardiaque au milieu de la poitrine), l’autre dans la tête. »

Lettres, t. 6, p. 130. « […] le centre du cœur (au milieu de la poitrine) […]. »

Entretiens 50-51, 3.2.51, p. 87. « Naturellement, en parlant du "cœur", je ne veux pas dire l’organe, le viscère, mais le centre psychologique ou psychique de l’être. »

Entretiens 50-51, 22.2.51, p. 174. « […] une aspiration qui était un élan, comme une flamme qui venait du cœur (bien que ce ne soit pas le "cœur", mais le centre psychologique de l’être, pour employer les mots exacts). »

Lettres, t. 1, p. 138. « Le cœur […]. Comme centre subtil, chakra, il est censé avoir son extrémité dans la colonne vertébrale et s’élargir par-devant. Peu importe où exactement dans cette région une personne ou l’autre le sent ; le sentir là et être guidé par lui est le principal. »

Entretiens 54, 25.8.54, p. 342. « […] Parce que vous savez – on vous l’a dit, on vous l’a répété, on vous l’a seriné –, vous savez que vous avez une conscience divine au-dedans de vous, et vous pouvez dormir nuit après nuit, et jouer jour après jour, et apprendre jour après jour, et ne pas être dans un état d’enthousiasme et de volonté aiguë d’entrer en contact avec vous, oui, avec vous-même, là-dedans ! (Mère montre le centre de sa poitrine) Ça, ça, ça me dépasse ! »

Entretiens 54, 3.11.54, p. 446. « Est-ce que l’être psychique se trouve dans le cœur ?
Pas dans le cœur physique, pas dans le viscère. C’est dans une quatrième dimension, une dimension interne. Mais c’est dans cette région-là, la région à peu près derrière le plexus solaire, c’est là qu’on le trouve le plus facilement. L’être psychique est en quatrième dimension avec notre être physique. »

Lettres, t. 5, p. 32. « Le psychique réside dans les profondeurs du cœur, mais profondément au-dedans et non à la surface où sont les émotions ordinaires. Mais il peut venir au premier plan et occuper la surface, tout en restant aussi à l’intérieur ; même les émotions ne sont plus alors des mouvements vitaux, mais des émotions et des sentiments psychiques. Le psychique, lorsqu’il est ainsi au premier plan, peut aussi étendre son influence partout, au mental par exemple, afin de transformer ses idées, ou au corps pour transformer ses habitudes et ses réactions. »

OOO


Les dépressions.


Entretiens 54, 24.2.54, p. 37. « Comment peut-on maîtriser les dépressions ?
Oh ! le moyen est très simple. La dépression se produit généralement dans le vital, et l’on est dominé par la dépression seulement lorsqu’on laisse la conscience dans le vital, quand on reste là. Il n’y a qu’à sortir du vital et entrer dans une conscience plus profonde. Même le mental supérieur – le mental lumineux, supérieur –, les pensées les plus hautes ont le pouvoir de chasser la dépression. Même quand on arrive seulement dans les régions de pensée les plus hautes, la dépression s’en va généralement. Mais en tout cas, si l’on prend refuge dans le psychique, il n’y a plus aucune place pour la dépression.
La dépression peut venir de deux causes : ou d’un manque de satisfaction vitale, ou d’une fatigue nerveuse considérable du physique. La dépression qui vient de la fatigue physique est assez facile à réparer : il n’y a qu’à se reposer. On se met au lit et on dort jusqu’à ce que l’on soit bien, ou bien on se repose, on rêve, on reste étendu. Le manque de satisfaction vitale se produit assez facilement, et il faut y faire face avec sa raison, généralement : on va dénicher la cause de la dépression, ce qui a donné le manque de satisfaction au vital, et puis on le regarde bien en face et on se demande si, cela, ça a quelque chose à voir avec son aspiration intérieure, ou si c’est simplement un mouvement tout à fait ordinaire. Généralement, on découvre que ça n’a rien à voir avec l’aspiration intérieure et on peut assez facilement le surmonter et se remettre dans son mouvement normal. Si cela ne suffit pas, alors il faut aller profondément jusqu’à ce que l’on ait rencontré la réalité psychique. Puis il n’y a qu’à mettre cette réalité psychique en contact avec le mouvement de dépression, et il s’évaporera instantanément.
Quand à se battre dans le domaine vital lui-même… évidemment il y a des gens qui sont très guerriers et qui aiment à lutter avec leur vital, mais pour dire la vérité, c’est beaucoup plus difficile.
Une fois que le psychique vient en avant, est-ce qu’il peut se retirer ?
Oui. Généralement on a une série d’expériences d’identification, d’abord très intenses, puis qui s’atténuent petit à petit, et puis un jour on s’aperçoit que cela a disparu. Alors il ne faut pas s’affecter, parce que c’est un phénomène assez courant. Mais la fois suivante – la seconde fois –, le contact est beaucoup plus facile à obtenir. Et alors il y a un moment, qui n’est pas très lointain, dès que l’on se concentre et que l’on aspire, on obtient un contact. On ne peut pas avoir le pouvoir de le garder toujours, mais on l’obtient à volonté. Alors, à ce moment-là, les choses deviennent très faciles. Quand on sent une difficulté, ou qu’il y a un problème à résoudre, que l’on veut faire un progrès, ou qu’il y a justement une dépression à vaincre ou un obstacle à surmonter, ou bien simplement la joie de l’identification (parce que c’est une expérience qui donne une joie très concrète ; au moment de l’identification on sent vraiment une joie très, très grande), alors, à n’importe quel moment, on peut s’arrêter, un moment se concentrer et aspirer, et tout naturellement le contact s’établit et tous les problèmes à résoudre sont résolus. Simplement se concentrer – s’asseoir et se concentrer –, aspirer comme ça, et le contact s’établit, pour ainsi dire instantané.
Il y a un moment, comme je l’ai dit, où cela ne vous quitte pas, c’est-à-dire que c’est au fond de la conscience et que ça soutient tout ce que l’on fait, et on ne perd jamais le contact. Alors, beaucoup de choses disparaissent – par exemple, la dépression est l’une de ces choses, le mécontentement, la révolte, la fatigue, la dépression, toutes ces difficultés-là. Et si l’on prend l’habitude de faire, pour ainsi dire, un pas en arrière dans sa conscience et de voir sur l’écran de sa conscience psychique – voir toutes les circonstances, tous les évènements, toutes les idées, toutes les connaissances, tout –, à ce moment-là on voit ça et on a un guide tout à fait certain pour tout ce que l’on peut faire. Mais cela, c’est forcément très long à venir. »

OOO


Contradictions, difficultés.


Entretiens 55, 19.1.55, p. 22. « […] l’être extérieur n’est pas du tout conscient de l’être psychique ; mais dans la mesure où il est conscient, il reflète la perfection de cet être psychique.
Si tu veux parler des circonstances, pas du caractère, pourquoi est-ce qu’un être psychique n’aurait pas de difficultés dans le monde ? Si le monde était entièrement psychique, je comprends. Mais il ne l’est pas. Il est justement tout le contraire, et je pense que plus on est psychique, généralement, plus on a des difficultés. Seulement, on est armé pour faire face aux difficultés. Mais plus on est psychique, plus on est en contradiction avec l’état du monde actuel. Alors quand on est en contradiction avec quelque chose, le résultat, ce sont des difficultés. Et j’ai remarqué que le plus souvent les gens qui ont beaucoup de difficultés sont des gens qui sont en rapport plus ou moins étroit avec leur être psychique. Si tu veux parler des circonstances extérieures… je ne parle pas du caractère, c’est tout à fait différent, mais des circonstances extérieures… et les gens qui ont le plus à lutter et auraient le plus de raisons pour souffrir, ce sont des gens qui ont un être psychique très développé.
D’abord, le développement de l’être psychique a un double résultat, qui est concomitant. C’est-à-dire que, avec le développement de l’être psychique, la sensibilité de l’être croît. Et avec la croissance de la sensibilité, il y a aussi la croissance de la capacité de souffrir ; mais il y a la contrepartie, c’est que dans la mesure où on est en relation avec l’être psychique, on fait face aux circonstances de la vie d’une façon tout à fait différente et avec une sorte de liberté intérieure, qui fait que vous êtes capable de vous reculer d’une circonstance et de ne pas sentir le choc de la façon ordinaire. Vous pouvez faire face à la difficulté ou aux choses extérieures avec calme, paix, et une connaissance intérieure suffisante pour ne pas être troublé. Alors, d’une part on est plus sensible, et d’autre part on est plus fort pour faire face à la sensibilité. »

OOO


Introduction de la notion de continuité et de celle d’immortalité.

Entretiens 55, 9.3.55, p. 89. « Et puis, il y a un autre exercice qui consiste à chercher en soi ce qui est persistant, ce qui est durable, quelque chose qui fait qu’on dit "moi", et qui n’est pas le corps. Parce que, évidemment, quand on était tout petit comme ça, et puis que chaque année on grandit, si on prend les distances assez longues, par exemple des distances d’une dizaine d’années, ce sont des "moi" très différents de ce qu’on était quand on était comme ça (geste) ; et puis ce qu’on est maintenant, c’est difficile de dire que c’est la même personne, n’est-ce pas. Si on ne prend que ça, il y a pourtant quelque chose qui a le sentiment d’être toujours la même personne. Alors il faut réfléchir, chercher, tâcher de comprendre ce que c’est. Ça, ça peut vous mener loin sur le chemin. Alors, si on étudie aussi la relation entre ces différentes choses, entre les pensées, les sentiments, l’action sur le corps, la réaction du corps sur ces choses, et puis qu’est-ce qui d’une façon permanente dit "moi", qu’est-ce qui peut faire une courbe dans le mouvement de l’être, si on cherche assez soigneusement, cela vous mène assez loin. Naturellement, si on cherche assez loin, et avec assez de persistance, on arrive au psychique. […] »

Entretiens 55, 29.6.55, p. 252. « […] le psychique est derrière toute l’organisation, cette triple organisation de la conscience et de la vie humaine. Le psychique est derrière et la soutient par sa conscience qui est une conscience immortelle. C’est à cause du psychique que nous avons si clairement ce sens de continuité. Autrement si tu compares ce que tu es maintenant avec ce que tu étais quand tu avais trois ans, évidemment tu ne pourrais le reconnaitre d’aucune façon, ni physiquement, ni vitalement, ni mentalement. Il n’y a aucune ressemblance d’aucun genre. Mais il y a, derrière, le psychique qui soutient le développement, la croissance de l’être et qui fait qu’il y a cette continuité de conscience, qui fait qu’on sent que l’on est le même être, tout en étant un être absolument différent. Absolument différent. Si plus tard on s’observe suffisamment, on peut voir que les choses que l'on comprenait et que l’on pouvait faire à ce moment-là sont des choses qui vous paraissent absolument inconcevables, et que jamais vous ne pourriez faire une action semblable, parce que vous n’êtes plus du tout cet être-là. Et pourtant, parce qu’il y a avait là-dedans la conscience psychique, qui est une conscience immortelle, alors vous avez le sentiment que c’est toujours le même être qui était là, et qui continue à être là, et qui continuera à être là, avec des changements plus ou moins progressifs et plus ou moins conscients. »

Entretiens 57, 27.11.57, p. 303. « […] ce principe éternel qui est dans votre être ! […] Si l’on prenait la peine d’ouvrir les portes, on le trouverait peut-être… C’est évidemment un monsieur qui n’aime pas – un monsieur ou une dame, ou quelque chose, ou n’importe – qui n’aime pas l’ostentation, qui ne se force pas à l’attention à la surface. Mais peut-être s’attend-il à ce qu’on aille à sa recherche ? Peut-être est-il assis très tranquillement, tout au fond de la maison, et qu’il faut ouvrir les portes l’une après l’autre. »

OOO


Après la vie, et réincarnation (sans des mots de la famille de divin).

Traduction et commentaires (…), n° 11, p. 55. « Chaque fois que l’âme s’incarne dans un corps nouveau, elle vient avec l’intention de faire une expérience nouvelle qui l’aidera dans son développement et rendra sa personnalité plus parfaite ; c’est ainsi que, de vie en vie, l’être psychique se forme pour devenir une personnalité tout à fait consciente et indépendante qui, lorsqu’elle est arrivée au maximum de son développement, peut choisir non seulement le temps de son incarnation, mais le lieu, le but et l’œuvre à accomplir. »

Éducation, éd. 81, p. 376. « Normalement, le psychique met plusieurs vies à se former complètement, et c’est lui qui passe d’un corps dans un autre et c’est pour cela que nous ne sommes pas conscients de nos vies passées : c’est parce que nous ne sommes pas conscients de notre psychique. Mais quelquefois, il y a un moment où le psychique a participé à un évènement ; il est devenu conscient, et cela fait un souvenir. On a quelquefois… on a quelquefois un souvenir fragmentaire, le souvenir d’une circonstance ou d’un évènement, ou d’une pensée ou même d’une action, comme ça : c’est parce que le psychique était conscient. »

Entretiens 55, 9.3.55, p. 87. « […] Vous ne pouvez pas changer le monde extérieur à moins que vous ne commenciez par vous changer vous-même. […] C’est pour cela que la vie sur terre, pour un être psychique, c’est l’occasion de progresser. La durée de la vie terrestre c’est le temps du progrès. En dehors de la vie terrestre il n’y a, pour ainsi dire, pas de progrès. C’est dans la vie terrestre qu’il y a la possibilité et les moyens de progresser. Mais c’est pour tous les êtres conscients la même chose, pas seulement pour ceux que tu appelles incarnés. […] »

Entretiens 30-31, p 74. « Il faut noter ici en passant qu’il y a une idée fausse très répandue au sujet de la réincarnation. Les gens s’imaginent que c’est "eux-même" qui se réincarne, ce qui est une erreur flagrante. Il est vrai que certaines parties de l’être s’amalgament avec d’autres et continuent d’agir ainsi à travers de nouveaux corps, mais leur être tout entier ne se réincarne pas, pour la simple raison que ce qu’ils entendent évidemment par "eux-même" n’est pas une entité réelle individualisée, mais une personnalité extérieure, la personnalité faite d’un nom et d’une forme extérieure. Ainsi, on a tort de dire que A s’est réincarné en B, car A est une personnalité organiquement distincte de B et on ne peut pas dire qu’elle s’est réincarnée en B. Vous ne seriez justifié à dire cela que si vous disiez que la même lignée de conscience utilise à la fois A et B comme instruments de sa manifestation. Car, ce qui reste vraiment constant, c’est l’être psychique, qui n’est pas du tout la personnalité extérieure mais quelque chose de profond à l’intérieur, quelque chose qui n’est ni la forme ni le nom extérieurs. »

Entretiens 53, 1.7.53, p. 151. « […] si vous avez uni votre conscience à la conscience psychique, quand vous mourrez vous resterez conscient de votre être psychique, et l’être psychique retourne dans le monde psychique, qui est un monde de béatitude, de joie, de paix, de tranquillité, et d’une connaissance croissante. »

Entretiens 54, 6.10.54, p. 405. « […] dans le langage ordinaire, on dit : "Vous mourez quand votre âme quitte votre corps", ou : "Votre âme quitte votre corps quand vous mourez", d’une façon ou de l’autre ; mais ce n’est pas l'âme, ce n’est pas que cette âme – ce que nous appelons l’âme, c’est-à-dire l’être psychique… c’est l’être vital. Quand l’être vital abandonne le corps, pour une raison quelconque, le corps meurt, ou la mort produit la coupure entre l'être vital et le corps ; alors dans le sens d’animer, c’est-à-dire donner la vie. »

Lettres, t. 2, p. 239. « L’âme, après avoir quitté le corps, voyage à travers plusieurs états ou plans jusqu’à ce que l’être psychique se soit dépouillé de ses enveloppes temporaires ; elle atteint alors le monde psychique où elle repose dans une sorte de sommeil jusqu’à ce qu’elle soit prête pour la réincarnation. Elle ne conserve finalement de l’expérience humaine que l’essence de tout ce qu’elle a vécu, ce qu’elle peut utiliser pour son développement. Telle est la règle générale, mais elle ne s’applique pas aux cas exceptionnels, ni aux êtres très développés qui sont parvenus à un niveau de conscience plus grand que celui de l’homme ordinaire. »

Traduction et commentaires (…), n° 60, p. 129. « Est-ce qu’un être emporte ses expériences mentales, vitales, et physiques d’une vie à l’autre ?
Chaque cas est différent. Tout dépend du degré de développement de l’individu dans ses diverses parties et de la plus ou moins bonne organisation de ces parties autour du centre psychique. Plus l’être est organisé, plus il devient consciemment durable. On peut dire, d’une façon générale, que chacun apporte dans sa vie actuelle les conséquences de ses vies antérieures, sans, cependant, conserver le souvenir de ces vies. À part quelques très rares exceptions, c’est seulement lorsqu’on s’unit à son être psychique et que l'on devient pleinement conscient de lui, que l’on acquiert, en même temps, le souvenir des vies antérieures que le psychique conserve dans sa conscience.
Autrement, même chez les plus sensitifs, ces souvenirs sont fragmentaires, incertains et spasmodiques, le plus souvent très peu reconnaissables, et semblent n’être que des impressions indéfinissables. Pourtant, celui qui sait voir derrière les apparences pourra percevoir une sorte d’analogie dans l’enchaînement des circonstances de sa vie. »

Entretiens 55, 26.1.55, p. 25. « […] Pourquoi se suicide-t-on ? Parce qu’on est un lâche… Quand on est lâche, on souffre toujours. […] L’être psychique vient avec un but déterminé pour faire un ensemble d’expériences, et apprendre, et faire des progrès. Alors si vous vous en allez avant que son travail soit fini, il faudra qu’il revienne le refaire dans des conditions beaucoup plus difficiles. Alors tout ce que vous avez évité dans une vie, vous le retrouverez dans l'autre, plus difficile. Et même sans s’en aller comme ça, si dans la vie vous avez des difficultés à surmonter, vous avez ce que nous avons l’habitude d’appeler un "examen" à passer, n’est-ce pas, eh bien, si vous ne le passez pas, ou si vous lui tournez le dos, que vous vous en alliez au lieu de le passer, il faudra le passer une autre fois, et ça sera beaucoup plus difficile qu’avant. »



OOO

- III -

INTRODUCTION DE MOTS DE LA FAMILLE DE DIVIN, AVEC EMPLOI DU MOT DIEU PAR DISTINCTION. AUTRES EXPLICATIONS.

Éducation, éd. 81, p. 373, 8 février 73. « L’être psychique, c’est le représentant du Divin dans l’être humain. C’est ça, n’est-ce pas – le Divin n’est pas quelque chose de lointain et d’inaccessible. Le Divin est en vous mais vous n’en êtes pas complètement conscients. Vous avez plutôt… ça agit maintenant comme une influence plutôt que comme une Présence. Il faut que ce soit une Présence consciente, que vous puissiez à tout moment vous demander quel est … comment… comment le Divin voit. C’est comme ça : d’abord comment le Divin voit, et puis comment le Divin veut, et puis comment le Divin fait. Et ce n’est pas s’en aller dans des régions inaccessibles, c’est ici-même. Seulement, pour le moment, toutes les vieilles habitudes et l’inconscience générale mettent comme une sorte de couverture qui nous empêche de voir et de sentir. Il faut… il faut lever, il faut soulever ça. Au fond, il faut devenir des instruments conscients… conscients… conscients du Divin. »

Notes sur le chemin, 7.10.64, p. 7. « Je comprends bien, il y a des gens qui n’aiment pas l’idée d’un "Divin", parce que, immédiatement, cela se mélange de toutes ces conceptions européennes ou occidentales (qui sont effroyables), et alors cela complique un peu leur existence – mais on n’a pas besoin de ça ! le "quelque chose" dont on a besoin, la Lumière dont on a besoin, l’Amour dont on a besoin, la Vérité dont on a besoin, la suprême Perfection dont on a besoin – et c’est tout. Les formules… moins il y a de formules, mieux c’est. »

Traduction et commentaires (…), n° 63 à 65, p. 134. « Il est extrêmement difficile pour l’esprit occidental de comprendre d’une façon vivante et concrète que tout est le Divin. Les gens sont tellement imprégnés de l’idée chrétienne d’un "Dieu créateur" – la création d’un côté et Dieu de l’autre ! Quand on réfléchit, on rejette cela, mais c’est entré dans la sensation, dans le sentiment ; […]. »

Entretiens 53, 15.7.53, p. 184. « […] si, vraiment, dans ce monde-ci, le Divin est tout-puissant et qu’il fait toujours ce qu’il veut, eh bien, moi, je dis que c’est le plus grand monstre qu’il y ait dans l’univers ! Parce que quelqu’un qui serait tout-puissant et qui ferait le monde tel qu’il est, en regardant avec un sourire les gens souffrir, être misérables, et qui trouverait ça très bien, moi, je l’appelle un monstre. C’était le genre de choses auxquelles je pensais quand j’avais cinq ans. Je me disais : "Ce n’est pas possible, ce qu’on apprend là n’est pas vrai !" […] cette personne a organisé quelque chose (la terre, c’est très grand, c’est difficile à comprendre – mettez n’importe quoi : une chose), et alors cette chose, elle l’a organisée avec le plein pouvoir de faire exactement comme elle veut. Et dans cette chose – qu’elle a faite avec le plein pouvoir de faire ce qu’elle veut –, il y a l’ignorance, la stupidité, la mauvaise volonté, la crainte, la jalousie, l’orgueil, la méchanceté, et puis la souffrance, la maladie, le chagrin, toutes les douleurs ; et un ensemble de gens qui ne peuvent pas dire qu’ils ont peut-être plus de quelques minutes de bonheur dans une journée et le reste est un état neutre, comme ça, qui passe comme une chose qui est morte – et vous appelez cela une création, vous !... Moi, j’appelle cela quelque chose comme un enfer ! Et celui qui ferait ça volontairement, et qui non seulement le ferait, mais le regarderait et dirait : "Ah ! c’est très bien", comme on vous le raconte dans certains livres religieux, qu’après avoir fait le monde tel qu’il est, le septième jour il l’a regardé et il était très content de son travail et il s’est reposé… Eh bien, cela, non ! […] je veux que nous arrivions tous à ne pas répéter et redire indéfiniment toutes les sornettes qui se disent dans le monde chaque fois qu’on se tourne vers quelque chose d’autre que la vie ordinaire. De même que j’ai parlé ici, dans ce livre, de la confusion que l’on fait entre l’ascétisme et la vie spirituelle 1, eh bien, un jour, je vous parlerai de la confusion que l’on fait entre ce qu’on appelle Dieu et ce que, moi, j’appelle le Divin. Ce sera pour plus tard. » « » = correspond à une note de bas de page.

La vie divine, t. 3, p. 1064, chap. 46 : Le processus évolutif… « […] nous ne pouvons plus supposer que Dieu ou quelque Démiurge a fabriqué chaque genre et chaque espèce, complet et définitif en corps et en conscience et s’en est tenu là après avoir contemplé son œuvre et l’avoir trouvé bonne. »

La vie divine, t. 3, p. 1009, chap. 44 : La connaissance intégrale... « Il y a […] cette idée que l’on trouve dans certaines religions, idée qui a longtemps persisté mais qui est maintenant fort ébranlée ou discréditée, selon laquelle l’homme est un être créé tout d’abord sur la terre comme corps matériel vivant et en qui une âme divine nouvellement née est insufflée ou avec qui cette âme est associée par le fiat d’un Créateur tout-puissant. Épisode solitaire, cette vie est pour l’homme l’unique occasion d’aller vers un monde de béatitude éternelle ou vers un monde de souffrances éternelles, selon que le bilan où la résultante générale de ses actes est bon ou mauvais, qu’il accepte ou rejette, connaît ou ignore un credo, un culte ou un médiateur divin particuliers, ou encore soit selon le caprice arbitraire et prédestinant de son Créateur. Mais c’est là la théorie supraterrestre de la vie sous sa forme la moins rationnelle de credo ou de dogme qu’il est facile de mettre en question. »

Entretiens 50-51, 21.12.51, p. 2. « Je n’emploie pas volontiers le mot Dieu, parce que les religions en ont fait le nom d’un être tout-puissant autre que sa création, en dehors d’elle. Ce qui est inexact. »

Entretiens 53, 29.4.53, p. 34. « […] je sais que vous êtes tous ici libérés des religions. Si j’avais en face de moi quelqu’un qui ait une religion à laquelle il croie, je lui dirais : "C’est très bien, gardez votre religion, continuez." Heureusement pour vous tous, vous n’en avez pas. Et j’espère que vous n’en aurez jamais parce que c’est la porte fermée à tout progrès. »


Traduction et commentaires (…), n° 66, p. 140. « La notion de péché est quelque chose que je comprends pas, que je n’ai jamais comprise ; le péché originel m’a paru l’une des idées les plus monstrueuses que les hommes aient jamais pu avoir – le péché et moi, cela ne va pas ensemble ! »


Traduction et commentaires (…), n° 58, p. 124. « Cet occultiste dont j’ai parlé disait que la traduction vraie de l’histoire de la Bible (du paradis et du serpent), est que l’homme a voulu passer d’un état de divinité animale, comme les animaux, à l’état de divinité consciente par le développement mental (et c’est cela le symbole, quand on dit qu'ils ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance). Et ce serpent (il disait toujours que c’était un serpent irisé, c’est-à-dire qu’il avait toute les couleurs du prisme), ce n’était pas du tout l’esprit du mal, c’était la force évolutive – la force, le pouvoir d’évolution – et que, naturellement, c’était le pouvoir d’évolution qui les avait fait goûter au fruit de la connaissance. »


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Avec emploi d’un mot de la famille de divin : utiliser la raison tant que l’on n’a pas trouvé mieux.

Entretiens 57, 8.5.57, p. 132. « Il est assez bon de commencer jeune à apprendre que pour mener une vie efficace et pour obtenir de son corps le maximum de ce qu’il peut donner, il faut que le maître de la maison soit la raison. Et ce n’est pas une question de yoga ni de réalisation supérieure, c’est quelque chose qui devrait être enseigné partout, dans toutes les écoles, toutes les familles, dans toutes les maisons : l’homme est fait pour être un être mental ; et pour être seulement un homme (nous ne parlons pas d’autre chose, nous parlons seulement d’être un homme), il faut que la vie soit dominée par la raison et non par les impulsions vitales. Cela, depuis tout petit, on devrait l’enseigner à tous les enfants. Si l’on n’est pas dominé par la raison, on est une brute inférieure à l’animal ; parce que les animaux n’ont pas de mental, ni de raison pour les dominer, mais ils obéissent à l’instinct de l’espèce. Il y a un instinct de l’espèce, qui est un instinct extrêmement raisonnable et qui règle toutes leurs activités pour leur bien, et automatiquement, sans le savoir, ils sont soumis à cet instinct de l’espèce, qui est tout à fait raisonnable au point de vue de cette espèce, de chaque espèce. Et ceux qui, pour une raison quelconque s’en libèrent – je le disais tout à l’heure, ceux qui vivent près de l’homme et commencent à obéir à l’homme au lieu d’obéir à l’instinct de l’espèce –, ceux-là sont pervertis et perdent les qualités de leur espèce. Mais un être animal, laissé dans sa vie naturelle et libre de l’influence humaine, est un être extrêmement raisonnable à son point de vue propre, parce qu’il ne fait que les choses qui sont conformes à sa nature et pour son bien. Naturellement, il lui arrive des malheurs parce qu’il est en lutte avec toutes les autres espèces, mais pour lui-même il ne fait pas de folies. Les folies et la perversion commencent avec la mentalité consciente et l’espèce humaine. C’est le mauvais usage que l’homme fait de sa capacité mentale. La perversion commence avec l’humanité. C’est la déformation de ce progrès de la Nature qu’est la conscience mentale. Et par conséquent, la première chose qu’il faudrait apprendre à tout être humain dès qu’il est capable de penser, c’est qu’il doit obéir à la raison qui est un super-instinct de l’espèce. La raison est le maître de la nature de l'espèce humaine. Il faut obéir à la raison et se refuser absolument à être l’esclave des instincts. Et là, je ne vous parle pas de yoga, je ne vous parle pas de vie spirituelle, rien de tout cela, ça n’a rien à voir avec cela. C’est l’élémentaire sagesse de la vie humaine, purement humaine : tout être humain qui obéit à quelque chose d’autre que la raison, est une espèce de brute inférieure à l’animal. Voilà. Et cela, il faudrait qu’on l’enseigne partout ; c’est l’éducation élémentaire que l’on doit donner aux enfants.
Le règne de la raison ne doit prendre fin qu’avec l’avènement de la loi psychique qui manifeste la Volonté divine. »

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Avec emploi de mots de la famille de divin : le psychique existe et il guide.

Entretiens 53, 16.12.53, p. 447. « Chez tout le monde, le psychique est-il déjà pur ou faut-il le rendre pur ?
Il est toujours pur. Mais il est plus ou moins individualisé ou indépendant dans son action. Ce qui est psychique, dans l’être, est toujours pur, par définition, puisque c’est la partie de l'être qui est en rapport avec le Divin et qui exprime la vérité de l'être. Mais ce peut être comme une étincelle dans l'obscurité de l’être, ou ce peut être un être de lumière, conscient, entièrement formé et indépendant. Il y a toutes les gradations entre les deux.
Généralement il est voilé ?

C’est la conscience extérieure qui n’est pas en contact avec lui, parce qu’elle est tournée vers le dehors au lieu d’être tournée vers le dedans – parce qu’elle vit dans tous les bruits et les mouvements extérieurs, dans ce qu’elle voit, dans ce qu’elle fait, dans ce qu’elle dit, au lieu de regarder dans le dedans, dans la profondeur de l'être et d’écouter les inspirations intérieures. »

Lettres, t. 2, p. 68. « Le mot "soul" [âme], tout comme le mot "psychic" [psychique], a, dans la langue anglaise, un emploi très vague et de nombreuses significations différentes. Dans le langage ordinaire, on a trop souvent tendance à ne pas faire une claire distinction entre le mental et l’âme et il se fait souvent une confusion plus grave encore : c’est en effet de l'être vital de désir – de la fausse âme ou âme de désir – que l’on parle lorsqu’on emploie les mots "âme" et "psychique", et non de l’âme vraie, de l’être psychique. L’être psychique est tout à fait différent du mental ou du vital ; il se tient derrière eux, là où ils se joignent dans le cœur. C’est là qu’est sa place centrale, mais derrière le cœur plutôt qu’au-dedans de lui ; car ce que les hommes appellent d’ordinaire le cœur est le siège de l’émotion, et les émotions humaines sont des impulsions mentales-vitales qui n’ont pas, en général, un caractère psychique. Ce pouvoir profondément secret qui se tient derrière – autre que le mental et la force de vie – est l’âme vraie, l’être psychique en nous. Le pouvoir du psychique peut néanmoins agir sur le mental, le vital et le corps, purifiant la pensée, la perception et l’émotion (qui devient alors le sentiment psychique), la sensation, l’action et toutes choses en nous, et les préparant ainsi à devenir des mouvements divins. […] »

La Synthèse des yoga, t. 1, p. 229. « Il est de la nature même de l’âme, ou être psychique, de se tourner vers la Vérité divine comme le tournesol vers le soleil ; tout ce qui est divin ou qui progresse vers la divinité, elle l’accepte et s’y attache, et elle se retire de tout ce qui est une perversion ou un démenti de la divinité, de tout ce qui est faux et non-divin. Mais au début, l’âme n’est qu’une étincelle, puis une petite flamme divine qui brûle au milieu d’une grande obscurité ; elle est en grande partie voilée dans son sanctuaire intérieur, et, pour se révéler, elle doit faire appel au mental, à la force de vie et à la conscience physique et les persuader de l’exprimer autant qu’ils le peuvent ; généralement, elle réussit tout au plus à imprégner de sa lumière intérieure leur extériorité, et par sa finesse purificatrice, à atténuer leurs sombres obscurités ou leur grossier mélange. Même lorsque l’être psychique est suffisamment formé pour pouvoir s’exprimer d’une façon un peu directe dans la vie, il ne représente encore chez tous, sauf pour le très petit nombre, qu’une partie mineure de l'être – "pas plus grand dans la masse du corps que le pouce d’un homme", selon l’image des anciens voyants –, et il n’est pas toujours capable de prévaloir contre l’obscurité et la petitesse ignorante de la conscience physique, contre la suffisance erronée du mental ou l’arrogance et la véhémence de la nature vitale. Cette âme est obligée d’accepter la vie mentale, émotive et sensorielle telle qu’elle est chez les hommes, avec ses relations, ses activités, ses formes et ses symboles préférés ; elle doit peiner pour démêler et accroître l’élément divin enfoui dans toute cette vérité relative continuellement mélangée aux falsifications de l’erreur, dans cet amour mis au service du corps animal ou de la satisfaction de l’ego vital, dans cette vie d’homme moyen traversée de rares et pâles éclairs de divinité et de plus sombres éclats du démon et de la brute. Elle ne se trompe jamais dans son essentielle volonté, mais elle est souvent obligée, sous la pression de ses instruments, de tolérer des fautes d’action, des sentiments mal placés, des personnes mal choisies, des erreurs dans la forme exacte de sa volonté et dans les circonstances qui doivent exprimer son idéal intérieur infaillible. Pourtant, il y a en elle une divination qui en fait un guide plus sûr que la raison ou le désir, même les plus nobles, et en dépit des erreurs et des faux-pas apparents, sa voix peut néanmoins conduire plus sûrement que l’intellect précis et que les considérations du jugement mental. Cette voix de l’âme n’est pas ce qu’on appelle la "conscience" (celle-ci n’est qu’un succédané mental, souvent conventionnel et sujet à erreur), c'est un appel plus profond et plus rarement entendu ; cependant, le plus sage est de la suivre quand on l’entend ; il est même préférable d’errer en suivant l’appel de son âme que d’aller tout droit, en apparence, en obéissant à la raison et au mentor moral extérieur. Mais c’est seulement quand la vie se tourne vers le Divin que l’âme peut vraiment venir en avant et imposer son pouvoir aux parties extérieures de l'être, car étant elle-même une étincelle du Divin, sa vraie vie et la raison même de son existence est de croître comme une flamme vers le Divin. »

Éducation, in-8°, p. 50. « Tout être humain porte, cachée au-dedans de lui, a possibilité d’une conscience supérieure qui dépasse les cadres de sa vie actuelle et le fait participer à une vie plus haute et plus vaste. En fait, chez tout être d’élite, c’est cette conscience qui gouverne sa vie et organise à la fois les circonstances de son existence et sa réaction individuelle à ces circonstances. Ce que la conscience mentale de l’homme ne sait pas et ne peut pas, cette conscience-là le sait et le fait. Elle est comme une lumière qui brille au centre de l'être et rayonne à travers les couches épaisses de la conscience extérieure. Certains ont une vague prescience de sa présence ; un grand nombre d’enfants sont soumis à son influence qui parfois se fait sentir très distinctement dans leurs actions spontanées et même dans leurs paroles. Malheureusement comme le plus souvent les parents ne savent pas ce que c’est et ne comprennent pas ce qui se passe dans leur enfant, leur réaction à l’égard de ces phénomènes n’est pas bonne, et toute leur éducation consiste à rendre l’enfant aussi inconscient que possible dans ce domaine pour concentrer toute son attention sur les choses extérieures, lui donnant ainsi l’habitude de les considérer comme les seules importantes. Il est vrai que cette concentration sur les choses extérieures est très utile, pourvu qu’elle soit faite de la bonne manière. Les trois éducations, physique, vitale et mentale s’occupent de cela, et on pourrait les définir comme le moyen de construire la personnalité, de faire surgir l’individu de la masse amorphe et subconsciente pour en faire une entité bien définie et consciente d’elle-même. Avec l’éducation psychique, nous abordons le problème du vrai mobile de l’existence, de la raison d’être de la vie sur terre, de la découverte à laquelle cette vie doit mener et du résultat de cette découverte : la consécration de l’individu à son principe éternel. D’une façon assez générale on associe cette découverte à un sentiment mystique et à une vie religieuse, parce que ce sont surtout les religions qui se sont occupées de cet aspect de la vie. Mais il n’en est pas nécessairement ainsi ; et si l’on remplace le notion mystique de Dieu par la notion plus philosophique de Vérité, la découverte restera essentiellement la même, mais la route pour y arriver pourra être parcourue par le positiviste le plus intransigeant. Car, pour se préparer à une vie psychique, les notions et les idées mentales n’ont qu’une importance très secondaire. La chose importante, c’est l’expérience vécue ; elle porte sa réalité et sa force en elle-même, indépendante de toute théorie qui peut la précéder, l’accompagner ou la suivre. […]
J’insiste sur le fait que ce qui est dit ici brièvement n’a pas la prétention d’être un exposé complet de la réalité et n’épuise pas le sujet, il s’en faut même de beaucoup. C’est seulement une explication très succincte donnée dans un but pratique, afin qu’elle serve de base à l’éducation dont nous voulons nous occuper.
C’est par l’intermédiaire de cette présence psychique que la vérité d’un être individuel entre en contact avec lui et les circonstances de son existence. Dans la plupart des cas, cette présence agit de derrière un voile, pour ainsi dire, méconnue et ignorée ; mais pour certains elle est perceptible et son action est reconnaissable ; chez quelques-uns même, un très petit nombre, la présence devient tangible et son action est tout à fait effective. Ceux-là avancent dans la vie avec une assurance et une certitude particulières, ils sont les maîtres de leur destinée. C’est dans le but d’obtenir cette maîtrise et de devenir conscient de la présence psychique que l’éducation psychique doit être pratiquée. Mais pour cela un facteur spécial est requis, c’est la volonté personnelle. Car, jusqu’à présent, la découverte de l’être psychique et l’identification avec lui ne font pas partie des sujets d’éducation reconnus, et quoique dans des ouvrages spéciaux on puisse trouver des indications utiles pour la pratique et que dans des cas exceptionnels on puisse avoir la bonne fortune de rencontrer quelqu’un qui est capable de montrer le chemin et d’aider à le parcourir, le plus souvent la tentative est laissée à l’initiative privée ; la découverte est une affaire personnelle et une grande détermination, une forte volonté et une persévérance inlassable sont indispensables pour atteindre le but. Chacun doit, pour ainsi dire, tracer sa propre route à travers ses propres difficultés. »

Entretiens 29, 14.4.29, p. 11. « Comment savoir, me demanderez-vous, si c’est la volonté divine qui nous fait agir ? La volonté du Divin n’est pas difficile à distinguer. On ne peut s’y tromper. Il n’est pas nécessaire d’être très loin sur le sentier pour pouvoir la connaître. Mais pour cela, il faut écouter sa voix, la petite voix tranquille et paisible qui parle dans le silence de votre cœur.
Quand vous avez pris l’habitude d’écouter, si vous faites quoi que ce soit de contraire à la volonté divine, vous éprouvez immédiatement un malaise ; si, en dépit de cela, vous persistez dans la mauvaise voie, un grand trouble s’empare de vous. Vous pourrez cependant donner quelque excuse matérielle à ce trouble, et continuer sur cette route. Alors graduellement, vous perdrez la faculté de perception, et finalement vous pourrez faire toutes sortes de mauvaises actions sans ressentir aucun avertissement. Mais si, au contraire, dès que vous éprouvez le moindre malaise, vous vous arrêtez et vous questionnez votre être intérieur : "Quelle est la cause de ceci ?" vous recevrez la vraie réponse et la chose deviendra tout à faite claire. Quand vous ressentez une petite dépression ou un léger malaise, n’essayez pas de leur donner une explication matérielle. Et lorsque vous vous arrêtez pour chercher la raison de ce qui se passe, soyez absolument droit et sincère. Tout d’abord, votre pensée construira quelque explication plausible et favorable. Ne l'acceptez pas, mais regardez au-delà et demandez-vous : "Qu’y a-t-il derrière ce mouvement ?" Pourquoi ai-je fait ceci ?" À la fin, vous découvrirez, caché dans un coin, le faux-pli – une légère déviation ou déformation de votre attitude – qui est la cause du trouble. »

Entretiens 50-51, 8.2.51, p. 112. « […] Nous avons dit qu’il n’y a qu’une sécurité, ne jamais agir qu’en accord avec la volonté divine. Reste une question : comment savoir que c’est la volonté divine qui vous fait agir ? J’ai répondu à la personne qui me posait cette question (quoiqu’elle ne fût pas d’accord) que la voix du Divin n’est pas difficile à distinguer : on ne peut pas se tromper. Il n’est pas nécessaire d’être loin sur le sentier pour pouvoir la reconnaître ; il faut écouter la petit voix tranquille et paisible qui parle dans le silence de votre cœur.
J’ai oublié une chose : pour l’entendre, il faut être absolument sincère, car si vous n’êtes pas sincère, vous commencerez par vous tromper vous-même et vous n’entendrez rien du tout, sauf la voix de votre ego, et alors vous ferez avec certitude (pensant que c’est la petite voix vraie) les bêtises les plus épouvantables. Mais si l’on est sincère, le moyen est sûr. Ce n’est même pas une voix, ce n’est même pas une sensation, c’est quelque chose d’extrêmement subtil – une petite indication. Quand tout marche bien, c’est-à-dire quand vous ne faites rien qui soit contraire à la volonté divine, vous n’aurez peut-être pas d’impression très définie, tout vous paraîtra normal. Évidemment, il faut être anxieux de savoir si vous agissez en accord avec la volonté divine, c’est le premier point, n’est-ce pas, sans lequel vous ne pouvez rien savoir du tout. Mais une fois que vous êtes anxieux et que vous faites attention, tout vous semble normal, naturel, puis, tout d’un coup, vous sentez un petit malaise quelque part, dans la tête, dans le cœur ou même dans l’estomac – généralement, on ne s’en occupe pas ; vous pouvez éprouver cela plusieurs fois dans la journée, mais vous le rejetez sans y faire attention ; mais ce n’est plus tout à fait comme avant ; alors, à ce moment-là, il faut vous arrêter, quoi que vous fassiez, et regarder, et si vous êtes sincère vous remarquerez une petite tache noire (une petite idée méchante, un petit mouvement faux, une petite décision arbitraire) et c’est là la source du malaise. Vous remarquerez ensuite que la petite tache noire vient de l’ego, qui est plein de préférences ; il fait généralement ce qui lui fait plaisir ; les choses qui lui font plaisir sont jugées bonnes et celles qui ne lui plaisent pas sont jugées mauvaises – cela vous embrouille le jugement. Il est difficile de juger dans ces conditions-là. Si vous voulez vraiment savoir, il faut vous reculer d’un pas et regarder, et vous saurez alors que c’est ce petit mouvement de l’ego qui est la cause du malaise. Vous verrez que c’est une petite chose recroquevillée sur elle-même ; vous aurez l’impression d’être en face de quelque chose de dur, qui résiste, ou qui est noir. Alors, avec patience, du haut de votre conscience, il faut expliquer à cette chose sa faute, et finalement elle disparaîtra. Je ne dis pas que l’on réussisse tout de suite le premier jour, mais si l’on essaie sincèrement, on finit toujours par réussir. Et si vous persévérez, vous vous apercevrez que vous êtes tout d’un coup débarrassé de tout un tas de mesquineries, de laideurs, d’obscurités qui vous empêchaient de vous épanouir dans la lumière. Ce sont ces choses-là qui vous recroquevillent, qui vous empêchent de vous élargir, de vous épanouir dans une lumière où on a l’impression d’être très confortable. Si vous faites cet effort, vous verrez finalement que vous êtes loin du point où vous aviez commencé, que les choses que vous ne sentiez pas, que vous ne compreniez pas, sont devenues claires. Si l’on est résolu, on est sûr d’y arriver.
C’est le premier pas pour unifier votre être, devenir un être conscient qui a une volonté centrale et qui n’agit que selon cette volonté, qui sera une expression constante de la volonté divine. Cela vaut la peine d’essayer.
Et je puis vous dire, avec mon expérience personnelle, qu’il n’y a rien au monde de plus intéressant. Si vous commencez à faire cet effort, vous vous apercevrez que votre vie est pleine d’intérêt – n’est-ce pas, dans la vie ordinaire des gens, il y a au moins un tiers qui est une espèce de terne ennui (je dis un tiers, mais pour certaines gens deux tiers de la journée sont d'un terne ennui), et tout cela, volatilisé ! Tout devient tellement intéressant, la moindre petite chose, la moindre rencontre, la moindre parole échangée, la moindre chose déplacée – tout est plein de vie et d’intérêt. »

Entretiens 55, 9.2.55, p. 46. « Le mental est un instrument de formation et d’organisation, et si le mental laisse le psychique se servir de lui, ce sera très bien. Mais ce n’est pas le mental qui aidera le psychique à se manifester. Les rôles sont renversés. Le mental peut être un instrument de la manifestation du psychique plus tard, quand il aura déjà pris possession de la conscience extérieure. Il l’est rarement avant. Il est généralement un voile et une obstruction. Mais certainement il ne peut pas aider à la manifestation. Il peut aider dans l’action s’il prend sa vraie place et son vrai mouvement. Et s’il devient tout à fait docile à l’inspiration psychique, il peut aider à organiser la vie, puisque c’est son action, sa raison d’être. Mais il faut d’abord que l’être psychique ait pris possession du domaine, qu’il soit le maître de la maison ; alors après, les choses peuvent s’arranger. […] »

Notes sur le Chemin, 25.9.68, p. 146. « […] Oui, quand on prend la partie supérieure de son mental comme juge de son action, c’est comme cela que l’on peut "se tromper de bonne foi". C’est-à-dire que le mental est incapable de voir la vérité et qu’il juge avec sa propre capacité qui est limitée – non seulement limitée, mais inconsciente de la vérité ; et alors pour le mental, il est de bonne foi, il fait aussi bien qu’il peut. C’est cela. Naturellement, pour ceux qui sont pleinement conscients de leur psychique, ce n'est pas possible de se tromper, parce que s’ils réfèrent leur problème au psychique, ils peuvent, là, avoir la réponse divine. Mais même pour ceux qui sont en rapport avec leur psychique, la réponse n’a pas le même caractère que celle du mental, qui est précise, catégorique, absolue, qui s’impose : c’est quelque chose qui est plus une tendance qu’une affirmation. Quelque chose qui peut encore avoir différentes interprétations dans le mental. […] »

Entretiens 53, 16.12.53, p. 448. « C’est généralement le psychique qui dirige l’être. On n’en sait rien parce que l’on n’est pas conscient de lui, mais c’est généralement lui qui dirige l’être. Si l’on est très attentif, on s’en aperçoit. Mais la plupart des gens ne s’en doutent pas. Par exemple, quand ils ont décidé, dans leur ignorance extérieure, de faire une chose, et qu’au lieu de pouvoir la faire, toutes les circonstances s’organisent pour qu’ils fassent autre chose, ils commencent à crier, à tempêter, à se mettre en colère contre le destin, à dire (cela dépend de ce qu’ils croient, de leurs croyances) que la Nature est mauvaise ou que leur destin est funeste ou que Dieu est injuste, ou… n’importe quoi (cela dépend de ce qu’ils croient). Tandis que la plupart du temps, c’est juste la circonstance qui était la plus favorable pour leur développement intérieur. Et naturellement, si vous demandez au psychique de vous aider à vous faire une vie agréable, à gagner de l'argent, à avoir des enfants qui seront l’honneur de la famille, etc., eh bien, le psychique ne vous y aidera pas ! Mais il vous produira toutes les circonstances nécessaires pour que quelque chose s’éveille en vous et que le besoin d’union avec le Divin naisse dans votre conscience. Quelquefois, vous avez fait de beaux projets et si cela avait réussi, vous seriez de plus en plus encroûté dans votre ignorance extérieure, dans votre petite ambition imbécile et votre activité sans but. Tandis que si vous recevez un bon choc et que le poste que vous convoitiez vous soit refusé, que le projet que vous aviez fait soit brisé, et que vous vous trouviez tout à fait contrarié, alors, quelquefois, cette contrariété vous ouvre une porte sur quelque chose de plus vrai et de plus profond. Et quand vous êtes un peu éveillé et que vous regardez en arrière, si vous êtes le moins du monde sincère, vous dites : "Ah ! ce n’était pas moi qui avais raison – c’était la Nature, ou la Grâce divine, ou mon être psychique qui l’ont fait." C’est l’être psychique qui a organisé cela.
Est-ce la volonté psychique qui veut que l’être soit identifié avec le Divin ?
Oui, sûrement. C’est la volonté du psychique. C’est sa raison d’être aussi. C’est pour cela qu’il est là. Par exemple, dans le mental, certaines activités (et même quelquefois dans le physique et dans le vital), certaines activités s’éveillent à l’influence du psychique, sans même le savoir. C’est pour cela que ces parties-là adhèrent, et elles commencent aussi à aspirer à la connaissance divine, à l’union divine, à la relation avec le Divin.
Comment le psychique met-il en mouvement la vérité ?
J’ai dit qu’il mettait la vérité en mouvement ?
"Nous donnons le nom de psychique ou centre psychologique de notre être, le siège en nous de la plus haute vérité de notre existence, ce qui a le pouvoir de connaître et de mettre en mouvement cette vérité." (Éducation, ‘La Science de Vivre’)
Oh ! la vérité de l’être – pas la Vérité tout court. La vérité de l’être, c’est-à-dire la raison d’être centrale d’une existence. C’est lui qui, justement, organise les circonstances pour que la vérité de l’être puisse s’exprimer, ou que l’être extérieur superficiel soit amené à se tourner au-dedans – ne trouve aucun support dehors, par exemple, et se tourne au-dedans pour avoir un support : il trouve le support psychique. »


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Avec emploi de mots de la famille de divin : après la vie, et réincarnation.

Entretiens 53, 5.8.53, p. 244. « Quand l’être psychique va entrer dans le monde, est-ce qu'il choisit d’avance la forme qu’il va prendre ?
C’est une question intéressante. Cela dépend.
[…] il y a des êtres psychiques qui sont en voie de formation et de progression ; ceux-là généralement, tout au début, ils ne peuvent pas beaucoup choisir, mais quand ils sont arrivés à un certain degré de développement et de conscience (généralement quand ils sont encore dans un corps physique et qu’ils ont eu une certaine somme d’expériences), ils décident à ce moment-là quel sera le champ de leur expérience suivante.
Je peux vous donner des exemples un peu extérieurs. Par exemple, un être psychique avait besoin de faire l’expérience de l’autorité, du pouvoir, pour savoir quelles sont les réactions et comment on peut tourner tous ces mouvements vers le Divin : apprendre ce que peut vous enseigner une vie de pouvoir. Ils se sont incarnés dans un roi ou une reine. Ils ont joui d’un certain pouvoir, et alors, pendant ce temps-là, ils ont fait leur expérience, ils sont arrivés au bout du champ d’expérience. Maintenant, ils savent ce qu’ils voulaient savoir, ils vont s’en aller, ils vont quitter leur corps devenu inutilisable, et ils vont se préparer à l’expérience suivante. Eh bien, à ce moment-là, quand il est encore dans ce corps et qu’il a vu ce qu’il a appris, le psychique décide pour la fois suivante. Eh bien, à ce moment-là, quand il est encore dans ce corps et qu’il a vu ce qu’il a appris, le psychique décide pour la fois suivante. Et quelquefois ce sont des mouvements d’action et de réaction : parce qu’il a étudié tout un champ, il a besoin d’étudier le champ contraire. […] Il choisit cela. Il s’en retourne dans son monde psychique pour le repos nécessaire, l’assimilation de l’expérience faite, la préparation de l’expérience future. Il se souvient naturellement de son choix, et, avant de redescendre, quand il a fini son assimilation, quand c’est le temps de revenir, de descendre sur la terre, de ce domaine, il ne peut pas voir les choses matérielles comme nous les voyons, n’est-ce pas : elles lui apparaissent sous une autre forme. Mais tout de même, ces différences-là sont prévisibles – les différences du milieu, les différences d’activité de milieu sont très visibles, très perceptibles. Il peut avoir la vision totale ou globale. Il peut choisir. Parfois, il choisit le pays : quand il veut un certain genre d’éducation, de civilisation, d’influence, il peut choisir son pays d’avance. Quelquefois pas, quelquefois il choisit seulement son milieu et le genre de vie qu’il mènera. Et alors, de là-haut, avant qu’il ne descende, il voit les genres de vibration qu’il veut ; ils les voit très clairement. Et c’est comme s’il visait l’endroit où il va tomber. Mais il y a une approximation qui vient du fait qu’une autre condition est nécessaire : pas seulement son choix, mais une réceptivité d’en bas et une aspiration. Il faut qu’il y ait quelqu’un dans le milieu qu’il a choisi, généralement la mère (quelquefois les deux parents, mais le plus indispensable c’est la mère), qu’elle ait une aspiration ou une réceptivité, quelque chose qui soit suffisamment passif et ouvert, ou bien une aspiration consciente vers quelque chose de supérieur. Et cela, pour l’être psychique, ça allume une petite lumière. Dans cette masse que représente pour lui le milieu dans lequel il veut naître, si, à l’influence de la projection de sa volonté, il y a une petite lumière qui s’allume, alors il sait que c’est là qu’il doit aller.
C’est nécessaire, c’est ce qui fait les différences de mois ou de jours peut-être, pas tant que d’années ; mais enfin, cela crée un flottement, cela fait qu’il ne peut pas dire d’avance exactement : "À cette date-là, ce jour-là, ce moment-là, je naîtrai." Il est dans la nécessité de trouver une réceptivité. Quand il voit cela, alors il se précipite. Mais ce qui arrive, c’est un peu comme une image : ce n’est pas exactement la chose, mais c’est très analogue. Il se précipite dans une inconscience, parce que le monde physique, même la conscience humaine quelle qu’elle soit, est très inconsciente par rapport à la conscience psychique. Et il se précipite dans une inconscience. C’est comme s’il tombait sur la tête. Ça l’abrutit. Et alors, généralement, à part quelques très, très rares exceptions, pendant longtemps il ne sait pas. Il ne sait plus où il est, ni ce qu’il fait, ni pourquoi il est là, ni rien. Et il a une grande difficulté pour s’exprimer, surtout dans un petit bébé qui n’a pas de cerveau, n’est-ce pas ; c’est un embryon de cerveau qui est à peine formé et il n’a pas d’éléments pour se manifester. […] C’est seulement lentement qu’il se réveille de son abrutissement et qu’il se rend compte qu’il est là pour une raison et par un choix. Et généralement, cela coïncide avec l’éducation mentale intensive qui vous ferme complètement à la conscience psychique. Alors il faut un tas de circonstances, d’évènements de tous genres, d’émotions, toutes sortes de choses pour ouvrir les portes intérieures et pour que l’on recommence à se souvenir qu’après tout, on est venu d’un autre monde et qu’on est venu avec une raison précise.
Autrement, si tout se passait normalement, très vite il pourrait y avoir une connexion, très vite. S’il avait la chance d’avoir quelqu’un qui ait un petit peu de connaissance, et qu’au lieu de tomber dans un monde d’ignorance, il tombe sur un petit peu de connaissance, ce serait fait très vite.
Mais la volonté psychique et le développement psychique échappent complètement à toutes les notions communes de justice et de récompense et de punition telles que les hommes les comprennent. Il y a des religions, il y a des philosophies qui vous racontent toutes sortes d’histoires, qui sont tout simplement l’application au monde invisible des notions de justice humaine, et alors cela, ce sont des âneries. Parce que ce n’est pas du tout comme cela ; la notion de récompense et de punition telle que l'homme la comprend est une absurdité. Cela ne s’applique pas du tout, du tout à toutes les réalités intérieures. Et alors, une fois que l’on entre dans le monde spirituel véritable, cela devient véritablement des âneries. Parce que ce n'est pas comme cela.
Il y a des quantités de gens qui viennent me trouver : "Qu’est-ce que j’ai donc fait dans une vie antérieure pour que maintenant je sois dans des conditions si difficiles, qu’il m’arrive tant de malheurs ?" Et la plupart du temps, je suis obligée de leur dire : "Mais vous ne voyez donc pas que c’est une bénédiction qui est sur vous, une grâce ! et que peut-être, dans une vie antérieure, vous avez demandé que ce soit comme cela, pour que vous puissiez faire un plus grand progrès…" Ce sont des idées tout à fait courantes : "Oh ! je suis malade. Oh ! mon corps est en mauvais état, qu’est-ce que j’ai fait ? Quel crime ai-je commis dans une autre vie pour que dans celle-ci…" Ce sont des enfantillages. »

Entretiens 58, 12.2.58, p. 30. « Douce Mère, puisque dans une vie nouvelle, le mental et le vital autant que le physique sont nouveaux, comment les expériences des vies passées leur servent-elles ? Est-ce qu'il faut faire toutes les expériences à nouveau ?
Cela dépend des gens !
Ce n’est pas le mental et le vital qui se développent et progressent d’une vie à une autre (excepté dans des cas tout à fait exceptionnels et à un degré très avancé de l’évolution) : c’est le psychique. Alors, les choses se passent ainsi : le psychique a une alternance d’activité et de repos ; il a une vie de progrès provenant des expériences de la vie physique, d’une vie active dans un corps physique, avec toutes les expériences du corps, du vital et du mental ; puis, normalement, le psychique va dans une sorte de repos assimilateur où s’élabore le résultat des progrès accomplis pendant l’existence active, et quand cette assimilation est terminée, quand il a absorbé le progrès qu’il avait préparé dans sa vie active sur terre, il redescend dans un nouveau corps en apportant avec lui le résultat de tous ses progrès, et, à un stade avancé, il choisit même le milieu et le genre de corps et le genre de vie dans lequel il vivra pour compléter son expérience sur un point ou un autre. Dans certains cas très avancés, le psychique peut, avant de quitter le corps, décider du genre de vie qu’il aura dans son incarnation suivante.
Quand il est devenu un être presque totalement formé et déjà très conscient, il préside à la formation du nouveau corps, et généralement par une influence intérieur, il choisit les éléments et la substance qui formeront son corps de façon que ce corps soit adapté aux besoins de sa nouvelle expérience. Mais c’est à un stade assez avancé. Et plus tard, quand il est pleinement formé et que son retour sur la terre se fait dans une idée de service, d’aide collective, de participation au Travail divin, alors il réussit à ramener vers le corps qui est en formation, certains éléments du mental et du vital des vies antérieures qui, ayant été organisés et imprégnés des forces psychiques dans les vies antérieures, ont pu être conservés, et, par conséquent, peuvent participer au progrès général. Mais c’est à un stade très, très avancé.
Quand le psychique est pleinement développé et qu’il est tout à fait conscient, qu’il devient un instrument conscient de la Volonté divine, il organise le vital et le mental de telle manière qu’eux aussi participent à l’harmonie générale et qu’ils peuvent être préservés.
Un haut degré de développement permet au moins à certaines parties de l’être mental et de l'être vital de se préserver en dépit de la dissolution du corps. Si, par exemple, certaine parties de l’activité humaine (mentales ou vitales) ont été particulièrement développées, ces éléments du vital et du mental se conservent même "en forme" – en forme de l’activité qui a été pleinement organisée –, comme, par exemple, pour les gens hautement intellectuels et qui ont particulièrement développé leur cerveau, la partie mentale de leur être garde cette construction et se préserve sous cette forme de cerveau organisé, qui a sa vie propre et qui peut être conservé jusqu’à une vie future pour y participer avec tout son gain.
Chez les artistes, comme par exemple certains musiciens qui ont utilisé leurs mains d’une façon particulièrement consciente, la substance vitale et mentale se garde en forme de mains, et ces mains restent tout à fait conscientes, elles peuvent même utiliser le corps d’êtres vivants s’il y a une affinité particulière – et ainsi de suite.
Autrement, dans les êtres ordinaires chez qui la forme psychique n’est pas pleinement développée et organisée, au moment où le psychique quitte le corps, les formes mentales et vitales peuvent persister pendant un certain temps si la mort a été particulièrement paisible et concentrée, mais si un être humain est mort brusquement et dans un état de passion, avec des attachements nombreux, eh bien, les différentes parties de l’être se disloquent et vivent plus ou moins longtemps leur vie propre dans leur domaine propre, puis disparaissent.
Le centre d’organisation et de transformation est toujours la présence du psychique dans le corps. Par conséquent, c’est une très grosse erreur de croire que le progrès continue, ou même, comme certains le croient, qu’il est plus complet et plus rapide dans les périodes de transition entre deux vies physiques ; généralement, il n’y a plus de progrès du tout, parce que le psychique entre dans le repos et les autres parties, après une vie plus ou moins éphémère dans leur propre domaine, se dissolvent.
La vie terrestre est le lieu du progrès. C’est ici, sur la terre, que le progrès est possible et pendant la durée de l’existence terrestre. Et c’est le psychique qui transporte ce progrès d’une existence à l’autre en organisant lui-même sa propre évolution et son propre développement. »

Entretiens 53, 5.8.53, p. 233. « Est-ce que l’être psychique progresse toujours ?
Il y a, dans le psychique, deux genres de progrès très différents. L’un qui consiste en sa formation, construction et organisation. Parce que le psychique commence par être seulement une sorte de petite étincelle divine à l’intérieur de l’être, et de cette étincelle sortira progressivement un être conscient, indépendant, qui aura son action et sa volonté propres. L’être psychique, à l’origine, est seulement comme une étincelle de la Conscience divine, et c’est par les vies successives qu’il se constitue une individualité consciente. C’est un progrès équivalent à celui de l’enfant quand il croît. C’est une chose qui est en formation ; pendant très longtemps, dans la plupart des êtres humains, l’être psychique est un être en formation. Ce n’est pas un être pleinement constitué, pleinement individualisé et pleinement conscient et maître de lui, et il a besoin de toutes les réincarnations, l’une après l’autre, pour se constituer et devenir tout à fait conscient.
Mais ce genre de progrès a une fin. Il y a un moment où l’être est pleinement constitué, pleinement individualisé et pleinement maître de lui-même et de sa destinée. Quand cet être, ou un de ces êtres psychiques à cet état-là, s’incarne dans un être humain, cela fait une très grande différence : l’être humain, pour ainsi dire, naît libre. Il n’est pas lié aux circonstances, à l’entourage, à son origine et à son atavisme comme les êtres ordinaires. Il vient dans le monde pour accomplir quelque chose volontairement, avec une œuvre à remplir, une mission à remplir. Et de ce point de vue, son progrès de croissance est terminé, c’est-à-dire qu’il ne lui est plus indispensable de renaître dans un corps. Jusque-là, la réincarnation est obligatoire, parce que c’est avec la réincarnation qu’il se développe ; c’est dans la vie physique et dans un corps physique qu’il se développe petit à petit et qu’il devient un être complètement conscient. Mais une fois qu’il est entièrement formé, il est libre, en ce sens qu’il peut s’incarner ou ne pas s’incarner, à volonté. Alors là, un certain genre de progrès s’arrête.
Mais si cet être pleinement formé veut devenir un instrument du travail du Divin, si au lieu d’aller se reposer dans une béatitude psychique, dans son monde propre, il choisit d’être un travailleur sur la terre pour aider à l’accomplissement de l’Œuvre divine, alors il a un nouveau progrès à faire, un progrès de capacité de travail et d’organisation de son travail et d’expression de la Volonté divine. Il y a donc un moment où cela change. Tant qu’il restera dans le monde, tant qu’il choisira de travailler pour le Divin, il progressera. C’est seulement s’il se retire dans le monde psychique et qu’il renonce ou qu’il refuse de continuer à travailler à l’Œuvre divine, que là, il peut rester dans un état statique hors de tout progrès, parce que, comme je vous l’ai dit, le progrès existe sur la terre, dans le monde physique ; il n’existe pas partout. Dans le monde psychique, il y a une sorte de repos béatifique : on reste ce que l’on est sans bouger.
Mais pour les gens qui ne sont pas conscients de leur psychique ?
Ils sont obligés de progresser, qu’ils le veuillent ou non.
L’être psychique lui-même progresse en eux, et ils ne sont pas conscients de lui. Mais eux-mêmes sont obligés de progresser. C’est-à-dire qu’ils suivent une courbe. Ils suivent une ascension dans la vie. C’est la même progression que l’enfant qui croît : il arrive un moment où il est au sommet de sa croissance et alors, à moins qu’il ne change de plan de progression, à moins que la progression purement physique devienne une progression mentale, une progression psychique, une progression spirituelle, il va redescendre la courbe, et puis il y aura une décomposition – il n’existera plus.
C’est justement parce que dans le monde physique la progression n’est pas perpétuelle et constante qu’il y a une croissance, un apogée, une descente et une décomposition. Parce que tout ce qui n’avance pas recule ; tout ce qui ne progresse pas régresse. »


OOO


« Quelle est ma place dans l’œuvre universelle ? »

Paroles d’autrefois, 14.5.12, p. 58. « Quelle est ma place dans l’œuvre universelle ?
Nous avons tous un rôle à remplir, une œuvre à faire, une place que nous sommes seuls à pouvoir tenir.
Mais cette œuvre étant l’expression, la manifestation au-dehors de la profondeur la plus centrale de notre être, nous ne pouvons prendre conscience de sa forme définitive qu’en prenant conscience de cette profondeur en nous-mêmes.
C’est ce qui se produit parfois dans les cas de conversion véritable. En même temps que nous percevons la lumière qui transfigure et que nous nous donnons à elle sans restriction, nous pouvons savoir avec autant de soudaineté que de précision ce pour quoi nous sommes faits, quelle est notre raison d’être sur terre.
Mais cette illumination est rare. Elle est déterminée en nous par toute une série d’efforts, d’attitudes intérieures. Et l’une des conditions essentielles pour obtenir et maintenir en nous ces attitudes, ces états d’âme est de consacrer quotidiennement une partie de notre temps à une action impersonnelle ; il nous faut, tous les jours, faire quelque chose qui soit utile aux autres.
En attendant de savoir quelle est la chose essentielle que nous sommes destinés à faire, il nous faudra donc trouver l’occupation provisoire qui manifestera le mieux nos capacités actuelles et notre bonne volonté.
Nous nous donnerons alors à cette occupation avec conscience et persévérance, tout en sachant qu’elle ne sera peut-être qu’une étape, et que, notre idéal et nos forces progressant, nous serons amenés un jour certainement à voir de façon plus précise l’œuvre qu’il nous faudra accomplir. Dans la mesure où nous perdrons l’habitude de tout reporter à nous-mêmes et où nous saurons de mieux en mieux nous donner plus complètement, avec plus d’amour, à la terre et aux hommes, nous verrons notre horizon s’élargir et nos devoirs se multiplier et se préciser.
Nous nous apercevrons que notre action suit une ligne progressive générale qui est déterminée par notre tempérament spécial.
En effet, les occupations que nous remplirons successivement, avant d’avoir pris conscience de la forme définitive de notre action, seront toujours dans un même sens, un même genre, selon un même mode qui est l’expression spontanée de notre caractère, de notre nature, de notre mode vibratoire propre.
La découverte de cette tendance, de cette orientation spéciale doit se faire tout naturellement par goût, par libre élection et en dehors de toute considération extérieure et intéressée.
[…]
[…] il est fréquent pour celui qui cherche sa voie de tomber dans l’une des deux erreurs opposées qui sont :
Soit de prendre ses désirs pour des réalités, c’est-à-dire de préjuger de ses forces et de ses capacités actuelles et de s’imaginer qu’on est capable de prendre immédiatement une place et un rôle qu’on ne pourrait remplir honorablement qu’après de nombreuses années d’efforts méthodiques et persévérants.
Soit de méjuger de ses puissances latentes et de se borner volontairement, malgré ses aspirations profondes, à une besogne bien au-dessous de ses moyens et qui éteindra petit à petit en soi la lumière qui aurait pu rayonner pour les autres.
Il semble tout d’abord difficile de s’orienter parmi ces écueils et de trouver le chemin équilibré, le chemin du milieu.
Mais nous possédons une sûre boussole pour le faire :
Quoi que ce soit que nous entreprenions, que cela ne soit surtout pas dans le but de nous faire valoir.
[…]
Il faut se dire, au contraire : "Il y a certainement une chose que je puis faire mieux que quiconque puisque chacun de nous est un mode spécial de manifestation de la force divine une en tous dans son essence. Cette chose si humble, si modeste soit-elle, est justement celle à laquelle je dois me consacrer, et pour la trouver je vais observer, analyser mes goûts, mes tendances, mes préférences et sans orgueil ou sans humilité excessive je la ferai quoi que puissent en penser les autres. Je la ferai comme je respire, comme la fleur embaume tout simplement, tout naturellement, parce que je ne puis faire autrement."
Du moment où nous avons aboli en nous, ne serait-ce que pour un instant, tout désir égoïste, tout but personnel et intéressé, nous pouvons nous abandonner à cette spontanéité intérieure, à cette inspiration profonde qui nous fera communier avec les forces vivantes et progressives de l’univers.
La conception de notre œuvre ira forcément en se perfectionnant à mesure que nous nous perfectionnerons nous-mêmes ; et pour réaliser ce perfectionnement il ne faudra négliger aucun effort sur nous-mêmes ; mais en ce qui concerne notre production, il faudra qu’elle soit toujours et de plus en plus joyeuse et spontanée, semblable à l’eau qui jaillit de la source pure. »

Entretiens 50-51, 24.3.51, p. 312. « […] On a une grosse responsabilité, c’est pour remplir une mission spéciale que l’on est né sur la terre. Seulement, naturellement, il faut que l'être psychique soit arrivé à un certain degré de développement ; autrement, on pourrait dire que c’est la terre tout entière qui a la responsabilité. Plus on devient conscient et individualisé, plus on devrait avoir le sens de la responsabilité. Mais c’est ce qui arrive à un moment donné ; on commence à penser que l'on n’est pas ici sans raison, sans but, On se rend compte, tout d’un coup, que l’on est ici parce que l’on y a quelque chose à faire et que ce quelque chose n’est pas une chose égoïste. Cela me paraît la façon la plus logique d’entrer sur le chemin – tout d’un coup, se rendre compte : "Puisque je suis ici, c’est que j’ai une mission à remplir. Puisque j’ai été doué d’une conscience, c’est que j’ai quelque chose à faire de cette conscience – qu’est-ce que c’est ?" Normalement, il me paraît que c’est la première question que l’on doit se poser : pourquoi suis-je ici ? […] »


OOO

- IV -


ÉVOCATION DE LA FORMATION DE L’UNIVERS AVEC L’AMOUR QUI DESCEND, MAIS SANS PARLER DES ÊTRES INTERMÉDIAIRES


Entretiens 56, 31.10.56, p. 436. « […] D’abord, nous allons prendre le fait historique, s’il y en a. C’est-à-dire que par suite de l’action des forces de séparation, la Conscience est devenue inconscience et que la matière a été créée telle qu’elle est, sur une base d’inconscience si totale qu’aucun contact ne paraissait possible entre l’Origine et ce qui était créé. Et c’est cette inconscience si totale qui a rendu nécessaire une descente directe, sans passer par les régions intermédiaires, de la Conscience divine sous sa forme d’Amour. Et c’est cette descente de l'Amour divin dans la matière, la pénétrant et ajoutant un élément nouveau à sa composition, qui a permis l’ascension, lente pour nous, mais l’ascension ininterrompue, de l’inconscience vers la conscience et de l’obscurité vers la lumière. Par conséquent, on en peut pas dire que l'Amour ne peut se manifester que lorsque la création devient divine, parce que c'est au contraire à cause de sa manifestation, que la création est capable de redevenir divine. »

Entretiens 29, 2.6.29, p. 94. « […] Voulez-vous savoir comment le Divin manifesta son amour dans le monde ? Il le fit sous la forme d’un grand holocauste, du don de soi suprême. La conscience parfaite accepta de plonger et d’être absorbée dans l’inconscience de la matière, afin que la conscience puisse être éveillée dans les profondeurs même de l’obscurité, et que, peu à peu, la puissance divine émerge et fasse de l’univers manifesté tout entier, une plus haute expression de la conscience et de l'amour divins. Tel fut vraiment l’amour suprême : accepter de perdre l’état divin parfait, sa conscience absolue, sa connaissance infinie, pour s’unir à l’inconscience et demeurer dans le monde avec l’ignorance et l’obscurité. […] Ce monde était un monde de matière morte jusqu’à ce que l’amour divin y descendît et l’éveillât à la vie. Depuis lors, il est parti en quête de cette source divine de vie ; […]. »

Entretiens 57, 23.10.57, p. 277. « […] Alors, dans les apparences extérieures telles que vous les voyez, vous trouvez d’abord le règne minéral avec la pierre, la terre, les minéraux, qui, pour nous, dans notre conscience extérieure, apparaissent absolument inconscients. Pourtant, derrière cette inconscience, il y a la vie de l'Esprit, la conscience de l’Esprit, qui est complètement cachée, qui est comme endormie (quoique ce ne soit qu’une apparence) et qui, du dedans, travaille pour transformer petit à petit cette Matière complètement inerte en apparence, afin que son organisation se prête de plus en plus à manifester la conscience. Et il dit ici que, d’abord, ce voile de la matière inerte est si total que pour un regard superficiel, c’est quelque chose qui n’a ni vie ni conscience. Quand vous ramassez une pierre et que vous la regardez avec vos yeux ordinaires et votre conscience ordinaire, vous dites : "Ça n’a pas de vie et ça n’a pas de conscience." Pour celui qui sait voir derrière les apparences, il y a, cachée au centre de cette Matière – au centre de chaque atome de cette Matière – il y a, cachée, la Réalité Divine Suprême qui travaille du dedans, petit à petit, à travers les millénaires, pour changer cette matière inerte en une matière suffisamment expressive pour qu’elle puisse révéler l’Esprit qui est dedans. […] »


OOO

- V -


INTRODUCTION DE L’IDÉE «
PRÉSENCE DIVINE DANS LE PSYCHIQUE », ET DÉVELOPPEMENTS

Existence de cela.

Entretiens 56, 25.1.56, p. 45. « […] cette chose merveilleuse de la Présence divine dans la matière, qui est à l’origine de la formation de l’être psychique, est une chose qui appartient en propre à la vie terrestre.
Alors (nous avons dit cela déjà plusieurs fois, je crois) ce monde terrestre qui a l’air seulement d’une petite planète sans importance au point de vue astronomique, au milieu de toutes les étoiles et tous les mondes, ce monde terrestre a été formé pour devenir le symbole de l’univers et pour être un point de concentration pour le travail de transformation, de transmutation divine.
Et à cause de cela, dans cette matière qui était peut-être de toutes les autres matières universelles, la plus obscure et la plus inconsciente, s’est précipitée et s’est incarnée directement la Conscience Divine, depuis l’Origine suprême jusque dans la matière la plus obscure, sans passer par aucun intermédiaire, directement. Par conséquent les deux extrêmes se touchent : le Suprême et le plus inconscient, et le cercle universel se referme. Et ainsi la vie terrestre est le moyen le plus commode (si l’on peut dire) ou le plus rapide, de prendre conscience du Divin. »

Lettres, t. 2, p. 76. « L’âme est décrite comme une étincelle du Feu divin dans la vie et la matière, c’est une image. Elle n’a pas été décrite comme une étincelle de conscience.
Il y a une conscience mentale, vitale, physique – différente du psychique. L’être psychique et la conscience ne sont pas la même chose.Quand l’âme ou "étincelle du Feu divin" commence à élaborer une individualité psychique, cette individualité psychique est appelée l’être psychique.L’âme ou étincelle est là avant que ne se développent un vital et un mental organisés. L’âme est quelque chose du Divin qui descend dans l’évolution en tant que Principe divin, afin de soutenir en elle l’évolution de l’individu sortant de l’Ignorance pour entrer dans la Lumière. Elle élabore, au cours de l’évolution, un individu psychique ou individualité d’âme qui croît de vie en vie, utilisant le mental, le vital et le corps en évolution comme ses instruments. C’est l’âme qui est immortelle, alors que le reste se désintègre ; elle passe de vie en vie, transportant l’essence de son expérience et la continuité de l’évolution de l’individu.
C’est toute la conscience – mentale, vitale et aussi physique – qui doit s’élever et rejoindre la conscience supérieure et, une fois que la jonction est faite, la conscience supérieure doit descendre en eux. Le psychique est derrière tout cela et le soutient. »

Entretiens 50-51, 1.3.51, p. 208. « […] Le psychique est l’être organisé par la Présence divine et il est propre à la terre – je ne parle pas de l’univers, seulement de la terre, ce n’est que sur la terre que vous trouverez l’être psychique. Le reste de l'univers est formé d’une façon tout à fait différente. […] Ce n’est que sur la terre que la vie psychique commence, et c’est justement le procédé par lequel le Divin a éveillé la vie matérielle à la nécessité de rejoindre son origine divine. Sans le psychique, jamais la Matière ne se serait éveillée de son inconscience, jamais elle n’aurait aspiré à la vie de son origine, ou vie spirituelle. […] »


OOO


Après la division toujours croissante, le mouvement de rétablissement progressif de l’unité

Entretiens 54, 14.4.54, p. 116. « Toutes les misères dans l’univers sont le résultat de cette séparation de la conscience individuelle qui, pour une raison quelconque, n’est pas restée identifiée avec la Conscience d’origine, son Origine, et s’est séparée. […] Et c’est cette séparation qui a produit toutes les séparations, et c’est toutes les séparations qui ont produit la misère universelle – ou en tout cas la misère terrestre, telle que nous la connaissons. Cela a commencé par une séparation de conscience et cela a fini par une séparation de mondes et des éléments de la Matière. Cela a commencé par une division de conscience et cela a fini par une division telle que nous la voyons. (Mère désigne du doigt les individus autour d’elle) […] Si l’on rétablissait le sens de l’unité, les misères disparaîtraient. »

Entretiens 55, 8.6.55, p 220. « La Terre n’est pas quelque chose qui est séparé de Lui et qui Lui est étranger. C’est une déformation de Lui-même qui doit redevenir ce qu’elle était dans son essence, c’est-à-dire le Divin. […] »


OOO


Se mettre en contact avec son être psychique et la Présence divine

Entretiens 54, 29.9.54, p. 387. « Quand on est embarrassé, que l’on a un choix à faire, que l’on ne sait pas quelle est la vraie chose à faire – n’est-ce pas, on a à choisir entre deux ou trois ou quatre décisions possibles, et on ne sait pas quelle est la bonne décision –, alors il faut, autant que possible, se mettre en contact avec son être psychique et la Présence divine en soi, présenter le problème à cette conscience psychique et demander la vraie lumière, la vraie décision, celle qui est la plus conforme à la Volonté divine, et essayer d’écouter, de recevoir l’inspiration. Dans chaque cas, n’est-ce pas, c’est l’attitude qui convient. »

Entretiens 50-51, 8.1.51, p. 29. « On peut enseigner cela d’une façon très simple à un enfant ; on peut lui montrer, avec des choses matérielles, qu’un objet tombera s’il est en déséquilibre, que seules les choses en équilibre peuvent garder leur position et leur durée.
Il est une autre qualité qu’il faut cultiver chez l’enfant dès qu’il est tout petit : c’est le sentiment de malaise, de déséquilibre moral qu’il sent quand il a fait certaines choses, non pas parce qu’on lui a dit de ne pas les faire, non pas parce qu’il a peur d’être puni, mais spontanément. Par exemple, un enfant qui fait de la peine à un camarade par sa méchanceté, s’il est dans son état normal, naturel, éprouvera un malaise, un chagrin au fond de l'être, parce que ce qu’il a fait est opposé à sa vérité intérieure.
Car malgré tous les enseignements, malgré tout ce que la pensée peut penser, il y a quelque chose au fond qui a le sentiment d’une perfection, d’une supériorité, d’une vérité, et qui est douloureusement contredit par tous les mouvements opposés à cette vérité. Si un enfant n’est pas faussé par son milieu, par les exemples déplorables qui l’entourent, c’est-à-dire s’il se trouve dans son état normal, spontanément, sans qu’on lui dise quoi que ce soit, il éprouvera un malaise quand il aura fait quelque chose qui est en contradiction avec la vérité de son être. Et c’est justement là-dessus qu’il faut baser, plus tard, son effort de progrès. […] Il n’y a qu’un guide vrai, c’est le guide intérieur, qui ne passe pas par la conscience mentale.
Naturellement, si un enfant reçoit une éducation désastreuse, il s’efforcera de plus en plus d’éteindre en lui cette petite chose vraie, et parfois il y réussit si bien qu’il perd tout contact avec elle, et aussi le pouvoir de distinguer le bien et le mal. C’est pourquoi j’insiste là-dessus, et je dis que, dès le plus jeune âge, il faut apprendre aux enfants qu’il y a une réalité intérieure – intérieure à eux-mêmes, intérieure à la terre, intérieure à l’univers – et que lui-même, la terre et l’univers n’existent qu’en fonction de cette vérité, et que si elle n’existait pas, il ne pourrait pas durer, même pas le petit temps qu’il dure, et que tout se dissoudrait à mesure que cela se forme. Et puisque c’est cela qui est la base effective de l’univers, naturellement c’est cela qui triomphera ; et tout ce qui contredit cela ne peut pas durer autant que cela, parce que c’est Cela, la chose éternelle qui est à la base de l’univers.
Il ne s’agit pas, naturellement, de donner à un enfant des explications philosophiques, mais on peut très bien lui donner le sentiment de cette espèce de confort intérieure, de satisfaction et, parfois, d’une joie intense quand il obéit à cette petite chose très silencieuse qui est en lui, et qui l’empêchera de faire ce qui est en contradiction avec elle. C’est sur une expérience de ce genre que l'on peut fonder l’enseignement. Il faut donner à l’enfant l’impression que rien ne peut durer qu’il n’a pas au-dedans de soi cette satisfaction vraie, qui seule est durable.
Un enfant peut-il devenir conscient de cette vérité intérieure, comme un adulte ?
Pour un enfant c’est très clair, car c’est une perception sans les complications de la parole et de la pensée – il y a ce qui le met à l’aise et ce qui lui donne du malaise (ce n’est pas forcément de la joie ou du chagrin, qui ne viennent que quand la chose est très intense). Et tout cela est beaucoup plus clair chez l’enfant que chez l’adulte, car ce dernier a toujours un mental qui travaille et qui brouille sa perception de la vérité.
Donner des théories à un enfant ne sert absolument à rien, car dès que son mental s’éveillera, il trouvera mille raisons pour contredire vos théories, et il aura raison.
Cette petite chose vraie dans l’enfant, c’est la Présence divine dans le psychique – elle existe aussi chez les plantes et les animaux. Dans les plantes elle n’est pas consciente, chez les animaux elle commence à être consciente, et chez les enfants elle est très consciente. […] Regardez donc avec soin les yeux des petits enfants, et vous verrez une espèce de lumière – les gens disent candide – mais si vraie, si vraie, qui regarde le monde avec étonnement. Eh bien, cet étonnement, c’est l’étonnement du psychique, qui voit la vérité mais qui ne comprend pas grand’chose au monde, car il est trop loin de lui. Les enfants ont cela, mais à mesure qu’ils apprennent, qu’ils deviennent plus intelligents, plus instruits, cela s’efface, et vous voyez dans les yeux toutes sortes de choses : des pensées, des désirs, des passions, des méchancetés, mais cette espèce de petite flamme très pure n’y est plus. Et vous pouvez être sûr que c’est le mental qui est entré là-dedans, et que le psychique est parti très loin derrière. […] »

Entretiens 53, 13.7.55, p. 271. « […] Si on ne portait pas le Divin en soi, dans l’essence de son être, jamais on ne pourrait prendre conscience du Divin ; ce serait une entreprise impossible. Et alors si tu renverses le problème, de la minute où tu conçois et tu sens d’une façon quelconque, ou même, pour commencer, tu admets que le Divin est en toi, aussi bien que toi tu es dans le Divin, alors déjà ça ouvre la porte à la réalisation, un tout petit peu, pas beaucoup – entrebâillée. Alors si, après, vient cette aspiration, cet intense besoin de savoir et d’être, alors l’intense besoin augmente l’entrebâillement jusqu’à ce qu'on puisse se faufiler. Alors quand on s’est faufilé, on prend conscience de ce que l’on est. […] »


OOO

S’unifier autour de son psychique.

Lettres, t. 6, p. 277. « L’être se compose de plusieurs parties. L’une peut avoir la connaissance alors que l’autre ne s’en soucie pas ou n’agit pas en conformité avec elle. Il faut unifier l’être tout entier dans la lumière, pour que toutes ses parties agissent en harmonie et selon la Vérité. »

Entretiens 53, 1.7.53, p. 156. « La chose la plus importante, pour un individu, c’est de s’unifier autour de son centre divin ; comme cela, il devient un vrai individu, maître de lui-même et de sa destinée. […] si vous êtes organisé consciemment, unifié autour du centre divin, gouverné, dirigé par lui, vous êtes le maître de votre destinée. Cela vaut la peine d’essayer. »

Entretiens 29, 14.4.29, p. 9. « Dans les profondeurs de votre conscience, l’être psychique, qui est l’habitacle en vous du Divin, est le centre autour duquel doit se faire l’unification de toutes ces parties divergentes et de tous ces mouvements contradictoires de votre être. »

Entretiens 30-31, p. 16. « Le centre de l’être humain est le psychique, la demeure du Divin immanent. L’unification signifie l’organisation et l'harmonisation de toutes les parties de l'être, mental, vital et physique, autour de ce centre, afin que toutes les activités de l'être soient l’expression juste de la volonté de la Présence Divine. »

Entretiens 50-51, 5.5.51, p. 492. « […] Il faut d’abord poser le problème, comme si vous le posiez à quelqu’un, puis vous taire, rester comme cela, immobile. Et alors, au bout d’un certain temps, vous verrez qu’au moins trois choses différentes peuvent se produire, quelquefois plus. Prenons le cas d’un intellectuel, quelqu’un qui agit selon les indications de son cerveau. Il a posé le problème et il attend. Eh bien, s’il est vraiment attentif, il s’apercevra qu’il y a (l’ordre chronologique n’est pas absolu, cela peut venir dans un ordre différent) d’abord (ce qui s’affirme le plus chez un intellectuel) une certaine idée : "Si je fais ça comme cela, ce sera bien ; il faut que ce soit comme cela", c’est-à-dire une construction mentale. Une seconde chose, qui est une sorte d’impulsion : "Il faudrait faire cela. Ça c’est bien, il faut faire ça." Puis une troisième, qui ne fait pas du tout de bruit, qui n’essaie pas de s’imposer au reste, mais qui a la tranquillité d’une certitude – pas très actif, ne donnant pas un choc, ne poussant pas à l’action, mais quelque chose qui sait et qui est très tranquille, très tranquille. Cela ne contredira pas les autres, cella ne viendra pas dire : "Non, c’est faux" ; ça dit simplement : "Ça, c’est comme ça", c’est tout, et puis il n’insiste pas. La plupart des gens ne sont pas assez silencieux ou assez attentifs pour s’en apercevoir, parce que ça ne fait pas de bruit. Mais je garantis que c’est là chez tout le monde et que si l’on est vraiment sincère et que l’on arrive à être vraiment tranquille, on apercevra ça. Ce qui pense, commence à discuter : "Mais enfin, telle chose aura telle conséquence et telle autre aura telle conséquence, et si l’on fait comme cela…" et ceci, et cela… son bruit recommence. L’autre (le vital) dira : "Oui, il faut faire comme ça, il faut faire, vous ne comprenez pas, il faut, c’est indispensable". Voilà, alors vous saurez. Et selon votre nature, vous choisirez l’impulsion vitale ou vous choisirez la direction mentale, mais il est très rare que tout tranquillement vous disiez : "Bon, c’est cela que je vais faire, quoi qu’il arrive", et même si cela ne vous plaît pas trop. Mais c’est toujours là. […] Il y a, en toute circonstance, au fond de chaque être, juste la petite (on ne peut pas parler de voix, parce que cela ne fait pas de bruit) la petite indication de la Grâce divine, et quelquefois pour obéir à ça, il faut faire un effort formidable, parce que tout le reste de l’être s’oppose avec violence, l’un avec la conviction que ce qu’il pense est vrai, l’autre avec tout le pouvoir, la puissance de son désir. Mais ne me dites pas que l’on ne peut pas savoir, parce que ce n’est pas vrai. On peut savoir. Mais on ne fait pas toujours ce qu’il faut, et quelquefois, si l’on sait ce qu’il faut, eh bien, on trouve une excuse pour ne pas le faire. On se dit : "Oh ! je ne suis pas si sûr, après tout, de cette indication intérieure ; elle ne s’affirme pas avec assez de force pour que je puisse me fier à elle". Mais si tout étiez tout à fait indifférent, c’est-à-dire si vous n’aviez aucun désir, ni mental ni vital ni physique, vous sauriez avec certitude que c’est cela qu’il faut faire et pas autre chose. Ce qui vient se mettre en travers, ce sont les préférences – les préférences et les désirs. […] Si l’on peut avoir une indication (dans la mesure de sa sincérité), c’est le malaise, un petit malaise – pas un gros malaise, un petit malaise. […] »

Éducation, in-8°, p. 2. « […] Car si nous voulons vraiment progresser et acquérir la capacité de connaître la vérité de notre être, c’est-à-dire ce pour quoi nous sommes vraiment faits, ce que nous pouvons appeler notre mission sur terre, il nous faut, très régulièrement et très constamment, rejeter de nous ou abolir en nous ce qui est en contradiction avec la vérité de notre existence, ce qui s’oppose à elle. C’est ainsi que peu à peu toutes les parties, tous les éléments de notre être peuvent être organisés en un tout homogène autour de notre centre psychique. Ce travail d’unification exige beaucoup de temps pour être amené à un degré quelconque de perfection ; ainsi, pour l’accomplir, nous devons nous armer de patience et d’endurance, dans une détermination de prolonger notre vie autant qu’il est nécessaire pour réussir dans notre entreprise. En même temps que vous poursuivez ce travail de purification et d’unification, il faut prendre grand soin de perfectionner la partie extérieure et instrumentale de votre être. […] »

Entretiens 50-51, 19.3.51, p. 290. « La substance du monde psychique est une substance qui lui est propre, qui a ses caractéristiques propres, psychiques : un sens immortel, complètement réceptif à l’influence divine, entièrement soumis à cette influence et imprégnée par elle. C’est justement ce qui différencie le psychique des autres parties de l'être. Quand, par exemple, je parle d’organiser le mental et le vital autour du centre psychique, je ne veux pas dire qu’ils deviennent psychiques ; ils restent vital et mental, mais ils sont organisés autour du psychique, comme une armée est organisée autour de son chef – elle ne devient pas le chef, elle lui obéit n’est-ce pas ? Eh bien, c’est la même chose ; le vital et le mental sont organisés autour du psychique, ils reçoivent des ordres du psychique et les exécutent aussi bien qu’ils le peuvent. Mais leur substance ne devient pas une substance psychique pour autant. Ils peuvent être sous l’influence du psychique et prendre plus ou moins sa nature, mais pas sa substance. »


OOO


Pour s’unifier autour de son psychique, obéir à celui-ci.

Entretiens 29, 7.4.29, p. 2. « […] Une flamme brûle dans la calme profondeur de votre cœur : c’est le Divin en vous – votre être véritable. Écoutez sa voix. Obéissez à ses inspirations. […] »

Entretiens 53, 14.7.54, p. 261. « J’avais dit, n’est-ce pas, que soumission n’est pas un bon mot. On se sert en français de soumission pour traduire "surrender", parce qu’il n’y a pas de mot qui traduise "surrender". Soumission donne toujours l’impression de quelque chose qui accepte presque à contrecœur, qui n’adhère pas complètement, qui ne collabore pas entièrement. Et alors, c’est cela qui fait la différence avec le mot "surrender" où il y a le sens d’une adhésion parfaite. Ce qui fait qu’on emploie ce mot de soumission, mais il n’est pas bon. »

Entretiens 50-51, 14.4.51, p. 401. « Une soumission n’a aucune valeur si elle est douloureuse, si c’est un sacrifice. Il faut que la soumission soit vraiment une offrande joyeuse (j’emploie le mot soumission au sens de "surrender", mais ce n’est pas exactement surrender – surrender est entre "soumission" et "abandon"). On abandonne quelque chose, on se soumet, mais sans sacrifice. »

Entretiens 55, 20.7.55, p 278. « […] lorsqu’on est parfaitement soumis au Divin on est parfaitement libre, et c’est ça, la condition absolue de la liberté : c’est de n’appartenir qu’au Divin – vous êtes libre du monde tout entier parce que vous n’appartenez qu’à Lui. Et cette soumission-là c’est la suprême libération ; […]. […] Mais ça ne se fait pas du jour au lendemain : […]. »

Entretiens 56, 29.2.56, p. 98. « […] le Divin s’est sacrifié dans la Matière pour réveiller la conscience dans la Matière, qui était devenue inconsciente. Et c’est ce sacrifice, ce don du Divin dans la Matière, c’est-à-dire sa dispersion dans la Matière, qui légitime et rend obligatoire le sacrifice de la Matière au Divin ; parce que c’est un seul et même mouvement de réciprocité. C’est parce que le Divin s’est donné dans la Matière et s’est répandu partout dans la Matière pour la réveiller à la conscience divine, que la Matière est automatiquement dans l'obligation de faire le don de soi au divin. C’est un sacrifice mutuel et réciproque. […] le divin est essentiellement un, et pourtant Il s’est subdivisé, en apparence, dans tous les êtres, et ainsi Il a recréé l’Unité primordiale. Et c’est à cause de cette Unité divine (qui a pourtant l’air morcelé dans les êtres), que l’Unité est rétablie dans son essence. […] Le Divin est unique, il a seulement l’apparence du morcellement dans les choses et les êtres. […] [P. 103 :] C’est le Divin dans l’inconscience qui aspire au Divin dans la conscience. […] c’est parce que, au cœur même de l’inconscience, il y a la Conscience divine, que vous aspirez et que, nécessairement – c’est ce qu’il dit – automatiquement, mécaniquement, le sacrifice se fait. […] [P. 112 :] Je crois que l’une des plus grandes difficultés pour comprendre les choses, vient d’une simplification arbitraire qui met d’un côté l’esprit et de l’autre la matière. C’est cette sottise-là qui fait que l’on ne comprend rien. […] »

Entretiens 54, 6.10.54, p. 397. « […] c’est toujours le meilleur qui arrive.
Nous pouvons ne pas, sur le moment, le considérer comme le meilleur, parce que nous sommes ignorants, et aussi aveugles, que nous ne voyons pas les conséquences des choses et ce qui arrivera après. Mais il faut garder la foi que si c’est comme cela, si l’on s’en remet au Divin, si on Lui donne la pleine charge de soi, si on Le laisse décider tout pour vous, eh bien, il faut savoir que c’est toujours ce qu’il y a de mieux pour vous qui arrive. C’est un fait absolu. Dans la mesure où vous vous soumettez, c’est le mieux qui vous arrive. Cela pourrait ne pas être en conformité avec ce que vous aimeriez, votre préférence, ou votre désir, parce que ces choses-là sont aveugles : le mieux au point de vue spirituel, le mieux pour votre progrès, votre développement, votre croissance spirituelle, pour votre vie vraie. C’est toujours cela.
Et il faut garder la foi ; parce que la foi, c’est l’expression de la confiance dans le Divin et de l’abandon que l’on fait au Divin de soi-même. Et quand on le fait, c’est une chose absolument merveilleuse. C’est un fait, ce ne sont pas des mots, n’est-ce pas, c’est un fait. Quand on regarde en arrière, toutes sortes de choses que l’on n’avait pas comprises quand elles vous sont arrivées, on s’aperçoit que c’était juste la chose qu’il fallait pour vous faire faire les progrès nécessaires. Toujours, sans exception. C’est notre aveuglement qui nous empêche de voir.
Est-ce que se blâmer soi-même est une bonne manière de progresser ?
De se blâmer ? Non, pas nécessairement. Cela peut être utile, c’est même utile de temps en temps pour se tirer de l'illusion de sa perfection propre. Mais on perd beaucoup d’énergie à se critiquer. Il vaut beaucoup mieux user cette même énergie à faire des progrès, à faire un progrès concret, quelque chose de plus utile. »


OOO


Contact avec « la Présence divine dans le centre psychique ».

Entretiens 50-51, 4.1.51, p. 23. « On a souvent comparé ce changement de conscience et sa préparation à la formation du poussin dans l’œuf : jusqu’à la dernière seconde l’œuf reste semblable à lui-même, il n’y a aucun changement, et c’est seulement quand le poussin est complètement formé, absolument vivant, qu’il fait lui-même, avec son petit bec, un trou dans l’œuf, et il sort. C’est quelque chose d’analogue qui se produit au moment du changement de la conscience. Pendant longtemps, vous avez l’impression que rien ne se passe, que votre conscience est comme d’habitude, et même, si vous avez une aspiration intense, vous sentez une résistance, comme si vous vous cogniez contre un mur qui ne veut pas céder. Mais quand vous êtes prêt au-dedans, un dernier effort, le coup de bec dans la coquille de l’être, et tout s’ouvre et vous êtes projeté dans une autre conscience.
J’ai dit que c’était une "révolution de l’équilibre de base", c’est-à-dire un renversement total de conscience, comparable à ce qui arrive à la lumière quand elle passe par un prisme. Ou bien c’est comme si vous retourniez une balle du dedans au dehors, ce qui ne peut se faire que dans la quatrième dimension. On sort de la conscience ordinaire de la troisième dimension pour entrer dans la conscience supérieure de la quatrième dimension, et dans un nombre infini de dimensions. C’est le point de départ indispensable. […] »

Entretiens 50-51, 12.2.51, p. 125. « […] Mais même si vous entrez consciemment dans le psychique, c’est un éblouissement ; et c’est à votre portée parce c’est votre propre être psychique, et pourtant il est tellement différent de votre conscience extérieure, que la première fois que vous y entrez consciemment, cela vous paraît vraiment comme un éblouissement, quelque chose d’infiniment plus brillant que la plus brillante lumière du soleil. Le psychique est ce que l’on pourrait appeler "le Divin à la portée de l’homme". »

Entretiens 54, 22.9.54, p. 378. « Ce sens de sa personne, cela devient comme une cage, comme une prison qui vous enferme, qui vous empêche d’être vrai, de savoir vraiment, de pouvoir vraiment, de comprendre vraiment. C’est quelque chose comme si on vous mettait dans une coquille bien dure, là, et que vous soyez obligé de rester là-dedans.
Ça, c’est la première sensation que l’on a. Après, on commence à taper contre la coquille pour casser ça. Quelquefois ça résiste très longtemps. Mais enfin, quand on commence à sentir ça, que ce que l’on croyait être soi-même, la personne qui fait les choses, et pour laquelle on les fait, la personne qui existe et qui fait que vous êtes vous-même, n’est-ce pas, quand vous passez de ça à la conscience que ça, c’est une prison qui vous empêche d’être vraiment vous-même, alors vous avez fait un grand progrès, et il y a un espoir. On se sent étouffé, écrasé, tout à fait enfermé dans une prison sans air, sans lumière et sans ouverture, et alors, on commence à pousser du dedans, pousser, pousser, pousser, pour que ça se casse. »

Entretiens 57, 26.6.57, p. 179. « […] Passez de l’autre côté.
Ce n’est pas vrai que l’on peut comprendre petit à petit, ce n’est pas comme cela. Ce genre de progrès-là n’est pas comme cela. Ce qui est plus vrai, c’est que l’on est enfermé dans une coquille et que dans la coquille, il y a quelque chose qui se passe, comme le poussin dans l'œuf. Il est en train de se préparer là-dedans. Il est là-dedans. On ne le voit pas. Il se passe quelque chose dans la coquille, mais au-dehors on ne voit rien. Et c’est seulement quand on est prêt, qu’alors il y a la capacité de percer la coquille et de naître au plein jour.
Ce n’est pas que l’on devienne de plus en plus perceptible, ou visible : on est enfermé – on est enfermé – et même, pour les gens sensibles, il y a cette sensation terrible d’être comprimé, d’essayer de passer au travers comme cela, et puis en est en présence d’un mur. Et alors on cogne, et on cogne, et on cogne, et on ne passe pas.
Et tant qu’on est là, dedans, on est dans le mensonge. Et c’est seulement le jour où, par la Grâce Divine, on peut casser la coquille et surgir dans la Lumière, alors on est libre.
Cela peut se faire tout d’un coup, spontanément, d’une façon tout à fait inattendue.
Je ne pense pas que l’on puisse passer au travers progressivement. Je ne pense pas que ce soit quelque chose qui puisse s’user, s’user, s’user jusqu’à ce qu’on puisse voir au travers. Je n’en ai pas eu d’exemple jusqu’à présent. Il y a plutôt une sorte d’accumulation de pouvoir à l’intérieur, une intensification du besoin, et une endurance dans l’effort qui devient libre de toute crainte, de toute anxiété, et de tout calcul ; un besoin si impérieux qu’on ne se soucie plus des conséquences.
On est comme un explosif auquel rien ne peut résister, et on jaillit hors de sa prison dans un éblouissement de lumière.
Après cela, on ne peut plus retomber en arrière.
C’est vraiment une nouvelle naissance. »

Entretiens 53, 8.6.55, p. 223. « […] et la question continue à se poser : "Mais alors, qu’est-ce qui est moi ?" Eh bien, il y a un moment où ça se pose avec tant de concentration et tant d’intensité, qu’avec cette intensité de concentration, tout d’un coup il se produit un renversement, et alors, au lieu d’être de ce côté-ci on est de ce côté-là ; et quand on est de ce côté-là, alors tout est très simple, on comprend, on sait, on est, on vit, et alors on voit clairement l’irréalité du reste, et ça suffit.
N’est-ce pas, on peut attendre pendant des jours, des mois, des années, des siècles, des vies, avant que ce moment-là arrive. Mais si on intensifie son aspiration, il y a un moment où la pression est tellement grande et l’intensité de la question est tellement forte que quelque chose bascule dans la conscience ; et alors, c’est tout à fait l’impression qu’on a : au lieu d’être ici on est là, au lieu de voir du dehors et chercher à voir au-dedans, absolument tout change complètement, et tout ce qui vous paraissait vrai, naturel, normal, réel, tangible, tout ça immédiatement, oui, ça vous paraît très grotesque, très drôle, très irréel, très absurde ; mais on a touché quelque chose qui est suprêmement vrai et éternellement beau, et ça on ne le perd plus.
Une fois que le renversement s’est produit, on peut glisser dans des consciences extérieures, ne pas perdre le contact ordinaire avec les choses de la vie, mais ça reste et ça ne bouge plus. On peut, en ayant affaire avec les autres, retomber un peu dans leur ignorance et leur aveuglement, mais il y a toujours quelque chose qui est là, vivant, debout dedans, qui ne bouge plus, jusqu’à ce que ça arrive à pénétrer tout, au point que c’est fini, l’aveuglement disparaît pour toujours. Et c’est une expérience absolument tangible, c’est une chose plus concrète que la chose la plus concrète, c’est plus concret qu’un coup de poing sur votre tête, c’est une chose plus réelle que n’importe quoi.
C’est pour ça que je dis toujours… quand les gens me demandent comment est-ce qu’on sait qu’on est en contact avec son être psychique, ou comment sait-on qu’on a trouvé le Divin, moi, ça me fait rire ; parce que quand ça vous arrive c’est fini, vous ne pouvez plus poser la question, c’est fait ; vous ne demandez pas comment ça arrive, c’est fait. »

Lettres, t. 4, p. 235. « Le sentiment d’être libéré comme d’une prison accompagne toujours l’émergence de l’être psychique ou la réalisation du moi au-dessus. C’est pourquoi il est appelé moukti (libération). C’est une libération dans la paix, le bonheur, la liberté de l’âme qui n’est pas assujettie par les mille liens et soucis de la vie extérieure dans l’ignorance. »

Entretiens 58, 18.6.58, p. 126. « La conscience psychique ou spirituelle vous donne la réalisation intérieure profonde, le contact avec le Divin, la libération des entraves extérieures ; mais pour que cette libération soit efficace, qu’elle ait une action sur le reste de l’être, il faut que le mental soit suffisamment ouvert pour pouvoir contenir la lumière spirituelle de la Connaissance, il faut que le vital soit assez puissant pour pouvoir manier les forces derrière les apparences et les dominer, et il faut que le physique soit suffisamment discipliné, organisé, pour pouvoir, dans les gestes de chaque jour et de chaque moment, exprimer l’expérience profonde, la vivre intégralement.
Si l’une de ces choses manque, le résultat n’est pas complet. On peut faire bon jeu de ceci ou de cela sous prétexte que ce n’est pas la Chose centrale la plus importante – et négliger les choses extérieures ne peut certainement pas vous empêcher d’entrer en communion spirituelle avec le Suprême, mais ce n’est bon que pour la fuite hors de la vie.
Si nous devons être un être total, complet, avoir une réalisation intégrale, nous devons pouvoir traduire mentalement, vitalement et physiquement notre expérience spirituelle. Et plus notre traduction sera parfaite, exécutée par un être complet et parfait, plus notre réalisation sera intégrale et parfaite.
Pour celui qui veut suivre le yoga intégral, il n’y a rien d’inutile et rien ne doit être négligé… Le tout est de savoir mettre chaque chose à sa place, et de donner le gouvernement à ce qui a vraiment le droit de gouverner. »

Entretiens 58, 26.12.58, p 236. « Au fond, l’immense majorité des hommes sont comme des prisonniers avec toutes les portes et toutes les fenêtres fermées, alors ils étouffent (ce qui est assez naturel), mais ils ont avec eux la clef qui ouvrent les portes et les fenêtres, et ils ne s’en servent pas… Certainement, il y a une période où ils ne savent pas qu’ils ont la clef, mais longtemps après qu’ils le savent, longtemps après qu’on le leur a dit, ils hésitent à s’en servir et ils doutent qu’elle ait le pouvoir d’ouvrir portes et fenêtres, ou même qu’il soit bon d’ouvrir les portes et les fenêtres ! Et même quand ils ont une impression que, "après tout, ce serait peut-être bien", il reste une crainte : "Qu’est-ce qui va arriver quand ces portes et ces fenêtres seront ouvertes ?..." et ils ont peur. Ils ont peur de se perdre dans cette lumière et dans cette liberté. Ils veulent rester ce qu’ils appellent "eux-mêmes". Ils aiment leur mensonge et leur esclavage. Quelque chose en eux l’aime et y reste agrippé. Il leur reste l’impression que sans leurs limites, ils n’existeraient plus. C’est pour cela que le trajet est si long, c’est pour cela qu’il est difficile. »


OOO


Contact continu / Identification.

Entretiens 50-51, 31.3.51, p. 340. « Quelqu’un était en train de vouloir établir un rapport constant et conscient – tout à fait constant et conscient – avec la Divinité intérieure, non seulement l’être psychique mais la Présence divine dans l’être psychique, […]. »

Éducation, in 8°, p. 4. « Nous donnons le nom de psychique au centre psychologique de notre être, le siège en nous de la plus haute vérité de notre existence, ce qui a le pouvoir de connaître et de mettre en mouvement cette vérité. Il est donc d’une importance capitale de devenir conscient de sa présence en nous, de nous concentrer sur cette présence jusqu’à ce qu’elle soit un fait vivant pour nous et que nous puissions nous identifier à elle. »

Entretiens 54, 8.12.54, p 479. « Cela s’apprend petit à petit. On apprend à discerner entre ses mouvements ordinaires, extérieurs, et les différentes gradations de ses mouvements de conscience intérieurs. Et si on continue avec une certaine obstination, on s’aperçoit de ce qui met en mouvement cette partie la plus haute de son être, qui représente l’idéal de l’être. Il n’y a pas d’autre moyen. Quelquefois, cela s’éveille par une lecture, quelquefois par une conversation, quelquefois par un évènement plus ou moins dramatique, c’est-à-dire inattendu, et qui vous donne un choc, qui vous secoue, qui vous sort de votre petite ornière habituelle. Quelquefois, quand on est dans un très grand danger, tout à coup, on se sent comme au-dessus de soi-même, et au-delà de sa petite infirmité habituelle, contenant quelque chose de supérieur qui peut tenir tête aux circonstances.
Ce sont des occasions qui vous font d’abord entrer en contact avec cela. Après, par une discipline méthodique, on peut rendre le contact continu ; mais cela prend du temps généralement. Mais d’abord, on l’a comme ça, tout d’un coup, pour une raison ou une autre.
(long silence)
Cela peut venir avec une très forte émotion, avec un très grand chagrin, avec un très grand enthousiasme. Quand on est appelé à faire une action un peu exceptionnelle, dans des circonstances un peu exceptionnelles, tout d’un coup, on sent quelque chose comme se briser ou s’ouvrir au-dedans de soi, et on sent comme si l’on se dominait soi-même, comme si l’on était monté sur un échelon supérieur et que, de là, on se regardait être avec le sens habituel. Une fois qu’on a eu cela, on n’oublie pas ; même si on l’a eu une fois seulement, on ne l’oublie pas. Et on peut, par une concentration, reproduire l’état à volonté, plus tard. Ça, c’est le premier pas pour le cultiver.
Après, on peut très bien appeler cet état-là chaque fois que l’on a une décision à prendre, et alors, on la prend en toute connaissance de cause et en prévoyant tout ce qui va se passer. »

Entretiens 50-51, 24.2.51, p. 180. « Vous dites que l’être psychique est la même chose que l’étincelle divine…
Non, je n’ai jamais dit cela – ce serait une ânerie ! L’être psychique est organisé autour de l’étincelle divine. L’étincelle divine est une, universelle, la même partout et en toute chose, une et infinie, semblable à elle-même. On ne peut pas dire que c’est un être – c’est l’ÊTRE, si vous voulez, mais pas un être. Naturellement, si l’on remonte à l’origine, on peut dire qu’il n’y a qu’une âme, car l’origine de toutes les âmes est la même, comme l’origine de tout l’univers est la même. Tandis que l’être psychique est un être individuel, personnel, avec son expérience propre, son développement propre, sa croissance propre, son organisation propre ; seulement, cette organisation est le produit de l’action d’une étincelle divine centrale.
Mais le jour où un être extérieur (physique, mental, vital) entre en contact direct et constant avec l’être psychique, on peut dire de la même façon que l’être physique de cette personne est organisé par la conscience divine centrale. »

Entretiens 50-51, 4.1.51, p. 26. « C’est une ouverture de l’être intérieur à la Présence divine dans le centre psychique, et là, vous savez à chaque moment non seulement ce qu’il faut faire, mais pourquoi il faut le faire et comment il faut le faire, et vous avez la vision de la vérité des choses derrière les apparences. Au lieu de voir les choses de la façon ordinaire, c’est-à-dire du dehors, et tellement du dehors que, sauf quelques rares cas, on est incapable même de savoir ce que pense une autre personne (il faut faire un grand effort, vous voyez seulement la surface des choses et rien de ce qui se passe derrière), eh bien, après cette ouverture intérieure et cette identification à la Présence divine dans le centre psychique, vous voyez les choses du dedans au dehors, et le dehors devient une expression plus ou moins déformée de ce que vous voyez au-dedans : vous êtes conscient de l’existence intérieure des êtres, et leur forme, leur existence extérieure n’est qu’une expression plus ou moins déformée de cette vérité intérieure. Et c’est pour cela que je dis que l’équilibre de base est complètement changé. Au lieu d’être en dehors du monde et de le regarder comme quelque chose d’extérieur à vous, vous êtes au-dedans du monde et vous voyez les formes extérieures qui expriment d’une façon plus ou moins maladroite ce qui est à l’intérieur, qui est pour vous la Vérité. »

Entretiens 30-31, p. 38. « […] Seul le psychique a un discernement juste : il est directement conscient de la Présence suprême ; il distingue infailliblement entre le Divin et l'anti-divin. Si, même pour un moment, vous êtes entré en contact avec Lui, vous porterez au-dedans de vous une conviction que rien ne peut ébranler.
Vous demandez : comment pouvons-nous connaître notre être véritable ? Il faut demander pour l’avoir, aspirer à l’avoir, le vouloir plus que toute autre chose. La plupart d’entre vous, ici, sont influencés par lui ; mais une influence ne suffit pas ; vous devez vous sentir identifié à lui. Toute aspiration à la perfection vient de lui, mais vous êtes inconscient de la source ; quand vous collaborez avec lui, c’est sans le savoir ; vous n’êtes pas identifié à sa lumière. Ne croyez pas que je fasse allusion à la partie émotive de votre être quand je parle du psychique. Les émotions appartiennent au vital supérieur, non au pur psychique. Le psychique est une flamme qui brûle en vous sans vaciller ; elle monte tout droit vers le Divin, et apporte avec elle le sentiment d’une force qui brise toutes les oppositions. Quand vous vous êtes identifié à elle, vous avez la perception de la vérité divine ; alors vous ne pouvez vous empêcher de sentir que le monde tout entier marche sur la tête, les pieds en l’air !
Vous devez apprendre à unir ce que vous appelez votre être individuel à votre vraie individualité psychique. Votre individualité actuelle est une chose très mélangée, une série de changements qui conservent cependant une certaine continuité, une certaine ressemblance ou une identité de vibrations dans ce courant qui passe. Elle est presque comme une rivière qui n’est jamais la même et qui a cependant un certain caractère et une certaine persistance qui lui sont propres. Votre être normal est simplement l’ombre de votre vraie individualité, et c’est seulement quand cet individu normal qui est centré différemment à différents moments, soit dans le mental, soit dans le vital, le plus souvent dans le physique, entrera en contact avec le psychique et le sentira comme son être réel, que vous réalisez votre vraie individualité. Alors vous serez unifié, rien ne pourra vous ébranler ni vous troubler, vous ferez des progrès réguliers et durables, et vous vous trouverez au-dessus des mesquins mouvements comme la convoitise pour la nourriture. »

Entretiens 54, 19.11.54, p. 453. « […] la sincérité parfaite, c’est quand il y a au centre de l’être la conscience de la Présence divine, la conscience de la Volonté divine, et que tout l’être, comme une masse lumineuse, claire, transparente, exprime cela dans tous ses détails. Ça, c’est la vraie sincérité. »

Éducation, in-8°, p. 54. « Car, jusqu’à présent, la découverte de l’être psychique et l’identification avec lui ne font pas partie des sujets d’éducation reconnus, et […], le plus souvent la tentative est laissée à l’initiative privée ; la découverte est une affaire personnelle et une grande détermination, une forte volonté et une persévérance inlassable sont indispensables pour atteindre le but. Chacun doit, pour ainsi dire, tracer sa propre route à travers ses propres difficultés. […] Le point de départ est la recherche en soi de ce qui est indépendant du corps et des circonstances de la vie, de ce qui ne provient pas de la formation mentale que l’on a reçue, de la langue que l’on parle, des habitudes et des coutumes du milieu dans lequel on vit, du pays où l’on est né ou de l’époque à laquelle on appartient. Il faut trouver, dans les profondeurs de son être, ce qui porte en soi un sens d’universalité, d’expansion sans limites, de durée sans interruption. Alors on se décentralise, on se répand, on s’élargit, on commence à vivre en toute chose et en tous les êtres ; les barrières qui séparent les individus les uns des autres, tombent ; on pense dans leurs pensées, on vibre dans leurs sensations, on sent dans leurs sentiments, on vit dans la vie du tout ; ce qui paraissait inerte soudain s’anime, les pierres vibrent, les plantes sentent, veulent et souffrent, les animaux parlent un langage plus ou moins muet, mais clair et expressif, tout s’anime d’une conscience merveilleuse, qui n’a plus de temps ni de limites. Et ceci n’est qu’un aspect de la réalisation psychique. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres. Tous contribuent à vous faire sortir des barrières de votre égoïsme et des murs de votre personnalité extérieure, de l’impuissance de vos réactions et de l’incapacité de votre volonté.
Mais, ainsi que je l’ai déjà dit, pour en arriver là le chemin est long et difficile, semé d’embûches et de problèmes à résoudre, qui exigent une détermination à toute épreuve. […] »

Éducation, in-8°, p. 59. « Devant l’inlassable persistance de ton effort, une porte intérieure s’ouvrira soudain et tu surgiras dans une splendeur éblouissante qui t’apportera la certitude de l’immortalité, l’expérience concrète que tu as toujours vécu et que tu vivras toujours, que les formes extérieures seules sont périssables et que, par rapport à ce que tu es en réalité, ces formes sont semblables à des habits que l'on rejette quand ils sont usés. Alors tu te dresseras libre de toutes chaînes, et au lieu d’avancer péniblement sous le poids des circonstances que la nature t'imposait et que tu devais subir et porter si tu ne voulais pas être écrasé par elles, tu pourras marcher droit et ferme, conscient de ton destin, maître de ta vie. »

Entretiens 56, 9.5.56, p. 173. « Douce Mère, où est-ce que commence notre vraie vie spirituelle ?
La vraie vie spirituelle commence quand on est en communion avec le Divin dans le psychique, quand on est conscient de la Présence divine dans le psychique et que l’on est en constante communion avec le psychique. Alors la vie spirituelle commence, mais pas avant. La vraie vie spirituelle.
Quand on est uni à son être psychique et conscient de la Présence divine, et que l’on reçoit l’impulsion de ses actes de cette Présence divine, et que la Volonté est devenue une collaboratrice consciente de la Volonté divine, c’est le point de départ.Avant cela, on peut être un aspirant à la vie spirituelle, mais on n’a pas de vie spirituelle. »


OOO

À propos de souffrance et de chagrin.

Entretiens 57, 9.1.57, p. 10. « Tous ceux qui ont fait l’expérience intérieure, ont eu cette expérience-là, que de la minute où on rétablit l’union avec l’origine divine, toute souffrance disparaît. »

???? Dans ce qui est édité par S.A.A., trouver un équivalent de ceci (ou laisser ceci ?). L’Agenda de Mère, t. 13, p. 271. « Si tu es en connexion avec ta conscience psychique, il n’y a plus de chagrin. »


OOO


La « vision psychique ».

Entretiens 54, 19.5.54, p. 155. « Que veut dire "la vision psychique" ?
Vision ? Tu sais ce que c’est, la vision physique, n’est-ce pas – physique, tu sais ? Et bien, c’est la même chose dans le psychique. C’est-à-dire qu’au lieu de voir avec des organes physiques, tu vois avec des organes psychiques. Tu as des yeux, n’est-ce pas, ici, eh bien, il y a des yeux dans le psychique qui voient psychiquement. Cela ne dépend pas de la qualité de la vision, cela dépend de l’état d’être qui voit, des organes qui voient. Une vision psychique voit ce qui se passe dans le psychique, ou dans l’état psychique ou dans les domaines psychiques ou dans l’être psychique. Une vision mentale voit ce qui se passe dans le mental : il voit. C’est une vision, comme une vision physique, vraiment physique. Avec tes yeux physiques, tu ne peux pas avoir une vision psychique ; c’est seulement ton être psychique qui peut avoir une vision psychique. Tu peux avoir une relation avec ton être psychique assez étroite pour te souvenir de ce qu’il a vu, pour être conscient de ce qu’il a vu, mais ce n’est pas ton être physique qui voit, c’est ton être psychique. Ce n’est pas ton être physique qui voit d’une différente manière, c’est ton être psychique qui voit. »


OOO


Distinguer étincelle, être psychique en formation, etc.

Entretiens 55, 19.1.55, p. 22. « […] j’ai dit comment les êtres psychiques se développent lentement, depuis la première étincelle divine jusqu’à une formation d’un être complètement constitué, et absolument conscient, et indépendant. Alors, quand on dit un être bien développé, un psychique bien développé, on parle d’un être psychique qui est arrivé à peu près au maximum de sa formation. »

L’évolution spirituelle, p. 83. « Au commencement, l’âme dans la Nature, l’entité psychique dont l’épanouissement est le premier pas vers le changement spirituel, est une partie complètement voilée dans notre être, bien que ce soit grâce à elle que nous existons et que nous durons en tant qu’êtres individuels dans la Nature. Les autres parties qui composent notre nature ne sont pas seulement changeantes, mais périssables, tandis que l’entité psychique en nous persiste et reste fondamentalement toujours la même. Elle contient toutes les possibilités essentielles de notre manifestation sur la terre, mais ce ne sont pas elles qui la constituent ; elle n’est pas limitée par ce qu’elle manifeste, ni contenue par les formes incomplètes de la manifestation, ni souillée par les imperfections et les impuretés, les défauts, les dépravations de l’être de surface. C’est une flamme toujours pure de la divinité cachée dans les choses, et rien de ce qui vient à elle, rien de ce qui entre dans notre expérience ne peut polluer sa pureté ou éteindre la flamme. Cette substance spirituelle est immaculée et lumineuse, et parce qu’elle est parfaitement lumineuse, elle perçoit immédiatement, intimement, directement la vérité de l’être et la vérité de la nature ; elle est profondément consciente du vrai, du bien et du beau, parce que le vrai, le bien et le beau sont proches de son propre caractère naturel, ce sont des formes de cela qui est inhérent à sa propre substance. Elle perçoit aussi tout ce qui contredit ces choses, tout ce qui s’écarte de son propre caractère natif, le mensonge et le mal, ce qui est laid et malséant ; mais elle ne devient pas ces choses, elle n’est pas non plus touchée ni modifiée par ces contradictions d’elle-même qui affectent si puissamment ses instruments extérieurs, le mental, la vie et le corps. Car l’âme, l’être permanent en nous, crée et utilise le mental, la vie et le corps comme des instruments, elle subit l’enveloppement de leur condition ; mais elle est autre et plus grande que ces parties.
Si dès le début, l’entité psychique avait été dévoilée à ses ministres et connue d’eux, au lieu d’être un souverain dissimulé dans une chambre secrète, l’évolution humaine aurait été un épanouissement rapide de l’âme, non ce développement difficile, mouvementé et défiguré qu’elle est maintenant ; mais le voile est épais et nous ne connaissons pas la Lumière cachée en nous, la lumière dans la crypte secrète du sanctuaire le plus profond du cœur. Des messages s’élèvent de l’âme, la psyché, vers la surface de notre être, mais notre mental n’en discerne pas la source ; il les prend pour ses propres activités parce que, avant même d’arriver à la surface, ils sont revêtus de substance mentale ; ainsi, ignorant leur autorité, il les suit ou ne les suit pas suivant sa tendance ou son humeur du moment. Si le mental obéit à l’impulsion de l’ego vital, il y a peu de chance pour que l’âme dirige aucunement la nature ou y manifeste tant soit peu sa substance spirituelle secrète et son mouvement naturel ; ou, si le mental est assez présomptueux pour agir selon sa propre petite lumière, s’il est attaché à son propre jugement, à sa volonté et à l’action de sa connaissance, l’âme restera également voilée et inactive, elle attendra une évolution plus avancée du mental. Car l’élément psychique au-dedans est là pour soutenir l’évolution naturelle, et la première évolution naturelle doit être le développement successif du corps, de la vie et du mental ; ceux-ci doivent donc agir chacun suivant sa propre nature ou tous ensemble dans une association mal assortie, pour croître, faire leur expérience et progresser. L’âme rassemble l’essence de toutes nos expériences mentales, vitales et corporelles et se les assimile pour faire avancer l’évolution de notre existence dans la Nature ; mais cette action est occulte, elle ne se montre pas à la surface. Aux premières étapes matérielles et vitales de l’évolution de l'être il n’y a, en fait, aucune conscience de l’âme ; il y a des activités psychiques, mais les instruments, les formes de ces activités sont vitales et physiques, ou mentales quand le mental est actif. Car même le mental ne reconnaît pas leur caractère profond, tant qu’il est primitif ou que son développement reste encore par trop extérieur. Nous pouvons facilement nous considérer comme des êtres physiques ou des êtres vitaux ou des êtres mentaux qui se servent de la vie et du corps, et ignorer totalement l’existence de l’âme. Car la seule idée définie que nous ayons de l'âme, c’est qu’elle survit à la mort de notre corps ; mais ce qu’elle est, nous ne le savons pas, et même si nous sommes parfois conscients de sa présence, nous ne sommes pas normalement conscients de sa réalité distincte, pas plus que nous ne sentons clairement son action directe dans notre nature.
À mesure que se poursuit l’évolution, la Nature fait lentement des essais pour manifester les parties occultes de notre être ; elle nous amène à regarder de plus en plus en nous-mêmes, ou elle se met à lancer à la surface, depuis ces parties occultes, des messages et des formations plus clairement reconnaissables. L’âme en nous, le principe psychique, a déjà commencé à prendre secrètement forme ; elle crée et développe une personnalité psychique, un être psychique distinct pour la représenter. Cet être psychique reste encore derrière le voile dans la partie subliminale de notre être, comme le mental vrai, le vital vrai, ou comme l’être physique vrai ou subtil ; mais, comme eux, il agit sur la vie de surface par les influences et les indications qu’il fait jaillir jusque-là. Celles-ci viennent s’adjoindre à l’agrégat de surface qui est le produit de l’agglomération des influences et des jaillissements intérieurs ; c’est cette formation ou superstructure visible que généralement nous sentons et croyons être nous-même. Sur cette surface ignorante nous percevons vaguement quelque chose que l’on peut appeler une âme et qui est distinct du mental, de la vie et du corps, et cette âme nous la sentons non seulement comme l’idée mentale ou le vague instinct que nous avons de nous-même, mais comme une influence perceptible dans notre vie, notre caractère et notre action. Une certaine sensibilité pour tout ce qui est vrai, bon et beau, raffiné, pur et noble, une réceptivité à ces choses, un besoin de ces choses, une pression sur le mental et la vie pour qu’ils les acceptent et les formulent dans nos pensées, nos sentiments, notre conduite, notre caractère, tels sont les signes les plus habituellement reconnus – bien qu’il ne soient pas les seuls –, les signes les plus généraux et les plus caractéristiques de l’influence de la psyché. De l’homme qui n’a pas cet élément en lui ou qui ne répond pas du tout à ces incitations, nous disons qu’il n’a pas d’âme. Car c’est cette influence que nous pouvons le plus aisément reconnaître comme la partie subtile ou même divine en nous, et la plus puissante aussi pour orienter lentement notre nature vers quelque perfection.
Mais cette influence ou cette action psychique ne vient pas tout à fait pure à la surface, ou elle ne demeure pas distincte dans sa pureté ; sinon nous serions capables de distinguer clairement ce qu’est l‘âme en nous et de suivre consciemment et pleinement sa voix. Une action occulte du mental, du vital et du physique subtil intervient, se mélange à cette voix, essaye de s’en servir et de la modifier à ses propres fins, rapetisse sa divinité, déforme ou diminue son expression, la fait même dévier et trébucher, ou la salit avec les impuretés, les petitesses et les erreurs du mental, de la vie et du corps. Après avoir atteint la surface, ainsi altérée et amoindrie, l’influence psychique est saisie par la nature superficielle qui la reçoit de façon obscure et lui donne une forme ignorante, et de ce fait il y a ou peut y avoir une déviation ou un mélange encore plus prononcé. Une fausse direction est prise, une déformation se produit, une application fausse, une formation fausse, un résultat erroné de ce qui, en soi, est action pure et substance pure de notre être spirituel. Ainsi se forme une conscience qui est un mélange de l’influence et des indications psychiques, pêle-mêle avec des idées et des opinions mentales, des désirs et des impulsions vitales, et les tendances habituelles du physique. À l’influence psychique obscurcie viennent se combiner également les efforts ignorants, quoique bien intentionnés, des parties extérieures de l'être qui aspirent à une direction plus haute ; une idéation mentale d’un caractère très mélangé, souvent obscure même dans son idéalisme, parfois même commettant des erreurs désastreuses, la ferveur et la passion de l'être émotif qui vient jeter l’écume de ses émotions, de ses sentiments et de sa sentimentalité, l’enthousiasme dynamique de l'être vital, les réactions avides du physique, les frémissements et les excitations des nerfs et du corps, toutes ces influences se fondent dans un ensemble complexe que l’on prend souvent pour l’âme, et l’on confond cette action mélangée et confuse avec le souffle de l’âme, avec le développement ou l’action du psychique, ou avec une influence intérieure réelle. L’entité psychique elle-même est libre de toute souillure et de tout mélange, mais ce qui en vient à la surface n’est pas protégé par la même immunité ; c’est pourquoi cette confusion devient possible.
En outre, l’être psychique, la personnalité psychique en nous, n’émerge pas d’un seul coup dans toute sa splendeur et sa lumière ; elle évolue, passe par un lent développement et une lente formation. La forme de son être peut tout d’abord être indistincte, puis longtemps demeurer faible et embryonnaire, non pas impure mais imparfaite ; car sa formation et sa croissance dynamique s’appuient sur le pouvoir de l’âme qui, malgré la résistance de l’ignorance et de l'inconscience, s’est effectivement poussé à la surface, avec plus ou moins de succès, au cours de l’évolution. Son apparition est le signe que l’âme émerge dans la Nature, et si cette émergence est encore petite et imparfaite, la personnalité psychique aussi sera chétive ou faible. Elle est en outre séparée de sa réalité intérieure du fait de l’obscurité de notre conscience, et elle ne communique qu’imparfaitement avec sa propre source dans les profondeurs de l'être. En effet, la route est encore mal frayée, elle s’obstrue facilement, les fils sont souvent coupés ou encombrés de communications d’une autre genre et qui proviennent d’une autre origine ; ainsi la personnalité psychique ne peut transmettre qu’imparfaitement ce qu’elle reçoit aux instruments extérieurs. Dans la pauvreté de ses moyens elle doit, pour la plupart des choses, s’en remettre à ces instruments et c’est sur leurs données qu’elle appuie et prend son élan pour s’exprimer et agir, et non sur la seule et infaillible perception de l’entité psychique. Dans ces conditions, elle ne peut éviter que la vraie lumière psychique soit amoindrie ou déformée en passant par le mental et se réduise à une simple idée ou opinion, que le sentiment psychique dans le cœur se transforme en une émotion faillible ou en simple sentimentalité et que, dans les parties vitales, la volonté d'agir psychique se change en enthousiasme vital aveugle ou en excitation fiévreuse. La personnalité psychique est bien forcée d’accepter ces déformations, faute de mieux, et elle essaye de se réaliser à travers elles. Car cela fait partie du travail de l'âme d’influencer le mental, le cœur et l’être vital, et d’orienter leurs idées, leurs sentiments, leurs enthousiasmes, leurs dynamismes vers ce qui est divin et lumineux ; mais ceci ne peut se faire qu’imparfaitement au début, avec des lenteurs et des mélanges. À mesure que la personnalité psychique grandit en force, elle communie plus étroitement avec l’entité psychique qui est derrière, et elle améliore ses communications avec la surface. Elle peut transmettre ses messages au mental, au cœur et à la vie avec une pureté et une force plus grandes, car elle est davantage capable d’exercer un contrôle solide et de réagir contre les falsifications ; dès lors, elle se fait sentir de plus en plus distinctement comme un pouvoir dans notre nature. Mais même ainsi, cette évolution serait encore lente et longue, si elle était laissée à la seule action automatique et laborieuse de l’Énergie évolutive ; c’est seulement quand l’homme s’éveille à la connaissance de l’âme et qu’il sent le besoin de l’amener à la surface et d’en faire la maîtresse de sa vie et de son action, qu’une méthode d’évolution consciente et plus rapide intervient et qu’une transformation psychique devient possible. »

Lettres, t. 2, p. 72. « Il faut faire une distinction 41 [41 = renvoi à une note de bas de page.] entre l’âme dans son essence et l’être psychique. À l’arrière-plan, chacun a une âme qui est l’étincelle du Divin ; nul ne pourrait exister sans elle. Mais il est tout à fait possible qu’un être vital et physique soit soutenu par l’essence d’une âme, sans qu’il ait derrière lui un être psychique clairement évolué.
Il existe, en fait, un être intérieur composé du mental intérieur, du vital intérieur, du physique intérieur, mais ce n’est pas l’être psychique. Le psychique est l’être le plus intérieur de tous, tout à fait distinct de ceux-là. Le mot psychique est utilisé en anglais pour qualifier tout ce qui est différent du mental extérieur, de la vie et du corps ou plus profond qu’eux ; parfois il désigne tout ce qui est occulte ou supraphysique ; mais cet usage introduit la confusion et l’erreur et vous devons l’écarter presque entièrement.
L’être psychique est voilé par les mouvements de surface ; il s’exprime de son mieux au moyen des trois instruments extérieurs qui sont régis davantage par les forces extérieures que par l’être intérieur ou l’entité psychique. Mais cela ne signifie pas qu’ils soient entièrement coupés de l’âme. L’âme est dans le corps de la même manière que le mental ou le vital ; mais le corps n’est pas seulement ce corps physique grossier, il est aussi le corps subtil. Quand le corps grossier tombe, les enveloppes vitale et mentale du corps subsistent en tant que véhicules de l’âme jusqu’à ce qu’elles aussi se dissolvent.
L’âme d’une plante ou d’un animal n’est pas latente : simplement, ses moyens d’expression sont moins développés que ceux d’un être humain. Il y a beaucoup de psychique dans une plante, beaucoup de psychique dans l’animal. Dans la forme de la plante, seuls les éléments physico-vitaux sont évolués ; la conscience, derrière la forme de la plante, ne dispose pas d’une mentalité développée ou organisée pour s’exprimer. L’animal fait un pas de plus ; il a un mental vital et peut, dans une certaine mesure, s’exprimer, mais sa conscience est limitée, sa mentalité est limitée, ses expériences sont limitées ; en outre l’essence psychique projette, pour se représenter, une conscience et une expérience moins développées qu’elle ne peut le faire en l’homme. Malgré tout, les animaux ont une âme et répondent très volontiers au psychique en l’homme.
Le "fantôme" d’un homme n’est évidemment pas son âme. C’est soit l’homme qui apparaît dans son corps vital, soit un fragment de sa structure vitale dont une force ou un être du monde vital se saisit à ses propres fins. Car normalement, après la dissolution du corps physique, l’être vital et sa personnalité ne subsistent que quelque temps ; ensuite, l’être vital passe dans le plan vital où il demeure jusqu’à ce que l’enveloppe vitale soit dissoute. Puis on passe dans l’enveloppe mentale vers un monde mental ; mais finalement l’âme quitte aussi son enveloppe mentale et va vers son lieu de repos. Si le mental est fortement développé l’être mental peut subsister ; de même pour un vital fortement développé, à condition qu’ils soient organisés et groupés autour du véritable être psychique ; ils peuvent alors partager l’immortalité du psychique. Mais ordinairement cela n’arrive pas, il y a une dissolution des parties mentales et vitales comme des parties physiques et l’âme, en renaissant, revêt un nouveau mental, une nouvelle vie et un nouveau corps, et non, comme on le suppose souvent, une réplique de son ancienne nature. Une telle répétition n’aurait ni sens ni utilité et irait à l’encontre des fins de la renaissance, dont le but est un progrès de la nature par l’expérience, une croissance de l’âme évoluant dans la nature vers la découverte de soi. En même temps, l’âme conserve l’empreinte de ce qui était essentiel dans ses vies et ses personnalités passées ; la nouvelle vie et la nouvelle personnalité sont un équilibre entre ce passé et les besoins de l’âme pour l’avenir.
P.S. Dans certains cas, l’être extérieur renaît rapidement en conservant l’ancienne personnalité et même le souvenir de sa vie passée, mais cela est exceptionnel et se produit habituellement lorsqu’une mort prématurée entraîne un sentiment d’insatisfaction et une forte volonté du vital de continuer son expérience inachevée. »


OOO


Psychique et amour.

Entretiens 50-51,1.3.51, p. 210. « Sans la présence du psychique, sans l’influence psychique, il n’y aurait jamais aucun sens du progrès ni volonté de progrès. […] Il n’y aurait pas d’amour divin, naturellement, mais toutes les passions, les attractions, les désirs existent dans le vital. Seulement, la qualité de ces mouvements a été complètement changée du fait de la descente et de la diffusion de la Conscience divine dans la Matière. Elle a éveillé la possibilité du véritable amour ; […]. »

Lettres, t. 3, p. 302. « L’amour du Divin est celui qui vient d’en haut, déversé sur l’être par l’Unité divine et son Ânanda ; l’amour psychique est la forme que prend l’Amour divin dans l’être humain, selon les besoins et les possibilités de la conscience humaine. »

Entretiens 53, 26.8.53, p. 275. « Le mouvement désintéressé, sans calcul, est l’une des plus jolies formes de la conscience psychique dans le monde. Mais plus on monte l’échelle de l’activité mentale, plus cela devient rare. Parce que, avec l’intelligence, viennent toute l’adresse et l’habileté, et la corruption, le calcul. Par exemple, quand une rose s’épanouit, elle le fait spontanément, pour la joie d’être belle, de sentir bon, d’exprimer toute sa joie de vivre, et elle ne calcule pas, elle n’a aucun profit à en tirer : elle le fait spontanément dans la joie d’être et de vivre. […] Par conséquent, au point de vue psychique, la rose est supérieure aux êtres humains.
Seulement, si vous montez un échelon de plus et que vous fassiez consciemment ce que la rose fait inconsciemment, alors c’est beaucoup plus beau. Mais il faut que ce soit la même chose : un épanouissement spontané de beauté, sans calcul, pour la joie d’être. […] Mais cette espèce de besoin de tirer profit de ce que l’on a ou de ce que l’on fait est vraiment l’une des choses les plus laides qui soient au monde. Et c’est l’une des plus répandues, et qui est devenue tellement répandue qu’elle est presque spontanée chez l’être humain. Il n’y a rien qui tourne plus totalement le dos à l’Amour divin que cela, ce besoin de calculer et de profiter. »

Lettres, t. 3, p. 296. « […] le véritable amour pour le Divin n’est pas de cette sorte dans sa nature fondamentale ; il est psychique et spirituel. L’élément psychique est ce besoin de l’être le plus profond de se donner, d’aimer, d’adorer, de s’unir, qui ne peut être entièrement satisfait que par le Divin. »

Entretiens 50-51, 24.3.51, p. 308. « L’Amour divin et la Grâce sont-ils une même chose ?
Essentiellement, tout est la même chose. Dans son essence, tout est le même, c’est un phénomène de conscience ; mais l’Amour peut exister sans la Grâce et la Grâce peut exister sans l’Amour. Mais pour la conscience humaine, toute manifestation de la Grâce est une manifestation du suprême Amour, forcément. Seulement cela dépasse la conscience humaine. […] Chacun d’entre vous devrait être capable de se mettre en rapport avec son être psychique, ce n’est pas une chose inaccessible. Vous avez justement un être psychique pour vous mettre en rapport avec les forces divines. Et si vous êtes en contact avec votre être psychique, vous commencez à sentir, à avoir une sorte de perception de ce que peut être l'Amour divin. Comme je viens de le dire, il ne suffit pas qu’un matin vous vous réveilliez en disant : "Oh ! je voudrais être en rapport avec l’Amour divin", ce n’est pas comme cela. Si, par un effort soutenu, une grande concentration, un grand oubli de soi, vous arrivez à entrer en rapport avec votre être psychique, il ne vous viendra pas à l’idée de penser : "Oh ! je voudrais être en contact avec l’Amour divin" – vous êtes dans un état où tout vous paraît être cet Amour divin, et pas autre chose. Et encore, ce n’est qu’un revêtement mais un revêtement d’une belle qualité.
Donc, il ne faut pas chercher à connaître l’Amour divin en dehors de l’être psychique ?
Non, trouvez votre être psychique et vous comprendrez ce qu’est l’Amour divin. N’essayez pas d’entrer en rapport direct avec l’Amour divin, parce que ce sera encore un désir vital qui vous pousse ; vous n’en serez peut-être pas conscient, mais ce sera un désir vital.
Il faut faire un effort pour entrer en contact avec votre être psychique, pour devenir conscient et libre dans la conscience de votre être psychique, et alors, tout naturellement, spontanément, vous saurez ce qu’est l'Amour divin. »


OOO


Psychique et connaissance.

Traduction et commentaires (…), n° 2, p. 27. « On a demandé si l’être psychique 1 [1 = renvoi à une note de bas de page.]1, ou la conscience psychique, est le milieu à travers lequel se perçoit l’inspiration. Généralement oui. Le premier contact que l’on a avec les régions supérieures est un contact psychique. Certainement, avant d’avoir obtenu une ouverture psychique intérieure, il est difficile d’avoir des inspirations. Cela peut se produire d’une façon tout à fait exceptionnelle et dans des conditions exceptionnelles, comme une grâce, mais le vrai contact se produit à travers le psychique, parce que la conscience psychique est le milieu le plus en rapport avec la Vérité divine. Plus tard, quand on a émergé de la conscience mentale dans une conscience supérieure au-delà du mental, même du mental supérieur, et que l’on s’ouvre aux régions du Surmental, et à travers le Surmental au Supramental, on peut recevoir directement les inspirations ; et naturellement, à ce moment-là, elles deviennent plus fréquentes, plus fournies si l’on peut dire, plus complètes. […] »

Traduction et commentaires (…), n° 9, p. 48. « 9 – Ce que l’âme voit et l’expérience qu’elle fait, cela elle le connaît ; tout le reste est apparence, préjugé et opinion.
Ceci revient à dire que toute connaissance qui n’est pas le résultat d’une vision de l’âme ou de son expérience est une connaissance qui n’a pas de valeur vraie. Mais immédiatement se pose la question, qui m’a été posée d’ailleurs : "Comment savoir ce que l’âme voit ?" Évidemment, il n’y a qu’une solution, c’est de devenir conscient de son âme ; et ceci complète l’aphorisme : à moins que l’on ne soit conscient de son âme, on n’a pas la connaissance vraie. Par conséquent, le premier effort doit consister à trouver son âme au-dedans de soi, à s’unir à elle et à la laisser gouverner la vie. »

Entretiens 56, 21.3.56, p. 122. « Comment est-ce que l’on peut comprendre le Divin ?
En le devenant, mon enfant. Et c’est la seule manière : par identité. Comme le dit Sri Aurobindo : "Si on ne le portait pas en soi-même, on ne pourrait jamais le comprendre". C’est parce que c’est l’essence même de notre être que nous pouvons le devenir et, par conséquent, le comprendre, autrement ce serait tout à fait impossible. »

OOO

- VI -


INTRODUCTION DE LA NOTION : FAIRE LE YOGA.

Lettres, t. 5, p. 10. « Ce que je veux dire quand je parle du psychique qui vient en avant est simplement ceci. D’ordinaire le psychique est profondément enfoui à l’intérieur. Très peu de gens sont conscients de leur âme : quand ils en parlent, ils entendent en général l’être vital + l’être mental ou encore la (fausse) âme de désir. Le psychique reste en arrière et agit seulement par l’intermédiaire du mental, du vital et du physique chaque fois qu’il le peut. Pour cette raison, l’être psychique – à moins qu’il ne soit très développé – n’a sur la vie de la plupart des hommes qu’une influence faible et partielle, dissimulée, mélangée ou diluée. Par "venir en avant", j’entends qu’il sort de derrière le voile, que sa présence est déjà ressentie dans la conscience quotidienne de veille, que son influence emplit, domine, transforme le mental et le vital ainsi que leurs mouvements, et même le physique. On est conscient de son âme, on ressent le psychique comme son être vrai, le mental et le reste commencent à n’être que des instruments de ce qui est au plus profond de soi.
Le mental, le vital, le physique intérieurs sont, eux aussi, voilés, mais se trouvent beaucoup plus près de la surface, et dans la vie des êtres humains développés, parfois même dans la vie des gens ordinaires, une bonne partie des mouvements ou des inspirations de ce mental, de ce vital et de ce physique intérieurs filtrent à travers le voile (mais pas dans toute leur plénitude ou toute leur pureté). Mais eux aussi, dans le yoga, retirent le voile au bout d’un certain temps et viennent au premier plan ; leur action prédomine dans la conscience, tandis que l’on ne ressent plus les parties extérieures comme soi-même, mais comme une façade ou même une lisière de l’être. »

Entretiens 29, 16.6.29, p. 114. « Le monde entier est en voie de transformation progressive : en prenant la discipline du yoga, on active en soi-même ce procédé. »

Entretiens 30-31, p. 48. « Par le yoga, nous accélérons le lent processus de la Nature […]. »

Lettres, t. 2, p. 68. « La partie psychique en nous est quelque chose qui vient directement du Divin et qui est en contact avec le Divin. Dans son origine, c’est le noyau fécond en possibilités divines qui sert d’appui à cette triple manifestation inférieure du mental, de la vie et du corps. Cet élément divin est là dans tous les êtres vivants, mais il se tient caché derrière la conscience ordinaire ; au début, il n’est pas développé et même lorsqu’il l’est, il n’est pas toujours ou pas souvent au premier plan ; il s’exprime au moyen de ses instruments et selon leurs limites, dans la mesure où leur imperfection le lui permet. Il grandit dans la conscience par l’expérience qui mène vers le Divin ; il prend de la force chaque fois qu’il y a en nous un mouvement supérieur et enfin, par l’accumulation de ces mouvements plus profonds et plus élevés, une individualité psychique se forme ‑ celle que nous appelons généralement l’être psychique. C’est toujours cet être psychique qui, en réalité, bien que souvent d’une façon voilée, pousse l’homme à se tourner vers la vie spirituelle, et qui devient alors sa plus grande aide. Par conséquent, c’est cela, dans le yoga, que nous devons amener en avant. »

Entretiens 55, 17.8.55, p. 311. « Dans la vie ordinaire, il n’y a pas une personne sur un million qui a un rapport conscient avec son être psychique, même momentané. L’être psychique peut travailler du dedans, mais d’une façon tellement invisible et tellement inconsciente pour l’être extérieur, que c’est comme s’il n’existait pas. Et dans la plupart des cas, l’immense majorité, la presque totalité des cas, il est comme s’il était endormi, pas actif du tout, dans une sorte de torpeur. C’est seulement avec la sâdhanâ et un effort très persistant qu’on arrive à avoir un rapport conscient avec son être psychique. Naturellement, il se peut qu’il y ait des cas exceptionnels […] où l’être psychique est un être entièrement formé, libéré, maître de lui-même, et qui a choisi de revenir sur terre, dans un corps humain, pour faire son travail. […] »

Entretiens 54, 29.12.54, p. 508. « Mère, est-ce que la vie de l’individu dépend de l’expérience que veut avoir son être psychique ?
Beaucoup ?
Justement, je parlais de ça aujourd’hui avec quelqu’un, et je disais ceci, que, si l’on peut devenir pleinement conscient de son être psychique, en même temps on apprend, forcément, la raison de son existence actuelle et l'expérience que cet être psychique veut faire ; et au lieu de la faire à moitié consciemment et plus qu’à moitié inconsciemment, on peut raccourcir cette expérience, et ainsi on peut aider son être psychique à faire en un nombre restreint d’années des expériences qui lui prendraient peut-être plusieurs existences à faire. C’est-à-dire que l’aide est réciproque. Le psychique, quand il a une influence sur la vie extérieure, y amène la lumière, l’ordre et la tranquillité, et la joie du contact divin. Mais aussi l’être physique, la conscience du corps, si elle s’identifie à la conscience psychique et, par là, apprend quel est le genre de l’expérience que l’être psychique veut faire, peut lui faire faire ces expériences en un nombre très restreint d’années, et non seulement gagner du temps mais gagner des vies pour l’être psychique. C’est une aide réciproque.
C’est cela, en somme, en quoi consiste le yoga. Le yoga vous aide à devenir tout à fait conscient de votre destin, c’est-à-dire de votre mission dans l’univers, et non seulement au moment présent, mais ce que cela était dans le passé, et ce que cela sera dans l'avenir. Et à cause de cette connaissance, vous pouvez rassembler par une concentration de la conscience toutes ces expériences en un temps très limité et gagner des vies, faire en quelques années ce qui pourrait prendre un nombre considérable de vies à faire. L’être psychique va progressivement à travers toutes ces expériences vers sa pleine maturité et sa complète indépendance – libération – dans le sens qu’il n’a plus besoin de la vie. S’il veut revenir dans le monde physique, il y revient parce qu’il a quelque chose à y faire et qu’il choisit librement d’y revenir. Mais jusque-là, jusqu’à cette libération, il est obligé de revenir pour avoir toutes les expériences dont il a besoin. Eh bien, s’il se trouve qu’une fois l’être physique est suffisamment développé et conscient et a une suffisante bonne volonté pour pouvoir prendre pleinement conscience de l’être psychique, il peut au même moment créer toutes les circonstances, les expériences extérieures nécessaires pour que l’être psychique atteigne à sa maturité dans cette vie-là. »

Lettres, t. 1, p. 64. « […] cette harmonisation que recommande notre yoga […] ne peut être accomplie par aucun aménagement extérieur, elle ne peut être accomplie qu’en allant au-dedans et en regardant, en voulant et en agissant à partir du psychique et du centre spirituel. Car la vérité de l’être est là et aussi le secret de l’Harmonie. »

Lettres, t. 4, p. 120. « […] La purification et la consécration sont deux grandes nécessités de la sâdhanâ. Ceux qui ont des expériences avant d’être purifiés courent un grand risque : il vaut beaucoup mieux avoir d’abord le cœur pur, car alors la voie devient sûre. C’est pourquoi je recommande de procéder d’abord à la transformations psychique de la nature, car elle entraîne la purification du cœur, son orientation entière vers le Divin, la soumission du mental et du vital à la domination de l'être intérieur, de l’âme. Quand l’âme est au premier plan, on reçoit toujours du dedans la bonne indication de ce qu’il faut faire, de ce qu’il faut éviter, de ce qui est faux et de ce qui est juste dans la pensée, le sentiment, l’action. Mais cette indication intérieure émerge de plus en plus, à mesure que la conscience se fait de plus en plus pure. […] »

Lettres, t. 5, p. 15. « Aucune action, passée ou présente, ne peut empêcher le psychique de venir au premier plan, si l’on a vraiment la volonté de se débarrasser de ces obstacles et de vivre dans la conscience psychique et spirituelle. »

Lettres, t. 5, p. 32. « Le psychique réside dans les profondeurs du cœur, mais profondément au-dedans et non à la surface, où sont les émotions ordinaires. Mais il peut venir au premier plan et occuper la surface, tout en restant aussi à l’intérieur ; même les émotions ne sont plus alors des mouvements vitaux, mais des émotions et des sentiments psychiques. Le psychique, lorsqu’il est ainsi au premier plan, peut aussi étendre son influence partout, au mental par exemple, afin de transformer ses idées, ou au corps pour transformer ses habitudes et ses réactions. […] »

La synthèse des yoga, t. 1, p. 269. « […] intervient la présence de l’être psychique libéré ; il ne nous donne pas le gouvernement ni la direction suprêmes – car telle n’est pas sa fonction –, mais pendant la transition de l’Ignorance à la Connaissance divine, il fournit une direction progressive pour notre vie et notre action intérieures et extérieures ; à chaque moment, il indique la méthode, le chemin, les pas qui conduiront à la condition spirituelle parfaite en laquelle une suprême initiative dynamique sera toujours là pour diriger les activités de la Force de Vie divinisées. La lumière qu’il répand, illumine les autres parties de notre nature qui, faute d’une direction meilleure que celle de leurs propres pouvoirs confus et tâtonnants, erraient dans les cercles de l'Ignorance ; il donne au mental le sens intérieur des pensées et des perceptions, à la vie un sens infaillible des mouvements faux ou trompeurs et des mouvements bien inspirés ; une sorte d’oracle tranquille en nous, révèle les causes de nos faux pas, prévient à temps et nous met en garde contre leur répétition, dégage par expérience et intuition la loi (non plus rigide, mais plastique) qui donne à nos actes la direction juste, la marche vraie, l’impulsion exacte. Une volonté se crée en nous, qui commence à s’accorder à la Vérité en évolution plus qu’aux labyrinthes dilatoires d’une erreur qui cherche et tourne en rond sans avancer. Une orientation résolue vers la grande Lumière qui doit être, un instinct de l’âme, un tact et une vision psychiques qui pénètrent dans la substance vraie, dans le mouvement vrai, l’intention vraie des choses, et de plus en plus s’approchent de la vision spirituelles et de la connaissance par contact intérieur, par vision intérieure et même par identité, commencent à remplacer les exactitudes superficielles du jugement mental et l’étreinte avide de la force de vie. »

Entretiens 55, 9.2.55, p. 48. « Douce Mère, quand l’être psychique pourra se manifester parfaitement, quel besoin aura-t-il du mental ?
Il ne pourra se manifester parfaitement que si toutes les parties de l’être collaborent. Mais je ne pense pas que le mental ait été fabriqué avec l’intention de le faire disparaître. Il fait partie de la construction générale.
Ton corps, n’est-ce pas, s’il était sans mental, il serait bien embarrassé. Ça ressemblerait peut-être plus à une plante qu’à un corps. Il n’y a rien dans ce que tu fais du matin jusqu’au soir où le mental n’ait son action.
Mais si le psychique le guidait ?
Eh bien, si le psychique guide le mental, le mental agira d’une façon psychique. Alors ça sera un mental remarquable, tout à fait harmonieux et qui fera la vraie chose de la vraie manière.
Mais le vital, c’est la même chose, c’est exactement le même phénomène dans le vital. Le vital tel qu’on le prend maintenant, on dit que c’est la cause de tous les troubles et de toutes les difficultés, que c’est le siège des désirs, des passions, des impulsions, des révoltes, etc., etc. Mais si le vital est entièrement soumis au psychique, il devient un instrument merveilleux, plein d’enthousiasme, de pouvoir, de force, de réalisation, d’élan, de courage.
Et alors, reste ce pauvre physique… Le pauvre physique, il a été accusé de tous les méfaits. Dans le temps on disait toujours que c’était impossible, qu’on ne pouvait rien faire avec une chose aussi inerte, aussi obscure, aussi peu réceptive. Mais si lui aussi, il était soumis au psychique, il ferait lui aussi la vraie chose de la vraie manière, et alors il aurait une stabilité, une tranquillité, une exactitude dans ses mouvements que les autres parties de l'être n’ont pas, une précision dans l’exécution que l’on n’a pas sans un corps. Il n’y a qu’à voir quand le corps est un petit peu dérangé, qu’il est malade, combien de choses on ne peut plus faire, même avec une grande volonté, une grande concentration du vital et du mental. […] »

OOO


Capacités nouvelles.

Entretiens 58, 10.9.58, p. 192. « […] il y a deux genres de progrès, il n’y en a pas un seul ; il y a le progrès qui consiste à rendre plus parfaites les possibilités, les capacités, les facultés et les qualités que l’on a – c’est généralement ce que l’on obtient par l’éducation ; mais si vous faites un développement un peu plus approfondi, en vous approchant d’une vérité plus profonde, vous pouvez ajouter aux qualités que vous avez, des qualités nouvelles qui sont comme endormies dans votre être.
Vous pouvez multiplier vos possibilités, les agrandir, les augmenter ; vous pouvez faire surgir tout d’un coup quelque chose que vous ne pensiez pas avoir. Je vous ai expliqué cela déjà plusieurs fois. Quand on découvre son être psychique au-dedans de soi, en même temps, il y a des choses que l’on ne pouvait pas du tout faire et que l’on croyait ne pas avoir dans sa nature, qui se développent et qui se manifestent d’une façon tout à fait inattendue. De cela aussi, j’ai des exemples multiples. Je vous en ai donné un, que je vous répète encore une fois pour me faire comprendre.
Je connaissais une jeune fille qui était née dans un milieu très ordinaire, qui n’avait pas reçu beaucoup d’éducation et qui écrivait un français plutôt maladroit, qui n’avait pas cultivé son imagination et qui n’avait absolument aucun sens littéraire : ça paraissait être parmi les possibilités qu’elle n’avait pas. Eh bien, quand elle a eu cette expérience intérieure du contact avec son être psychique, et tant que le contact était vivant et très présent, elle écrivait des choses admirables. Quand elle retombait de cet état dans un état ordinaire, elle ne savait même pas mettre deux phrases ensemble d’une façon correcte ! Et j’ai eu les deux choses dans les mains.
On a un génie au-dedans de soi – on ne le sait pas.
Il faut trouver le moyen de le faire sortir… Mais il est là qui dort – il ne demande pas mieux que de se manifester, il faut lui ouvrir la porte. »

Entretiens 56, 20.6.56, p. 242. « […] le pouvoir de divination, de prévision, de compréhension des symboles, et cela, c’est dans l’être psychique. Les prophètes, par exemple, ce n’est pas par leur mental qu’ils prophétisent, c’est par un contact direct, par-delà les émotions et les sentiments. Sri Aurobindo dit même que les Véda, notamment, n'étaient pas écrits avec le mental et par la tête. La forme de l’hymne jaillissait spontanément de l'être psychique, avec les mots.
Mère, si quelqu’un a le contact psychique, est-ce que cela veut dire qu’il a ce pouvoir ?
Plus ou moins, oui. Plus le contact est parfait plus le pouvoir est grand.
Cela dépend aussi des possibilités extérieures de l’être. Mais je vous ai déjà expliqué cela plusieurs fois, je vous ai déjà dit que quand on entre en contact avec son psychique, certaines facultés se développent spontanément. Par exemple, il y a des gens qui n’ont aucune éducation intellectuelle et qui tout d’un coup ont un pouvoir d’expression tout à fait remarquable, qui vient comme cela, spontanément, par le contact intérieur avec l’être psychique. »

Entretiens 53, 7.12.55, p. 451. « Il y a des gens dont le mouvement psychique, l’impulsion émotive est plus forte que la compréhension intellectuelle. On sent une attraction irrésistible pour le Divin, sans savoir, sans avoir la moindre idée de ce que c’est, de ce que cela peut être, de ce que cela représente – rien, aucune notion intellectuelle mais une sorte d’impulsion, d’attraction, un besoin, un besoin inévitable.
Et ces gens-là qui ont ça, si, je peux dire par l’effet de la Grâce, ils ont un mental qui ne les tourmente pas, qui ne questionne pas, qui ne discute pas, ils vont très vite.
Et alors, ce qui est tout à fait miraculeux – selon la conception ordinaire –, c’est que dès qu’ils arrivent à ce degré de consécration qui les identifie, à travers leur être psychique, à la Présence divine, tout d’un coup ils deviennent doués de capacités d’expression qui étaient tout à fait inconnues à leur nature. […] »

Entretiens 53, 23.12.53, p. 455. « (Un autre enfant) Douce Mère, quand on passe dans la région de la connaissance, est-ce qu’il faut passer par des régions intermédiaires ?
Intermédiaires ? Mais tu vois, si on le fait par une discipline méthodique, généralement, on est obligé de passer d’un plan à l’autre : on s’éveille dans un certain plan, et puis, là, on entre dans le repos et on s’éveille dans un autre plan, et ainsi de suite. Et si on le fait comme cela, alors on se souvient, parce qu’on le fait avec sa volonté consciente et on assiste à l’opération – ces mouvements pour tranquilliser l’être afin de pouvoir justement entrer quelque part et voir ce qui s’y passe, et le mouvement de prendre des notes de ce qui s’y passe et de se préparer à une autre ouverture plus haute, tout cela établit le contact conscient entre les différentes parties de l'être, et alors on peut avoir des expériences sans rien oublier, et par-dessus le marché à volonté.
Mais il y a des personnes peu éduquées, par exemple, qui ont tout d’un coup une faculté et qui ont une expérience directe quelque part dans le mental supérieur, ou dans l’être psychique, ou dans une autre partie de l'être. Il ya a beaucoup de raisons à cela : ce peut être le résultat de vies antérieures, ce peut être un phénomène de conscience actuel, ce peut être beaucoup de choses. En tout cas, pour que ce soit pleinement utile, il faut que ce soit fait avec la volonté de l’utiliser pour son progrès et de devenir conscient des différentes parties de l'être afin de pouvoir faire ce que l’on doit faire au mieux de ses capacités. Par exemple, j’ai connu des gens qui étaient absolument ignorants et inéduqués, mais qui avaient un don de vision, et un don remarquable : on les mettait en transe et ils voyaient merveilleusement et ils décrivaient (ils savaient voir et décrire tout ce qu’ils voyaient pendant qu’ils le voyaient). Et quand ils étaient sortis de cette condition-là, c’étaient des êtres absolument ordinaires et sans aucune éducation et sans intelligence. Mais c’était un don merveilleux. C’est-à-dire qu’il y a des êtres qui peuvent faire les plus grands progrès au point de vue spirituel, et même intellectuel, et qui en apparence et dans leur vie extérieure sont tout à fait ordinaires. Il y en a d’autres – j’en ai connu qui avaient une réalisation spirituelle absolument merveilleuse, qui vivaient constamment dans la Présence divine, et qui n’avaient jamais eu une vision de leur vie ! Et ils s’en plaignaient… C’est une question de tempérament, de destinée, et probablement de travail que l’on doit faire, parce qu’il est évident que l’on ne peut pas tout faire – physiquement c’est impossible. Par conséquent il faut choisir. »


OOO


Le Jîvâtman.

Lettres, t. 2, p. 83. « L’être mental au-dedans surveille, observe et juge tout ce qui se passe en nous. Le psychique ne surveille pas et n’observe pas de la sorte, comme un témoin, mais il sent et il sait spontanément d’une manière beaucoup plus directe et plus lumineuse, par la pureté même de sa propre nature et par l’instinct divin qui est en lui, et ainsi, dès qu’il passe au premier plan, il révèle immédiatement les mouvements justes et les mouvements faux dans notre nature.
L’être humain est composé des éléments suivants : en arrière, le psychique qui soutient tout ; puis le mental, le vital et le physique internes ; et à l’extérieur, l’instrument par lequel ceux-ci s’expriment : la nature tout à fait extérieure du mental, de la vie et du corps. Mais au-dessus de tous ces éléments, se tient l’être central (jîvâtman) qui les utilise tous pour se manifester ‑ c’est une parcelle du Moi divin ; or, cette réalité de lui-même reste cachée à l’homme extérieur qui remplace cette âme ou moi profond par l’ego mental et vital. Seuls ceux qui ont commencé à se connaître eux-mêmes, prennent conscience de leur être central véritable, et pourtant il est toujours là, présent derrière l’action du mental, de la vie et du corps, et c’est le psychique qui le représente le plus directement car il est lui-même une étincelle du Divin. C’est par la croissance de l’élément psychique dans notre nature que nous commençons à entrer consciemment en contact avec notre être central au-dessus. Quand ce contact se produit et que l’être central fait usage d’une volonté consciente pour contrôler et organiser les mouvements de la nature, alors on possède une maîtrise de soi réelle, spirituelle, au lieu d’une maîtrise partielle, purement mentale ou morale 45. » « 45. Lumières sur le Yoga, chapitre 2. Traduction de la Mère. »

Lettres, t. 2, p. 61. « Le jîvâtman, l’étincelle de l’âme et l’être psychique sont trois formes différentes d’une même réalité et il ne faut pas les confondre, car cela brouille la clarté de l’expérience intérieure.
Le jîvâtman ou "spirit" [esprit], comme on l’appelle généralement en anglais, existe en soi au-dessus de l’être manifesté ou instrumental ‑ il est au-delà de la naissance et de la mort, toujours le même, Moi individuel ou Âtman. C’est l’être véritable, éternel, de l’individu.L’âme est une étincelle du Divin ; elle ne se tient pas au-dessus de l’être manifesté, mais descend dans la manifestation afin de soutenir son évolution dans le monde matériel. C’est tout d’abord un pouvoir indifférencié de la Conscience divine qui contient toutes les possibilités encore sans forme, mais auxquelles l’évolution a pour fonction de donner une forme. Cette étincelle est présente dans tous les êtres vivants, du plus bas au plus élevé.
L’être psychique est formé par l’âme au cours de son évolution. Il soutient le mental, le vital, le corps, croît par leurs expériences, porte la nature de vie en vie. C’est le psychique ou chaïtya pourousha. Il est d’abord voilé par le mental, le vital et le corps mais, au fur et à mesure de sa croissance, il devient capable de venir en avant et de dominer le mental, la vie et le corps ; chez l’homme ordinaire, il dépend d’eux pour s’exprimer et il ne peut s’en saisir ni les utiliser librement. La vie de l’être est animale ou humaine et non divine. Lorsque l'être psychique, par la sâdhanâ, peut prédominer et utiliser librement ses instruments, l’élan vers le Divin devient alors complet et ce n’est pas seulement la libération, mais la transformation du mental, du vital et du corps qui devient possible.
Le Moi ou Âtman étant libre et au-delà de la naissance et de la mort, l’expérience du jîvâtman et de son unité avec le Moi suprême ou universel apporte le sentiment de la libération ; c’est cela qui est nécessaire à la suprême délivrance spirituelle ; mais l’éveil de l’être psychique et sa domination sur la nature sont indispensables pour la transformation de la vie et de la nature.
L’être psychique réalise son unité avec l’être vrai, le jîvâtman, mais il ne devient pas le jîvâtman. »

Lettres, t. 2, p. 46. « Le vrai mental, le vrai vital et le vrai physique, qui constituent l’être intérieur véritable, représentent, chacun sur son plan, l’être central et lui obéissent, mais l’ensemble de la nature (en particulier la nature extérieure) ne le fait pas, non plus que la personnalité ordinaire, mentale, vitale ou physique. C’est l’être psychique qui est l’être central pour les besoins de l’évolution : il croît et se développe, mais il y a un être central au-dessus, ignoré du mental, qui préside secrètement à l’existence et dont l’être psychique est le représentant dans la nature manifestée. C’est lui qu’on appelle le jîvâtman. »

La vie divine, t. 1, chapitre L’âme double en l’homme, p. 335. « La vraie âme secrète en nous – subliminale, avons-nous dit, mais le mot peut induire en erreur, car cette présence n’est pas située sous le seuil du mental de veille, mais bien plutôt brûle au temple du cœur, au plus profond du cœur, derrière l’écran épais d’un mental, d’une vie et d’un corps ignorants, présence non pas subliminale mais cachée derrière un voile – cette entité psychique voilée est la flamme du Divin toujours allumée en nous, qui [que ?] ne saurait éteindre même la dense inconscience du moi spirituel qui en nous obscurcit notre nature extérieure. C’est une flamme née du Divin et qui, lumineuse habitante de l’Ignorance, grandit en elle jusqu’à être capable de l’orienter vers la Connaissance. C’est, dissimulé, le Témoin et Maître, c’est le Guide caché mystérieux, le daïmon de Socrate, la lumière intérieure, la voix intérieure du mystique. C’est ce qui dure, qui est impérissable en nous de naissance en naissance, que ne peuvent toucher la mort, la déchéance, la décomposition, c’est une étincelle indestructible du Divin. Non pas le Moi ou Atman non-né – car le Moi, même quand il préside à l’existence de l’individu, reste toujours conscient de son universalité et de sa transcendance – mais son représentant dans les formes de la nature, l’âme individuelle, chaitya purusha, qui soutient mental, vie et corps, qui siège derrière le mental, le vital, l’être physique subtil en nous, et les observe et profite de leur développement et de leur expérience. »

Lettres, t. 2, p. 45. « L’être central est l’être qui préside aux naissances successives, mais il est lui-même non-né, car il ne descend pas dans l’être, mais se tient au-dessus de lui ; il assure la cohésion de l’être mental, vital et physique, et de toutes les parties diverses de la personnalité ; il dirige la vie soit par l’intermédiaire de l’être mental, de la pensée et de la volonté mentales, soit par l’intermédiaire du psychique, selon que l’un ou l’autre se trouve plus en avant ou plus puissant dans la nature. S’il n’exerce pas son autorité, la conscience est dans un grand désordre et chaque partie de la personnalité agit pour son propre compte, de sorte qu’il n’y a aucune cohérence dans la pensée, le sentiment ou l’action.
L’être psychique n’est pas au-dessus mais derrière ; il est situé derrière le cœur, son pouvoir n’est pas une connaissance, mais un sentiment essentiel ou spirituel : il a au plus haut degré le sens clair de la Vérité et une sorte de perception innée de la Vérité qui est de la nature d’une perception de l’âme, d’un sentiment de l’âme. C’est notre être le plus profond, et il soutient tous les autres : mental, vital, physique, mais il est aussi très voilé par eux et doit agir sur eux comme une influence plutôt que par son droit souverain à agir directement ; son action directe ne devient normale et prépondérante qu’à un stade élevé de développement ou par le yoga. Ce n’est pas l’être psychique qui, comme vous le sentez, vous donne des intuitions sur l’avenir ou vous met en garde contre les conséquences de certaines actions : c’est une certaine partie de l’être intérieur, tantôt (cela se peut) le Pourousha physique intérieur ou subtil. L’être intérieur ‑ mental intérieur, vital intérieur, physique intérieur ou subtil ‑ sait beaucoup de choses qui ne sont pas connues du mental extérieur, du vital extérieur, du physique extérieur, car il a un contact plus direct avec les forces secrètes de la Nature. L’être psychique est, de tous, le plus intérieur ; ses prérogatives sont une perception de la vérité qui est inhérente à la substance la plus profonde de la conscience, un sens du bien, du vrai, du beau, du Divin.
L’être central ‑ le jîvâtman qui ne naît pas, n’évolue pas, mais préside à la naissance de l’individu et à son évolution ‑ émane un représentant de lui-même sur chaque plan de la conscience. Sur le plan mental, c’est l’être mental véritable, manômaya pourousha ; sur le plan vital, c’est l’être vital véritable, prânamaya pourousha ; sur le plan physique, l’être physique véritable, annamaya pourousha. Chaque être, tant que persiste l’Ignorance, est par conséquent centré autour de son pourousha mental, vital ou physique selon le plan sur lequel il vit principalement, et c’est pour lui son être central. Mais le vrai représentant est tout le temps caché derrière le mental, le vital et le physique : c’est le psychique, notre être le plus profond.
Quand la connaissance la plus profonde commence à apparaître, nous devenons conscients de l’être psychique en nous, il vient au premier plan et conduit la sâdhanâ. Nous devenons conscients aussi du jîvâtman, Moi indivisé ou Esprit au-dessus de la manifestation dont le psychique est le représentant ici-bas. »

Entretiens 55, 6.7.55, p. 258. « Douce Mère, il est écrit : "Enfin l’âme ou être psychique se retire dans le monde psychique pour s’y reposer jusqu’à l’approche d’une nouvelle naissance." Alors, Mère, qu’est-ce qui arrive à l’être central après ?
Cela dépend absolument des cas.  Nous avons dit que l’être central et l’être psychique c’est la même chose, mais la partie qui est et qui reste dans le Divin, est et reste dans le Divin. Le psychique est la délégation de ce Divin dans la vie terrestre, pour la croissance terrestre. Mais la partie de l’être central qui est identifiée au Divin reste identifiée au Divin, ne bouge pas. Même pendant la vie il est identifié au Divin, et après la mort il reste ce qu’il était pendant la vie, pour lui ça ne fait aucune différence. C’est l’être psychique qui a des alternances d’expérience et d'assimilation, d’expérience et d’assimilation. Mais le Jîvâtman est dans le Divin et reste dans le Divin, et il n’en bouge pas ; et il n’est pas progressif. Il est dans le Divin, il est identifié au Divin, il reste identifié au Divin, mais pas séparé. Ça ne fait pas de différence pour lui, qu’il y ait un corps terrestre ou qu’il n’y en ait pas.
Alors, Douce Mère, est-ce que l’être central de tout le monde est le même ?
Non, puisqu’on nous a dit que c’est identifié dans la multiplicité. C’est la vérité éternelle de chaque être. D’une façon ils sont identiques, d’une façon ils sont multiples ; parce que la vérité de chaque être est une vérité individuelle, mais elle est identifiée au Divin. C’est hors de la manifestation, mais c’est l’origine de la manifestation. C’est une unité qui n’est pas une uniformité. […] C’est très difficile à mettre en mots. Mais c’est une expérience qu’on peut avoir. »

La vie divine, t. 2, p. 935, dans les dernières pages du chap. 42 : L’origine et le … « Dans la connaissance spirituelle du moi il y a trois degrés de la réalisation de soi qui sont en même temps trois parties de l’unique connaissance. Le premier est la découverte de l’âme, non pas l’âme extérieure faite de pensée, d’émotion et de désir, mais l’entité psychique secrète, l’élément divin en nous. Quand celle-ci prédomine dans la nature, quand nous sommes consciemment l’âme, et quand le mental, la vie et le corps prennent leur vrai place comme instruments de l’âme, nous avons conscience d’un guide intérieur qui connaît la vérité, le bien, le vrai délice et la vraie beauté de l’existence qui gouverne le cœur et l’intellect par sa loi lumineuse et mène notre vie et notre être vers la plénitude spirituelle. Même au sein du jeu obscur de l'Ignorance, nous avons alors un témoin qui discerne, une lumière vivante qui illumine, une volonté qui refuse d’être égarée et qui sépare la vérité du mental de l’erreur du mental, qui sépare la réponse intime du cœur de ses vibrations en réponse à un faux appel et à une fausse exigence, qui sépare la vraie ardeur de la vie, la vraie plénitude de mouvement de la vie de la passion vitale, des faussetés troubles de notre nature vitale et de son obscure quête égoïste. C’est le premier pas vers la réalisation de soi : introniser l’âme, l’individu psychique divin à la place de l’ego. Le pas suivant consiste à devenir conscient du moi éternel en nous, non-né et un avec le moi de tous les êtres. »

Lettres, t. 2. p. 243. « Il est nécessaire de comprendre clairement la différence entre l’âme qui évolue (être psychique) et le pur Âtman, moi ou esprit. Le moi pur est non-né, il ne passe pas par la mort et la naissance, ne dépend ni de la naissance ni du corps, ni du mental ni de la vie, ni de la Nature manifestée. Il n’est pas lié par ces choses, n’est ni limité, ni affecté par elles, bien qu’il s’en revête et les contienne. L’âme, au contraire, descend dans la naissance et passe, au moyen de la mort – bien qu’elle ne meure pas elle-même, car elle est immortelle – d’un état à un autre, du plan terrestre à d’autres plans, puis revient à l’existence terrestre. Elle poursuit, par cette progression de vie en vie, une évolution ascendante qui la conduit jusqu’à l’état humain et fait évoluer, à travers tout cela, un être d’elle-même que nous appelons l’être psychique, qui soutient l’évolution et élabore une conscience humaine physique, une conscience humaine vitale, une conscience humaine mentale, instruments de son expérience du monde et d’une expression d’elle-même travestie, imparfaite, mais croissante. Tout cela, elle le fait de derrière un voile, laissant entrevoir son moi divin seulement dans la mesure où le lui permet l’imperfection de l’être instrumental. Mais il vient un moment où elle est capable de se préparer à sortir de derrière le voile, à prendre le commandement et à orienter toute la nature instrumentale vers un accomplissement divin. C’est le commencement de la vraie vie spirituelle. L’âme est capable alors de se préparer à l’évolution d’une conscience manifestée qui sera supérieure à la conscience mentale humaine : elle peut passer de l'état mental à l’état spirituel et, par les divers degrés de l’état spirituel, à l’état supramental. Jusque là, il n’y a aucune raison qu’elle cesse de naître : en fait, elle ne le peut pas. Si, ayant atteint l’état spirituel, elle a la volonté de sortir de la manifestation terrestre, elle peut en vérité le faire ; mais une plus haute manifestation est également possible, dans la Connaissance et non dans l’Ignorance. »


OOO


L’être psychique : forme, jonction avec le jîvâtman, « point culminant », « se matérialisera ».

Entretiens 50-51, 24.2.51, p. 181. « Y a-t-il un être psychique dans les atomes ?
Non, il n’est pas encore là. On peut dire qu’il y a une possibilité de conscience psychique dans la Matière – la diffusion de la Conscience divine n’avait pas d’autre objet : rendre possible une organisation qui soit sous l’influence directe du Divin. C’est pourquoi cela passe au-dessus de tous les mondes de désordre 1. On peut donc dire que l’Origine de l’âme est aussi dans l’atome, dans tous les éléments constitutifs de l’atome, mais c’est l’Origine seulement… Il faut vous dire que quand il est pleinement formé, l’être psychique a une forme distincte, qui correspond à notre forme physique. Ce n’est pas tout à fait semblable, mais il a une forme définie. Chaque être psychique est différent d’un autre – ils ne sont pas tous taillés, moulés sur le même modèle. Ils sont différents, ils ont une individualité, une personnalité. »

Lettres, t. 2, p. 56. « L’Esprit est l’Âtman, Brahman, le Divin essentiel.
Quand l’Un Divin manifeste la multiplicité toujours inhérente en lui, ce Moi essentiel, ou Âtman, devient, pour cette manifestation, l’être central qui d’en haut préside à l’évolution de ses personnalités et de ses vies terrestres ici-bas, mais il est lui-même une parcelle éternelle du Divin et est antérieur à la manifestation terrestre, parâ prakritir jîvabhoûtâ.
Dans la manifestation inférieure, apârâ prakriti, cette parcelle éternelle du Divin se manifeste en tant qu’âme ‑ étincelle du Feu divin ‑ qui sert d’appui à l’évolution individuelle et soutient l’être mental, vital et physique. L’être psychique est l’étincelle qui grandit et devient un Feu, qui évolue avec le développement de la conscience. L’être psychique est par conséquent évolutif et non, comme le jîvâtman, antérieur à l’évolution.
Mais l’homme n’a pas conscience du moi ou jîvâtman, il n’a conscience que de son ego, ou de l’être mental qui dirige la vie et le corps. Pourtant, en allant plus profondément, il peut prendre conscience de son âme ou être psychique comme de son centre véritable, le Pourousha dans le cœur. Le psychique est l’être central dans l’évolution, il émane du jîvâtman, parcelle éternelle du Divin, et le représente. Dans l’état de pleine conscience, le jîvâtman et l’être psychique se joignent. »

Entretiens 30-31, p 83. « Si l’on considère l’évolution ascendante, il est plus exact de parler de présence psychique que d’être psychique. Car c’est la présence psychique qui, peu à peu, devient l’être psychique. Dans chaque forme évolutive, il y a cette présence, mais elle n’est pas individualisée. C’est une chose qui peut croître et qui suit le mouvement de l’évolution. Ce n’est pas le résultat d’une descente, d’une involution d’en haut. Cette présence prend forme progressivement autour de l'étincelle de la Conscience divine qui est destinée à être le centre de l’être qui grandit et qui devient l’être psychique lorsqu’il s’est finalement individualisé. C’est cette étincelle qui est permanente et qui rassemble autour d’elle toutes sortes d’éléments pour former l’individualité de l’être psychique vrai, et celui-ci n’est formé que lorsque la personnalité psychique est complètement développée, complètement bâtie autour de l’étincelle divine éternelle. L’être psychique n’atteint son point culminant, sa plénitude totale, que lorsqu’il s’unit à un être ou à une personnalité d’en-haut. »

Notes sur le Chemin, 1.7.70, p. 267. « J’ai eu une expérience qui était pour moi intéressante parce que c’était la première fois. C’était hier ou avant-hier, je ne me souviens plus, X était là, juste en face de moi, et j’ai vu son être psychique qui la dominait d’autant (geste d’environ vingt centimètres), plus grand. C’était le première fois. Son être physique était petit, et l'être psychique était grand comme cela. Et c’était un être insexué, ni homme ni femme. Alors je me suis dit (il est possible que ce soit toujours comme cela, je n’en sais rien, mais là, je l’ai remarqué très nettement), je me suis dit : mais l’être psychique, c’est cela qui se matérialisera et deviendra l’être supramental !
Je l’ai vu, c’était comme cela. Il y avait des particularités mais ce n’était pas très marqué, et c’était nettement un être qui n’était ni homme ni femme, qui avait la caractéristique des deux combinés. Et il était plus grand qu’elle, il la dépassait de partout, à peu près de ça (même geste débordant le corps physique d’environ vingt centimètres), elle était là et il était comme ça (geste). Et il avait cette couleur… cette couleur qui, si elle devenait très matérielle, serait la couleur d’Auroville 1. [« 1. Orange. »] C’était plus atténué, comme derrière un voile, ce n’était pas d’une précision absolue, mais c’était cette couleur-là. Et il y avait des cheveux mais… c’était autre chose. Je verrai mieux une autre fois peut-être. Mais cela m’a beaucoup intéressée parce que c’était comme si cet être me disait : "Mais tu es en train de chercher ce que sera l’être supramental – le voilà ! Le voilà, c’est ça." Et il était là. C’était son être psychique.
Alors on comprend. On comprend : l’être psychique se matérialise… et ça donne une continuité à l’évolution. Cette création donne tout à fait l’impression qu’il n’y a pas d’arbitraire, qu’il y a une espèce de logique divine qui est derrière, qui n’est pas comme notre logique humaine mais qui est très supérieure à notre logique – mais il y en a une –, et celle-là était pleinement satisfaite quand j’ai vu cela. […] Et le psychique, c’est justement ce qui survit. Alors s’il se matérialise, c’est la suppression de la mort. mais "suppression"… il n’y a de supprimé que tout ce qui n’est pas selon la Vérité, qui s’en va… tout ce qui n’est pas capable de se transformer à l’image du psychique et de devenir partie intégrante du psychique. C’est vraiment intéressant. »


OOO

- VII -


INTRODUCTION DE LA NOTION : EXISTENCE D’ÊTRES NON-HOSTILES OU HOSTILES, ET DE « CONSCIENCE CRÉATRICE ».


Entretiens 50-51, 1.3.51, p. 204. « L’univers est tout entier unique, dans le sens qu’il est le Divin – il ne contient pas tout le Divin, mais c’est comme si le Divin se déployait Lui-même de façon à s’objectiver ; c’est la raison d’être de la manifestation de l’univers. »

Entretiens 57, 16.10.57, p. 271. « […] Il nous reste donc l’histoire à l’usage des enfants. Il est bon d’être un enfant toujours. Et si nous devons nous garder d’y croire comme à un dogme auquel il ne faut rien changer si l’on ne veut pas être sacrilège, nous pouvons au moins prendre ces histoires comme un moyen de rendre vivant, pour notre conscience enfantine, quelque chose qui serait autrement trop loin de nous.
Là, nous avons le choix entre beaucoup d’histoires qui ont été racontées, plus ou moins vraies, plus ou moins complètes, plus ou moins expressives.[…] de très jolies histoires ont été racontées. Je vais, d’un façon très succincte vous en raconter une. […]
Quand le Suprême décida de s’extérioriser pour pouvoir se voir lui-même, la première chose de lui-même qu’il extériorisa, fut la Connaissance du monde et le Pouvoir de le créer. Cette Connaissance-Conscience et Force commença son œuvre ; et dans la Volonté suprême, il y avait un plan, et le premier principe de ce plan était l’expression, à la fois, de la Joie et de la Liberté essentielles, qui paraissaient être le caractère le plus intéressant de cette création.
Donc, il fallait des intermédiaires pour exprimer dans des formes cette Joie et cette Liberté. Et quatre Êtres furent d’abord émanés pour commencer ce développement universel qui devait être l’objectivation progressive de tout ce qui est contenu potentiellement dans le Suprême. Ces Êtres étaient, dans le principe de leur Être : Conscience et Lumière, Vie, Félicité et Amour, et Vérité.
Vous pouvez facilement concevoir qu’ils avaient le sens d’une grande puissance, d’un grand pouvoir, de quelque chose de formidable, puisqu’ils étaient essentiellement le principe de ces choses. En outre, ils avaient une liberté totale de choix puisque cette création devait être la Liberté même… Dès qu’ils se sont mis à l’œuvre (ils avaient leur conception propre de la façon dont elle devait être faite), étant totalement libres, ils choisirent de la faire indépendamment. Au lieu de prendre l’attitude du serviteur et de l’instrument dont Sri Aurobindo parle dans ce que je viens de lire, 1 [1 = note de bas de page.] ils ont naturellement pris l’attitude du maître, et cette méprise (je peux le dire) a été la première cause, la cause essentielle, de tout le désordre dans l’univers. Dès qu’il y a eu séparation – parce que c’est cela, la cause essentielle de la séparation – dès qu’il y a eu séparation entre le Suprême et ce qui a été émané, la Conscience s’est changée en inconscience, la Lumière en obscurité, l’Amour en haine, la Félicité en souffrance, la Vie en mort et la Vérité en mensonge. Et ils ont procédé à leur création indépendamment, dans la séparation et le désordre.
Le résultat, c’est le monde tel que nous le voyons. Il s’est fait progressivement, étape par étape, et ce serait vraiment un peu long de vous raconter tout cela, mais enfin l’achèvement, c’est la matière – obscure, inconsciente, misérable… La Force créatrice qui avait émané ces quatre Êtres essentiellement pour la création du monde, assistait à ce qui se passait, et se tournant vers le Suprême, implora le remède et la guérison du mal qui avait été fait.
Alors l’ordre lui fut donné de précipiter sa Conscience dans cette inconscience, son Amour dans cette souffrance, et sa Vérité dans ce mensonge. Et ce fut une conscience plus grande, un amour plus total, une vérité plus parfaite que ce qui avait été tout d’abord émané, qui plongea pour ainsi dire, dans l'horreur de la matière afin d’y éveiller la conscience, l’amour et la vérité, et de commencer ce mouvement de Rédemption qui devait ramener l’univers matériel vers son origine suprême.
Ainsi, il y a eu ce que l’on pourrait appeler des "involutions successives" dans la matière, et une histoire de ces involutions. L’aboutissement actuel de ces involutions est l’apparition du Supramental émergeant de l'inconscience ; […]. »

Entretiens 53, 14.10.53, p. 349. « Tu dis : "Beaucoup de créateurs, ou plutôt de formateurs, de faiseurs de formes, ont participé à la création du monde." Qui sont ces formateurs ?
Cela dépend. On leur a donné beaucoup de noms. Tout s’est fait par échelons et à travers des individualités de tous genres : chaque état d’être est habité par des entités, des individualités et des personnalités, et chacun a créé un monde autour de lui ou bien a participé à la formation de certains êtres sur la terre. Les derniers créateurs sont les créateurs du monde vital, mais il y a des êtres du Surmental, ce que Sri Aurobindo appelle Overmind, qui ont créé, qui ont donné des formes, qui ont eu des émanations, et ces émanations ont eu des émanations, et ainsi de suite. Ce que je voulais dire, c’est que ce n’est pas la Volonté divine qui a agi directement sur la matière pour donner au monde la forme qu’il faut, c’est à travers des couches, pour ainsi dire, des plans du monde, comme, par exemple, le plan mental – il y a tant d’êtres du plan mental qui sont des formateurs, qui ont participé à la formation de certains êtres, lesquels se sont incarnés sur la terre. Dans le vital, c’est la même chose. […]
Est-ce que ces intermédiaires aussi sont sortis du Pouvoir divin ?
Par intermédiaire, oui, pas directement. Ce ne sont pas des êtres en rapport direct avec le Divin (il y a des exceptions, je dis en règle général), ce sont des êtres qui sont en rapport avec d’autres êtres, qui sont en rapport avec d’autres êtres, qui sont en rapport avec d’autres êtres, et ainsi de suite, hiérarchiquement, jusqu’au Suprême. […] même les êtres les plus lumineux, les plus puissants, peuvent décider de suivre leur mouvement propre au lieu d’obéir au mouvement divin. Et quoiqu’ils soient eux-mêmes très merveilleux et que si les êtres humains les voyaient, ils les prendraient pour la Divinité même, ils peuvent, parce qu’ils suivent leur volonté propre au lieu de travailler en harmonie avec l’univers, être la source de très grands maux, de très grands désordres, très grandes obstructions de la masse. […] On peut demander pourquoi c’est arrivé. Ça, n’est-ce pas, ce n’est certainement pas le mental qui peut dire pourquoi c’est arrivé. C’est arrivé, c’est tout. […] »

Entretiens 50-51, 8.1.51, p. 28. « Les traditions disent qu’un univers est créé, puis qu’il est retiré dans le pralaya, puis un nouveau vient et ainsi de suite ; et d’après eux, nous serions le septième univers, et étant le septième univers, nous sommes celui qui ne retournera pas dans le pralaya, mais qui progressera constamment, sans recul. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il y a dans l’être humain ce besoin de permanence et d’un progrès ininterrompu, c’est parce que le moment est venu. »


OOO


Introduction de l’idée : « conscience créatrice » = la Mère


Entretiens 53, 25.11.53, p. 422. […] Il y a une vielle tradition qui raconte cela. Je vais vous la dire comme on la raconte aux enfants, comme cela vous comprendrez :
Un jour, "Dieu" décida de s’extérioriser, de s’objectiver, pour avoir la joie de se connaître en détail. Alors il émana d’abord sa conscience (c’est-à-dire qu’il manifesta sa Conscience) en donnant l’ordre à cette Conscience de réaliser un univers. Cette Conscience a commencé par émaner quatre êtres, quatre individualités qui étaient des êtres vraiment tout à fait supérieurs, de la plus haute Réalité. C’étaient l’être de la Conscience, l’être de l’Amour (de l’Ânanda plutôt), l’être de la Vie, et l’être de la Lumière et de la Connaissance – mais la Conscience et la Lumière, c’est la même chose. Voilà : la Conscience, l’Amour et l’Ânanda, la Vie et la Vérité – la Vérité, voilà le terme exact. Et naturellement, c’étaient des êtres suprêmement puissants, vous pensez. C’étaient ce que l’on appelle dans cette tradition les premiers émanés, c’est-à-dire les premières formations. Et chacun est devenu très conscient de sa qualité, de son pouvoir, de sa capacité, de sa possibilité, et, tout d’un coup, a oublié à sa manière qu’il n’était qu’une émanation et une incarnation du Suprême. Et alors il s’est produit ceci : quand la Lumière ou Conscience s’est séparée de la Conscience divine, c’est-à-dire qu’elle a commencé à penser qu’elle était la Conscience divine et qu’il n’y avait rien d’autre qu’elle-même, elle est tout d’un coup devenue obscurité et inconscience. Et quand la Vie a pensé que toute la vie était en elle-même et qu’il n’y avait rien d’autre que sa vie et qu’elle ne dépendait pas du tout du Suprême, alors sa vie est devenue la mort. Et quand la Vérité a pensé qu’elle contenait toute la vérité, et qu’il n’y avait pas d’autre vérité qu’elle-même, cette Vérité est devenue le mensonge. Et quand l’Amour ou l’Ânanda a été convaincu qu’il était l’Ânanda suprême et qu’il n’y avait rien d'autre que lui et sa félicité, il est devenu la souffrance. Et voilà comment le monde, qui devait être si beau, est devenu si laid. Alors cette Conscience (si vous voulez l’appeler la Mère divine, la suprême Conscience), quand elle a vu cela, elle était très ennuyée, n’est-ce pas, elle s’est dit : "Ce n’est vraiment pas réussi !" Alors elle s’est tournée vers le Divin, vers Dieu, le Suprême, et elle Lui a demandé de venir à son secours. Elle Lui a dit : "Voilà ce qui est arrivé. Maintenant qu’est-ce qu’il faut faire ?" Il a dit : "Recommence, mais arrange-toi pour que ce ne soient pas des êtres si indépendants ! Il faut qu’ils restent en contact avec toi et, à travers toi, avec moi." Et ainsi elle a créé les dieux, qui étaient bien dociles, qui n’étaient pas si orgueilleux, et qui ont commencé à faire la création du monde. Mais comme les autres étaient venus avant, à chaque pas les dieux rencontraient les autres. Et c’est ainsi que le monde s’est changé en un lieu de bataille, de guerre, de lutte, de souffrance, d’obscurité et de tout le reste, et que pour faire chaque nouvelle création, il fallait que les dieux se battent avec les autres, qui étaient partis en avant : ils les avaient devancés, ils s’étaient précipités dans la matière ; et ils ont fait tout ce désordre, et il fallait que les dieux réparent tout le désordre. Voilà d’où viennent les dieux. Ce sont les seconds émanés.
Mère, les quatre premiers qui ont changé, était-ce par hasard ou par une volonté ?
Non. Qu’est-ce que le hasard ?
On raconte aussi – c’est la suite de l'histoire, ou plutôt le commencement – que le Divin voulait que sa création soit une création libre. Il voulait que tout ce qui sort de Lui soit absolument indépendant et libre pour pouvoir se joindre à Lui dans la liberté, pas dans la contrainte. Il ne voulait pas qu’ils soient obligés d’être fidèles, obligés d’être conscients, obligés d’être obéissants. Il fallait qu’ils le fassent spontanément, par la connaissance et la conviction que c’était beaucoup mieux. Alors ce monde a été créé comme un monde de liberté totale, de liberté de choix. Et c’est comme cela qu’à chaque minute, chacun a la liberté de choix – mais avec toutes les conséquences. Si l’on choisit bien, c’est bon, mais si l’on choisit mal, eh bien, il arrive ce qui arrive – c’est ce qui est arrivé !
On peut comprendre l’histoire d’une façon beaucoup plus occulte et spirituelle. Mais c’est comme toutes les histoires de l'univers, et si on veut les raconter pour que les gens les comprennent, cela devient des histoires pour les enfants. Mais si l’on sait voir la vérité derrière les symboles, on comprend tout. Même avec ce que je vous ai dit, qui a l’air d’une petite histoire pour les enfants, même comme cela, si vous comprenez ce que je vous ai dit et le sens de ce que je vous ai dit, vous pouvez avoir le secret des choses.
[…]
"Chaque fois que nous faisons un pas décisif dans le progrès spirituel, les ennemis invisibles du Divin essayent toujours d’avoir leur revanche, et quand ils ne peuvent pas faire du mal à l’âme, ils frappent le corps. Mais tous leurs efforts sont en vain et seront finalement vaincus, car la Grâce divine est avec nous."
Quels sont ces "ennemis invisibles du Divin" ?

Ce sont justement des quatre personnages, qui naturellement ont fait d’innombrables émanations, lesquelles ont fait d’autres émanations, qui ont fait des formations. Et alors ils sont des millions, des millions, des millions, et ce sont ceux-là entre eux qui ont pris certaine habitude et qui ont la logique de la conserver et ils continuent à ne pas vouloir que ce soit une autre règle que la leur qui gouverne. C’est ce qu’on appelle en Inde les asoura, les êtres d’obscurité. C’est par logique qu’ils sont comme cela. Ils ont commencé à aller de travers, ils continuent. Maintenant, je dois dire qu’il y en a qui changent d’avis. Mais on parle de cela dans la Guîtâ aussi ; je crois que l’on parle de ceux qui se convertiront et puis de ceux qui refusent absolument la conversion, qui préfèrent disparaître, être détruits que de se convertir. Et c’est comme cela. Les uns sont d’une façon, les autres de l'autre.
Quels sont "les autres" qui se sont convertis ?
Tiens ! tu sais cela ? Tu as bonne mémoire. Il y en a un qui s’est converti, et qui même collabore, c’est celui de la Conscience et de la Lumière.
S’il est converti, la difficulté doit partir d’elle-même.
Naturellement, et sa puissance reste. Cela devient un être formidable.
Tu as dit que la Conscience s’était changée en inconscience. Mais quand la conscience se convertit, l’inconscience doit partir ?
Il redevient la Conscience et la Lumière – il redevient ce qu’il était.
Il ne l’est pas redevenu ?
Mais je viens de dire à la minute que quand il est devenu l’inconscience ou l’obscurité, il a fait d’innombrables formations – des émanations, des formations, des créations. Et sa conversion n’implique pas que tout le reste suive. Ils obéissent à cette même loi de liberté, liberté de choix. Ils peuvent se convertir ou non. Il y en a qui se convertissent, il y en a qui refusent. Et je crois que, en effet, il y en a beaucoup plus qui refusent.
Mais celui qui fait le plus de dommage, c’est le "Seigneur du Mensonge". Ça, c’est vraiment celui qui est l’obstacle le plus grand dans l’univers : cette constante négation de la Vérité. Et il a une très forte prise sur le monde terrestre, sur le monde matériel. D’ailleurs ici (sur la terre), ceux qui le voient, le voient comme un être absolument merveilleux, splendide. Il s’intitule le "Seigneur des Nations", et il apparaît formidable, lumineux, puissant, très impressionnant… Historiquement, il a été l’inspirateur de certains chefs d’État, et il se déclare le Seigneur des Nations parce que c’est lui qui gouverne les peuples. Il est évidemment, à l’origine, l’organisateur suprême de ces deux dernières guerres. C’est à cette occasion qu’il s’est manifesté comme Seigneur des Nations. Et il a déclaré, d’ailleurs, qu’il ne se convertirait jamais. Et il sait qu’il aura une fin – naturellement il essayera que ce soit le plus tard possible. Et il a déclaré qu’il détruirait tout ce qu’il pouvait avant d’être détruit… On peut s’attendre à toutes les catastrophes.
[…] Hitler […] était un médium, il était très bon médium […]. […] quand il voulait savoir quelque chose de cette puissance, il s’en allait dans son château, là, en "méditation", et là vraiment il faisait un appel très intense à ce qu’il appelait son "dieu", son dieu suprême, qui était le Seigneur des Nations. Et tout lui apparaissait magnifique. C’était un être… il était petit – il lui apparaissait tout cuirassé d’argent, avec un casque d’argent et une aigrette d’or ! Il était "magnifique" : Et une lumière tellement éblouissante qu’à peine les yeux pouvaient le regarder et supporter l’éclat. Naturellement il n’apparaissait pas physiquement – Hitler était un médium, il voyait. Il avait une certaine clairvoyance. Et c’était dans ces cas-là qu’il avait ses crises : il se roulait par terre, il bavait, mordait les tapis, c’était effroyable, l’état dans lequel il était. Les gens qui l'entouraient le connaissaient. Eh bien, celui-là est le "Seigneur des Nations". Et ce n’est même pas le Seigneur des Nations dans son origine, c’est une émanation du Seigneur des Nations, et une émanation très puissante. […] »

Entretiens 50-51, 24.3.51, p. 306. « La formation graduelle des différents états d’être, depuis le Suprême jusqu’à la région la plus matérielle est postérieure à l’Inconscient. Lorsque, justement, la Conscience a "commencé" sa création (ne prenez pas au pied de la lettre de ce que je dis comme si c’était une petite histoire d’un autre pays, car ce n’est pas cela, j’essaie de vous faire comprendre, c’est tout), la première manifestation de la Conscience créatrice a été justement une émanation de conscience – de lumière consciente – et lorsque cette émanation s’est séparée de son origine, l’Inconscience est née, par opposition, comment dire ?... oui, vraiment par opposition. Par conséquent, la naissance de l’Inconscient est antérieure à la formation des mondes, et c’est seulement quand la perception est venue que tout l’univers allait être inutilement créé, qu’il y a eu un appel et que l’Amour divin s’est précipité dans l’Inconscient pour le changer en conscience. Par conséquent, on peut dire que la formation des mondes matériels tels que nous les connaissons, est le résultat de la descente de la Conscience suprême dans l’Inconscient. On ne peut pas dire qu’il y ait quelque chose d’antérieur à cela, des choses telles que nous les connaissons dans le monde matériel (je m’excuse de l’ambiguïté de mes mots, mais vous comprenez que l’on ne peut pas s’exprimer avec nos mots habituels).
La formation de la terre telle que nous la connaissons, ce point infinitésimal dans l’immense univers, a été faite justement pour concentrer l’effort de transformation sur un point ; c’est comme un point symbolique créé dans l’univers pour pouvoir, en travaillant directement sur un point, rayonner sur l’univers tout entier.
Si nous voulons rendre le problème un peu plus compréhensible, il suffit de nous limiter à la création et à l’histoire de la terre, parce que c’est un bon symbole de l'histoire universelle.
Au point de vue astronomique, la terre n’est rien, c’est un tout petit accident. Au point de vue spirituel, c’est une formation volontaire symbolique. Et comme je l’ai déjà dit, c’est seulement sur la terre que l’on trouve cette Présence, ce contact direct avec l’Origine suprême, cette présence de la Conscience divine cachée dans en toutes choses. […] »

Entretiens 55, 18.5.55, p. 181. « Douce Mère, comment est-ce que sont nés les dieux et les déesses ?
Mais c’est justement, cela fait partie de la création. Ce que l'on appelle ici Aditi, c’est-à-dire la Conscience créatrice, eh bien, la Conscience créatrice… je vais vous raconter ça d’une façon tout à fait enfantine… elle a formé d’abord quatre êtres : […]. […] »

Sri Aurobindo parle de la Mère, p. 49. « La Mère divine est la Conscience et la Force du Divin – qui est la Mère de toutes choses. »

Sri Aurobindo parle de la Mère, p. 405. « La conscience de la Mère et la mienne sont la même, la Conscience divine une en deux, parce que telle est la nécessité du jeu. »

Sri Aurobindo parle de la Mère, p. 408. « Mère et moi sommes un mais en deux corps ; […]. »

Si possible, trouver un équivalent de ce qui suit dans un livre édité à Pondichéry. L’Agenda de Mère, tome 6, 23 juin 65 : « [...] ce sera le "Pavillon de la Mère" ; mais pas ça (Mère se désigne elle-même) : la Mère, la vraie Mère, le principe de la Mère (je dis "Mère" parce que Sri Aurobindo s’est servi de ce mot, autrement j’aurais mis autre chose – j’aurais mis "principe créateur" ou "principe réalisateur" ou... quelque chose comme cela). »



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Le psychique et la Mère.


Lettres, t. 6, p.42. « C’est par le psychique que vous êtes relié à la Mère, […]. »

Lettres, t. 4, p. 125. « […] il y a en vous un être psychique qui est divin, qui est directement une partie de la Mère, pur de tous ces défauts. Il est recouvert et dissimulé par la conscience et la nature ordinaires, mais quand il se dévoile et peut venir au premier plan pour gouverner l’être, alors il transforme la conscience ordinaire, jette au-dehors tous ces éléments non-divins et transforme complètement la nature extérieure. […] »

Sri Aurobindo parle de la Mère, p. 62. « Il est vrai de toute âme sur la terre qu’elle est une portion de la Mère divine et passe par les expériences de l'Ignorance afin de parvenir à la vérité de son être, de devenir l’instrument d’une divine Manifestation et de travailler ici-bas. »


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Sortes de résumés.

Entretiens 54, 9.6.54, p. 184. « […] s’il n’y avait pas de psychique dans la Matière, il ne pourrait pas y avoir de contact direct avec le Divin. Et c’est grâce à cette présence psychique dans la Matière que le contact peut être direct entre la Matière et le Divin, et qu’on peut dire à tous les êtres humains : vous portez le Divin au-dedans de vous, et vous n’avez qu’à rentrer au-dedans de vous et vous le trouverez. C’est une chose très spéciale à l’être humain, ou plutôt, aux habitants de la terre. Dans l’être humain, le psychique devient plus conscient, plus formé. Plus conscient, et plus indépendant aussi. Il est individualisé dans les êtres humains. Mais c’est une spécialité de la terre. C’est une infusion directe, spéciale et rédemptrice, dans la Matière la plus inconsciente et la plus obscure, pour qu’elle puisse s’éveiller de nouveau, par étapes, à la Conscience divine, à la Présence divine et finalement au Divin lui-même. C’est la présence du psychique qui fait de l'Homme un être exceptionnel – je n’aime pas beaucoup le lui dire, parce qu’il se croit déjà beaucoup trop ! Il a une si haute opinion de lui-même qu’il n’est pas nécessaire de l'encourager ! Mais enfin, c’est un fait – au point qu’il y a des êtres des autres domaines de l’univers, ce que certains appellent des demi-dieux et même des dieux, des êtres, par exemple, de ce que Sri Aurobindo appelle l’Overmind, qui sont très anxieux de prendre un corps physique sur la terre pour avoir l’expérience du psychique, parce qu’il n’en ont pas. Ces êtres-là ont certainement beaucoup de qualités que les hommes n’ont pas, mais il leur manque cette Présence divine, qui est tout à fait exceptionnelle et qui est un fait de la terre et de nulle pas ailleurs. Tous ces habitants des mondes supérieurs, du mental supérieur, de l’Overmind et des autres régions, n’ont pas d’être psychique. Bien entendu, les êtres du vital n’en ont pas non plus. Mais eux, ils ne le regrettent pas, ils n’en veulent pas. Il n’y a que ceux, très rares, tout à fait exceptionnels, qui veulent se convertir, et pour cela, ils font une chose immédiate, c’est de prendre un corps physique ; autrement, les autres n’en veulent pas. C’est quelque chose qui les lie et les astreint à une règle dont ils ne veulent pas.
Mais c’est un fait. Par conséquent, je suis obligée de constater que c’est comme ça, que c’est une vertu exceptionnelle de l'être humain de porter en lui le psychique. Et pour dire la vérité, il n’en tire pas grand profit. Il n’a pas l’air de considérer sa vertu comme une chose très, très désirable, à la façon dont il traite cette présence – exactement cela ! Il lui préfère ses idées du mental, il lui préfère ses désirs du vital et il lui préfère ses habitudes du physique. »

Lettres, t. 2, p. 245. « 1. L’être psychique se tient derrière le mental, la vie et le corps et les soutient ; de même le monde psychique n’est pas un monde parmi d’autres dans l’échelle des mondes, comme le monde mental, le monde vital ou le monde physique, mais il se tient derrière eux et c’est là que les âmes en évolution ici-bas se retirent pendant l’intervalle entre deux vies. Si le psychique n’était, dans l’ordre ascendant du corps, de la vie et du mental, qu’un principe à égalité avec les autres et placé quelque part dans l’échelle au même titre qu’eux, il ne pourrait pas être l’âme de tout le reste, l’élément divin qui rend possible l’évolution des autres et les utilise comme les instruments d’une croissance vers le Divin, au moyen d’une expérience cosmique. De même aussi, le monde psychique ne peut pas être un monde parmi les autres où se rend l’être en évolution pour y trouver une expérience supraphysique ; c’est un plan où il se retire lui-même pour se reposer, pour assimiler spirituellement ses expériences et pour se replonger dans sa conscience fondamentale et dans sa nature psychique.
2. […]
3. Les âmes qui se retirent dans le monde psychique sont dans un état entièrement statique ; chacune se retire en elle-même et elles n’agissent pas les unes sur les autres. Quand elles sortent de leur transe, elles sont prêtes à descendre dans une nouvelle vie, mais dans l’intervalle elles n’agissent pas sur la vie terrestre. Il y a d’autres êtres gardiens du monde psychique, mais ils ne s’occupent que du monde psychique lui-même et du retour des âmes à la réincarnation, non de la terre. »

Entretiens 29, 26.5.29, p. 83. « Le monde ou plan de conscience psychique est cette partie du monde, de même que l’être psychique est cette partie de notre être, qui est directement sous l’influence de la Conscience Divine ; les forces hostiles ne peuvent avoir sur lui la moindre influence. C’est un monde d’harmonie, et tout y évolue de lumière en lumière et de progrès en progrès. C’est la demeure de la Divine Conscience, du Moi divin dans l’être individuel. C’est un centre de lumière, de vérité, de connaissance et de beauté, que le Moi divin crée par sa Présence en chacun de nous, petit à petit ; il est influencé, formé et actionné par la Conscience Divine dont il est une part, une parcelle. En chacun, c’est l’être interne qu’il faut trouver afin d’entrer en contact avec le Divin en soi. Il est l’intermédiaire entre la Conscience Divine et la conscience ordinaire, c’est lui qui manifeste dans la nature extérieure, l’ordre et la loi de la Volonté Divine. Si votre conscience extérieure s’aperçoit de la présence de l’être psychique en vous et s’unit à lui, vous pouvez découvrir la Conscience Éternelle pure et vivre en elle. Au lieu d’être mû par l’ignorance, comme le sont constamment les êtres humains, vous devenez conscient de la présence d’une lumière et d’une connaissance éternelles au-dedans de vous, et c’est à Cela que vous faites votre soumission, que vous vous consacrez intégralement afin de l’exprimer dans tous vos mouvements.
Car l’être psychique est cette partie de vous qui est déjà donnée au Divin. C’est son influence, se répandant graduellement du dedans au dehors, vers les frontières les plus matérielles de votre conscience, qui effectuera la transformation de votre nature entière. La plupart des gens sont inconscients du psychique au-dedans d’eux ; l’effort du yoga est de vous en rendre conscient afin que le processus de la transformation, au lieu d’être un lent labeur se poursuivant à travers les siècles, puisse être condensé en une vie unique ou même en plusieurs années.
L’être psychique est ce qui persiste après la mort, parce qu’il est le moi immortel ; c’est lui qui perpétue la conscience de vie en vie.
L’être psychique possède la réelle individualité du vrai individu divin en vous ; car l’individualité signifie le mode spécial d’expression, propre à chacun, et votre être psychique est l’un des innombrables aspects particuliers de la Conscience Divine unique qui a pris forme en vous. Mais dans la conscience psychique, il n’y a pas ce sens d’une division entre l'individuel et l’universel, qui affecte les autres parties de votre nature.
En elle, vous savez que votre individualité est votre propre ligne d’expression, mais en même temps vous avez la connaissance que cette expression est seulement une objectivation de la Conscience Universelle une. C’est comme si vous aviez extrait une portion de vous-même et que vous l’ayez mise en face de vous pour permettre un échange mutuel de regards et de jeux entre les deux. Cette dualité était nécessaire pour créer et établir la relation objective, et pour en jouir ; mais pour l’être psychique, la séparation qui rend la dualité coupante, n’est qu’une illusion, une apparence, et rien de plus. »

Entretiens 58, 11.6.58, p. 118. « Douce Mère, y a-t-il un être spirituel dans tout le monde ?
Cela dépend de ce que nous appelons "être". Si l’on remplace être par "présence", oui, il y a une présence spirituelle dans tout le monde. Si nous appelons "être" une entité organisée, pleinement consciente d’elle-même, indépendante et ayant le pouvoir de s’affirmer et de gouverner le reste de la nature – non ! La possibilité de cet être indépendant et tout-puissant est en tout le monde, mais la réalisation est le résultat de longs efforts qui s’étendent parfois sur de nombreuses vies.
En chacun, même tout au commencement, cette présence spirituelle, cette lumière intérieure est là… En fait, elle est partout. Je l'ai vue, maintes fois, dans certains animaux. C’est comme un point brillant qui est à la base d’un certain contrôle et d'une certaine protection ; quelque chose qui rend possible, même dans une semi-conscience, une certaine harmonie avec le reste de la création afin que les catastrophes irrémédiables ne soient pas constantes et générales. Sans cette présence, le désordre créé par les violences et les passions vitales serait tel qu’elles pourraient à n’importe quel moment créer une catastrophe générale, une sorte de destruction totale qui empêcherait la progression de la Nature. C’est cette présence-là, cette lumière spirituelle – que l'on pourrait presque appeler une conscience spirituelle – qui est au-dedans de chaque être et de toute chose et qui fait que malgré toutes les discordances, malgré toutes les passions, malgré toutes les violences, il y a un minimum d’harmonie générale qui permet à l’œuvre de la Nature de s’accomplir.
Et cette présence devient tout à fait évidente dans l’être humain, même le plus rudimentaire. Même dans l’être humain le plus monstrueux, celui qui donne l’impression d’être l’incarnation d’un diable ou d’un monstre, il y a quelque chose au-dedans qui impose une sorte de contrôle irrésistible – même chez le pire il y a des choses qui sont impossibles. Et sans cette présence, si l’être était exclusivement gouverné par les forces adverses, les forces du vital, cette impossibilité n’existerait pas.
Chaque fois qu’une vague de ces forces adverses, si monstrueuses, se répand sur la terre, on a l’impression que plus rien n’arrêtera le désordre et l’horreur qui se répandent, et toujours, à un moment donné, d’une façon inattendue et inexplicable, un contrôle intervient, et la vague est enrayée, la catastrophe n’est pas totale. Et c’est dû à cette Présence – suprême – dans la matière.
Mais c’est seulement en quelques êtres exceptionnels et après un long, très long travail de préparation qui s’étend sur de nombreuses vies, que cette Présence se change en un être conscient, indépendant, pleinement organisé, maître tout-puissant de la demeure qu’il habite ; assez conscient, assez puissant pour pouvoir contrôler non seulement cette demeure, mais ce qui l’entoure et dans un champ de rayonnement et d'action de plus en plus étendu… et efficace. »

Lettres, t. 5, p. 7. « La transformation psychique est la première des deux transformations nécessaires ; si vous avez la transformation psychique, la seconde – c’est-à-dire la transformation de la conscience humaine ordinaire en conscience spirituelle supérieure – en est grandement facilitée ; autrement, votre voyage risque d’être lent et ennuyeux, ou exaltant mais plein de périls…
Je n’ai jamais parlé d’une "transformation du psychique" ; dans tout ce que j’ai écrit, il était question d’une "transformation psychique" de la nature, ce qui est tout différent. Je l'ai parfois qualifiée de transmutation psychique de la nature. Le psychique participe à l’évolution, il fait partie de la nature de l'homme : c’est sa partie divine ; par conséquent une transmutation psychique ne portera pas l’être au-delà du stade d’évolution actuel, mais elle le préparera à réagir positivement à tout ce qui vient du Divin ou de la Nature supérieure et le fermera à l’Asoura, au Râkhasa, au Pishâtcha ou à l’Animal dans l’être, ou encore à toute résistance de la nature inférieure qui s’oppose à la transformation divine. »


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Batailles.

Entretiens 53, 16.9.53, p. 302. « On ne progresse pas toujours d’une façon apparemment harmonieuse. Tous ceux qui font un yoga savent que c’est quelque chose qui ne se passe pas toujours dans la paix et l'harmonie, que quelquefois il y a des batailles intérieures, que vous devez livrer des batailles contre des ennemis au-dedans de vous qui veulent vous empêcher de progresser. Cela fait une guerre. Eh bien, quand c’est toute la terre qui progresse, quand il y a des choses qui résistent et qui ne veulent pas bouger, quelquefois on livre une bataille et ça fait une guerre. Il ne faut pas croire que le progrès consiste à être assis en méditation !... Il y a des difficultés à vaincre. Vaincre, qu’est-ce que cela veut dire ? Se battre contre quelque chose. Quand on se bat, ça fait une guerre. Il y a des petites guerres, il y a des grandes guerres. Mais qu’est-ce que c’est qu’une guerre d’hommes sur la terre si c’est vu, par exemple, par des Titans pour qui les hommes sont grands comme des fourmis ?... Quand on regarde une guerre de fourmis, on trouve cela assez naturel ! On peut même regarder ça avec intérêt et sourire, et dire : "Tiens, les fourmis sont en train de se battre." Eh bien, pour les forces titaniques de l’univers, les hommes qui se battent sur la terre, c’est comme une guerre de fourmis, ce n’est rien du tout. Il ne faut pas juger les choses à la dimension de la conscience humaine… La Nature, pour les hommes, est une chose monstrueuse. C’est tellement formidable, toutes les forces dont elle dispose, tous les mouvements qu’elle crée. Et ce que nous connaissons, c’est seulement ce qui se passe sur la terre ! Directement et indirectement, par une connaissance un peu spéculative, on sait ce qui se passe dans le reste de l’univers ; mais ce sont des conflits de forces et des jeux de forces formidables en proportion de la conscience humaine. Ce sont des choses qui, par rapport à la durée humaine, durent presque éternellement. Alors, dans le temps c’est une immensité, dans l’espace c’est une immensité, et pour la conscience humaine c’est presque incompréhensible. Mais pour ces forces-là, les dimensions humaines et les mouvements humains ont vraiment à peu près la même proportion que pour nous (peut-être même moins) la conscience d’un monde de fourmis qui grouillent là : la même chose. »

Lettres, t. 6, p. 236. « Une telle souffrance n’est pas obligatoirement de règle. Ce n’est pas l’âme qui souffre ; le Moi est calme et égal envers toutes choses et le seul chagrin de l’être psychique a pour cause la résistance de la Nature à la Volonté divine, ou la résistance des choses et des gens à l’appel du Vrai, du Beau et du Bien. La souffrance n’affecte que la nature vitale et le corps. Quand l’âme attire l’être vers le Divin, il peut y avoir une résistance dans le mental et la forme la plus fréquente en est la négation et le doute qui peuvent engendrer une souffrance mentale et vitale. La nature vitale peut aussi opposer une résistance qui se traduit principalement par le désir et l’attachement aux objets du désir, et si, dans ce domaine, un conflit se déclare entre l’âme et la nature vitale, entre l’Attirance pour le Divin et l’attraction de l’Ignorance, les parties mentales et vitales peuvent évidemment en souffrir beaucoup. La conscience physique peut, elle aussi, offrir une résistance qui est en général celle d’une inertie fondamentale, une obscurité dans la substance même du physique, une incompréhension, une incapacité à répondre à l’appel de la conscience supérieure, une habitude d’obéir passivement et mécaniquement à la conscience inférieure, même contre sa propre volonté ; une souffrance à la fois vitale et physique peut en être la conséquence. En outre, la Nature universelle résiste parce qu’elle ne veut pas que l’être échappe à l’Ignorance pour entrer dans la Lumière. Cette résistance peut prendre la forme d’une véhémente insistance à perpétuer les anciens mouvements qui se jettent par vagues sur le mental, le vital et le corps pour que les idées, impulsions, désirs, sentiments, réactions d’autrefois continuent, même après avoir été rejetés et expulsés, et puissent revenir comme une armée d’envahisseurs venue du dehors, jusqu’à ce que la nature tout entière, s’étant donnée au Divin, refuse de les admettre. C’est la forme subjective de la résistance universelle, mais celle-ci peut aussi prendre une forme objective : opposition, calomnie, attaques, persécutions, infortunes de toutes sortes, conditions et circonstances adverses, douleur, maladie, assauts venant des hommes ou des forces. Là aussi la possibilité de souffrir est évidente. Il y a deux manières de faire face à tout cela : la première est celle du Moi, le calme, l’égalité, un esprit, une volonté, un mental, un vital, une conscience physique qui demeurent résolument tournés vers le Divin et ne se laissent ébranler par aucune suggestion de doute, de désir, d’attachement, de dépression, de chagrin, de douleur, d’inertie. C’est possible lorsque l’être intérieur s’éveille, lorsqu’on devient conscient du Moi, du Mental intérieur, du Vital intérieur, du Physique intérieur, car il leur est plus facile de se mettre au diapason de la Volonté divine ; alors l’être se divise en deux, et c’est comme s’il y avait deux êtres, l’un au-dedans, calme, fort, égal, imperturbable, véhicule de la Conscience et de la Force divines, l’autre sur lequel la Nature inférieure continue à empiéter ; mais alors les ennuis de celui-ci deviennent superficiels et ne sont plus qu’une ride à la surface, jusqu’à ce qu’ils s’estompent et disparaissent sous la pression intérieure et que l’être extérieur reste lui aussi calme, concentré, insensible aux attaques. Il y a aussi la manière du psychique : le psychique émerge, et avec lui son pouvoir intrinsèque, sa consécration, son adoration, son amour pour le Divin, son don de soi, sa soumission ; il les impose à la conscience mentale, vitale et physique […]. Si le psychique est fort et domine tout l’être, la souffrance subjective est faible ou nulle et la souffrance objective ne peut affecter ni l’âme, ni les autres parties de la conscience ; le chemin est ensoleillée, une grande joie et une grande douceur donnent le ton à toute la sâdhanâ. Quant aux attaques extérieures et aux circonstances adverses, elles subissent l’action de la Force qui transforme les relations de l’être avec la Nature extérieure ; à mesure que la victoire de la Force progressera, elles seront éliminées ; mais quelle que soit leur durée, elles ne peuvent retarder la sâdhanâ, car même les incidents et les circonstances adverses deviennent alors des instruments de son progrès et de la croissance de l’esprit. »


OOO


« ce que l’être psychique apporte à la sâdhâna ».

Lettres, t. 2, p. 80. « Voici ce que l’être psychique apporte à la sâdhanâ : 1) l’amour et la bhakti ; un amour qui n’est pas vital, qui n’est pas exigeant ni égoïste, qui ne pose aucune condition, qui ne réclame rien, qui existe en soi ; 2) le contact ou la présence de la Mère au-dedans ; 3) des indications intérieures infaillibles ; 4) un apaisement et une purification de la conscience mentale, vitale et physique par leur soumission à l’influence et à la direction psychiques ; 5) l’ouverture de toute cette conscience inférieure à la conscience spirituelle supérieure au-dessus pour qu’elle descende dans une nature préparée à la recevoir avec une complète réceptivité et une attitude juste ; car le psychique apporte en toutes choses une pensée juste, une perception juste, un sentiment juste, une attitude juste.
On peut faire monter sa conscience à partir du mental et du vital et faire descendre le pouvoir, l’Ânanda, la lumière, la connaissance d’en haut ; mais c’est beaucoup plus difficile et le résultat est incertain, et c’est même dangereux si l’être n’est pas préparé ou pas assez pur. S’élever avec le psychique est de loin la meilleure méthode d’ascension. Si vous vous élevez ainsi à partir du centre psychique, c’est bien. »


OOO


« conquête divine de ce monde ».

Entretiens 29, 28.4.29, p. 33 « Une illumination intérieure, qui ne tient pas compte du corps ni de la vie extérieure, n’est pas d’une grande utilité, car elle laisse le monde tel qu’il est. C’est cela qui s’est passé constamment jusqu’à présent. Même ceux qui avaient une très grande et puissante réalisation, se retiraient du monde pour vivre, sans être dérangés, dans une quiétude et une paix intérieures ; le monde était laissé à lui-même, et la misère, la stupidité, la Mort et l’Ignorance gardaient leurs souveraineté incontestée sur ce plan matériel d’existence. […] nous voulons la conquête divine de ce monde et de tous ses mouvements, la réalisation du Divin, ici, sur la terre. Mais si nous voulons que le Divin règne ici, nous devons lui donner tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons. »


OOO


Ne pas tirer.

Entretiens 54, 19.5.54, p. 159. « Le plus sûr moyen, c’est de se donner au Divin ; et non pas d’essayer d’attirer le Divin vers soi, mais essayer de se donner dans le Divin. Alors tu es obligé, au moins, de sortir un peu de toi-même pour commencer. Généralement, n’est-ce pas, quand les gens pensent au Divin, la première chose qu’ils font, c’est de "tirer" autant qu'ils peuvent au-dedans de soi. Et alors généralement ils ne reçoivent rien du tout. Ils vous disent : "Ah ! j’ai appelé, j’ai prié et je n’ai pas eu de réponse. Je n’ai pas eu de réponse, rien n’est venu." Mais alors si vous demandez : "Est-ce que vous vous êtes offert ?" – "Non, j’ai tiré." – "Ah ! oui, c’est pour ça que ce n’est pas venu !" Ce n’est pas que ce ne soit pas venu, c’est que, quand vous tirez, vous restez tellement enfermé dans votre ego (comme je vous le disais tout à l’heure) que cela fait une muraille entre ce qui est à recevoir et vous-même. Vous vous mettez en prison, et alors vous êtes étonné que dans votre prison vous ne sentiez rien. Prison, et encore sans fenêtres sur la rue ! »

Entretiens 54, 8.12.54, p. 478. « […] les gens qui essayent de progresser par la violence. Ils n’ont pas de patience, ils n’ont pas de continuité ; et quand un désir se lève en eux, il faut qu’il soit réalisé immédiatement. Alors, ils veulent obtenir quelque chose – mettons un changement dans leur caractère, ou un changement dans les circonstances, ou, n’est-ce pas, un ensemble de choses –, et alors, ils le veulent tout de suite ; et comme cela ne se fait pas généralement tout de suite, ils tirent dessus. Ça, c’est ce que Sri Aurobindo appellent agripper. Ils se saisissent de cela, ils le tirent sur eux-mêmes. Mais alors, on n’a ni la vraie chose ni le vrai mouvement ; on mélange une violence à son aspiration et cela produit toujours une confusion quelque part, et par-dessus le marché, on ne peut pas avoir la vraie chose, on ne peut avoir qu’une imitation de la vraie chose ; parce que ce n’est pas comme ça qu’elle vient, ce n’est pas en la tirant comme si on la tirait par la queue ; elle ne viendrait pas. Agripper ! On agrippe la corde quand on veut monter à la corde. C’est comme ça quand on tire ! C’est justement le mouvement que l’on ne doit pas avoir une fois qu’on tient la corde. C’est tout. »

Entretiens 54, 24.12.54, p. 465. « "Le désir conduit à tirer sur la force." Qu’est-ce que ça veut dire ?
N’est-ce pas, on a une aspiration vers la lumière, vers la connaissance, vers toutes sortes de choses. Alors, si à votre aspiration se mélange un désir, au lieu simplement d’aspirer et d’attendre la réponse, on commence à tirer, comme on tire les choses quand on les désire ; on les tire vers soi. Alors, au lieu d’attendre que la Force et la Lumière et la Conscience et la Vérité répondent à votre aspiration, vous tirez dessus comme ça, vers vous, avec un mouvement très égoïste, comme si vous tiriez sur une corde ou sur quelque chose, et alors il peut venir n’importe quoi en réponse. Au lieu que ce soit, par exemple, une vraie lumière, cela peut être une lumière fausse qui prend des apparences brillantes pour vous tromper ; au lieu que ce soit une vraie force, cela peut être une force adverse du vital qui veut s’emparer de vous. C’est pour dire que, quand on a une aspiration, il est préférable qu’il ne s’y mélange pas de désirs, parce que les désirs gâtent toujours tout. »


OOO

- VIII -

INTRODUCTION DE LA NOTION : DIEU CRÉATEUR= UN ÊTRE HOSTILE.

Traduction et commentaires (…), n° 58, p. 124. « Cet occultiste dont j’ai parlé disait que la traduction vraie de l’histoire de la Bible (du paradis et du serpent), est que l’homme a voulu passer d’un état de divinité animale, comme les animaux, à l’état de divinité consciente par le développement mental (et c’est cela le symbole, quand on dit qu'ils ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance). Et ce serpent (il disait toujours que c’était un serpent irisé, c’est-à-dire qu’il avait toute les couleurs du prisme), ce n’était pas du tout l’esprit du mal, c’était la force évolutive – la force, le pouvoir d’évolution – et que, naturellement, c’était le pouvoir d’évolution qui les avait fait goûter au fruit de la connaissance.
Et alors, selon lui, Jéhovah était le chef des asoura, le suprême asoura – le dieu égoïste qui voulait tout dominer et que tout soit sous son contrôle – et du moment où il a pris la position de seigneur suprême par rapport à la réalisation terrestre, il ne lui a pas plu, naturellement, que l’homme fasse ce progrès mental qui lui donnerait une connaissance lui permettant de ne plus lui obéir ! Ça l’a rendu furieux ! Parce que cela permettait à l’homme de devenir un dieu par le pouvoir d’évolution de la conscience. Et c’est pour cela qu’il les a chassés du paradis. Il y a beaucoup de vérité là-dedans, beaucoup. »

Traduction et commentaires (…), n° 414 à 420, p. 387. « Jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans environ, je ne connaissais que le Dieu des religions, le Dieu tel que les hommes l’on fait, et je n’en voulais à aucun prix. Je niais son existence mais avec la certitude que si un tel Dieu existait, je le détestais.
Vers vingt-cinq ans j’ai trouvé le Dieu intérieur et, en même temps, j’ai appris que le Dieu décrit par la plupart des religions d’Occident n’est nul autre que le Grand Adversaire.
Quand je suis venue dans l’Inde, en 1914, et que j’ai connu l’enseignement de Sri Aurobindo, tout est devenu très clair. »

Mise à jour le Mardi, 28 Octobre 2014 17:30